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Attali et la recherche

Publié le 29 janvier 2008 par Omelette Seizeoeufs

Difficile de trouver un titre pour parler des nouvelles propositions sarkozy-attalistes concernant le monde de la recherche : "précarisons la recherche", "la recherche sans chercheurs"... on verra si je trouve quelque chose avant la fin du billet.

Le problème (pour trouver un titre, et pour cerner ce que le Pouvoir nous prépare), c'est que la recherche est devenue une cause universellement reconnue : personne n'est contre la recherche. L'enjeu, apparamment, pour Sarkozy, est d'imposer à ce monde, comme aux autres, son style particulier : l'état au service de l'entreprise. Encore une fois, ce n'est pas vraiment du libéralisme (l'entreprise se débrouille sans l'état), mais encore une fois le même colbertisme bien français qui a fait ses preuves depuis si longtemps.

Commençons par le rapport Attali, qui a toutes les raisons de souhaiter le triomphe de la rechercher française. Pourtant, si on regarde les mesures proposées, le thème principal qui en ressort est celui de la précarisation des chercheurs, une recherche à court terme dont la rentabilité pourraient être évaluée très souvent.

Quelques citations du rapport :

De l'introduction (page 9):

Trop peu d'universités françaises sont prises au sérieux dans le monde. Trop peu de chercheurs travaillent sur les sujets d'avenir

On finira par comprendre que "projet d'avenir" signifie la recherche orientée vers une rentabilité plus ou moins immédiate et signifie que l'accent doit être mis sur des secteurs censés être porteurs. La définition est donnée à la page 15 (Décision fondamentale 3) :

Redonner à la France tous les moyens (dont ceux de la recherche) pour prendre une place de premier rang dans les secteurs de l'avenir : numérique, santé, énergies renouve- lables, tourisme, biotechnologie, nanotechnologie, neuro- sciences. (C'est moi qui souligne, o16o.)

Les chercheurs ont beau crier, depuis des années, que la santé de la recherche scientifique d'un pays ne dépend pas du nombre de contrats passés avec des entreprises, mais de la qualité de la recherche fondamentale, celle-ci assurant non seulement la qualité des chercheurs formés, mais aussi des perspectives d'avenir (justement) qui dépassent celles, à beaucoup plus court terme, de l'entreprise.

Cependant, c'est le monde de l'entreprise qui est érigé en modèle, surtout pour la gestion des ressources humaines. Ainsi, par exemple, page 41 (Décision 29):

Financer davantage la recherche publique sur projet et à la performance.

Organiser des financements à la performance : comme pour les universités, la dotation récurrente d'un établissement de recherche doit être pour partie liée à la performance passée de l'établissement.

et encore, page 42 :

Rapprocher le fonctionnement de tous les établissements publics de recherche des meilleures pratiques du secteur privé (évaluation, promotion, mobilité, flexibilité de fonctionnement, etc.).

On peut s'interroger sur la nature de ces évaluations, dont le rapport ne dit rien : est-ce le nombre de contrats passés ou le nombre d'articles publiés? Est-ce simplement la qualité de la recherche, ou encore son utilité immédiate pour la croissance libérée?

Jusque là, les institutions sont surtout concernées, même s'il est évident que leur réponse, devant cette "culture du résultat", serait de toute façon de répercuter cette pression sur leur personnels. Avec la Décision 30 nous arrivons à la réforme du statut d'enseignant-chercheur.

Recruter et financer (salaires, frais de fonctionnement et équipe- ments) tous les nouveaux chercheurs sur des contrats de 4 ans. À l'issue de cette période, une évaluation décidera si le projet pourra être prolongé. Aucun chercheur ne devra bénéficier de plus de deux (ou, exceptionnellement, trois) contrats de quatre ans successifs. Au bout de cette période, le chercheur pourrait évoluer vers un contrat à durée indéterminée de « directeur de recherche », vers une activité d'enseignement, ou vers l'entreprise privée.

Autrement dit, c'est la précarisation des chercheurs, qui vivraient dans l'incertitude et la quête permanente du projet suivant afin de prolonger leur carrière. Ainsi, la précarité est désormais le meilleur moyen pour faire croître toute activité humaine. Pour avoir fréquenté un peu le monde de la recherche par le passé, je peux dire que les motivations de cette sorte y sont particulièrement superflues. Les chercheurs que j'ai connus sont sans exception motivés d'abord par leur recherche. S'ils partent aux States, ce n'est pas pour simplement gagner plus d'argent, mais parce qu'en France ils ne trouvent pas de place, parce qu'en restant en France ils vont droit dans le mur. Le monde de la recherche est déjà, par nature, extrêmement concurrentiel. Le principe sarkozyste de "Au boulot les fainéasses!" n'y apporterait rien, à part une bonne dose de confusion supplémentaire.

Surtout, cette nouvelle précarisation contrait le chercheur à vivre au rythme temporel de l'entreprise, qui est à la fois l'origine des crédits et des projets. Le rôle de l'université et les autres institutions de recherche revient à gérer des batîments et un personnel disponibles pour les besoins de l'entreprise. La hauteur de vue, la vision à long terme: pas rentables.

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