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Il pleut sur ma maison comme il pleut sur mon cœur

Par Omarbrahami

Cet article est une rediffusion...

À l’aube, j’ai été brusquement tiré de mes rêves au milieu d’un concert de tic tac des pendules accrochés au mur et du réveil matin suivi de bruits insupportables et acharnés des gouttelettes d’eau martelant les carreaux de la fenêtre de ma chambre à coucher.
J’ai d’abord cru être pris au beau milieu d’une catastrophe naturelle. Mais non, c’était la pluie qui s’est mise à tomber en trombes.
En ouvrant les yeux dans le noir, les clapotis étaient intensifs et persistants brisant le silence et la solitude de la nuit. Je ferme mes yeux et je cogite.
Pourquoi cette pluie, pourquoi ?
Qui es-tu pour troubler le repos de mon âme ?
La pluie est une miséricorde mais moi je n’aime pas la pluie.
Des petites gouttes d’eau dégoulinent en petites cascades sur les murs de ma chambre abîmés et décolorés par les effets du temps.
J’ouvris tout doucement les yeux dans le noir et j’écoute le tintamarre de ces maudites gouttelettes qui se transformèrent en une ascension horrible de sonorités s’accordant dans un désordre qui me tortura pendant un bon moment et puis, tout d’un coup, comme si Dieu a écouté ma prière, la pluie s’arrêta. C’est le silence.
Le silence de la nuit cache tant de secrets et impose le respect. À travers ce silence, je recherche mon sommeil même si tout me semble mort. Le bruit s’éloigne et revient à la charge au gré de l’intensité de l’averse.
Je reste, le nez sous la couverture, guettant la prolifération de ces gouttes d’eau, accrochés au plafond en plâtre jauni par les années de pluie nocturne, attendant qu’elles deviennent bulles pour se jeter dans le vide et se mêler à mes larmes.
Oui, ce sont des pleurs pour mes yeux quand je ne sais plus pleurer.

Dehors, la pluie fait rage et déverse de toutes ses forces, sous un orage vengeur, un déluge sur cette vieille maison où j’habite il y a déjà bien longtemps.
Je regarde encore le plafond qui se disloque sous le poids de l’âge et de l’obsolescence. Des fragments de la première couche de peinture boursouflée se détachent et s’envolent en l’air pour finir sur ma couverture.
Puis, je vois sortir du néant, là, devant mes yeux une petite goutte d’eau qui me nargue, se donnant le temps nécessaire pour grossir et choisir tranquillement un terrain d’atterrissage pour enfin se projeter au gré du hasard et tomber sur mon front.
Ce manège dure depuis déjà plusieurs hivers dans cette maison qui menace, qui se dégrade devant mon incompétence et ma faiblesse, devant la méchanceté des hommes et l’injustice.
Cette vieille maison qui a vu passer l’histoire de cette ville où je suis né m’avait accueillie ma famille et moi dans la joie de retrouver ma ville natale.
Mon Dieu ! Donne moi la force d’être,
Donne moi le repos de l'esprit,
Que sur mon chemin, je trouve un regard pour m’accompagner et une main tendue pour prendre la mienne ….
Espoir...
Dans cette maison qui a vu passer plusieurs générations et des saisons. Elle est passée de main en main, d’époque en époque. Ses murs gardent tant de secrets du passé refoulé. Sa peinture blanche est écaillée.
J’ai la certitude que ceux qui ont habités cette vieille maison délabrée, restée debout malgré les aléas du temps, ont du l’aimer et apprécier
Et la nuit, la vieille maison retentit de ses lamentations.

Je n’ai pas fini par l'acheter, j’avais l’idée d’en faire au départ une résidence, la maison de mes vieux jours. Située près d'une mosquée, une ancienne église reconvertie après l’indépendance du pays.
C’est en plein boulevard que se trouve cette vieille maison ou plutôt ce qui en reste. La maison, en fait, était plus grande mais la convoitise aidant, elle fut morcelée et l’entrée secondaire dut être supprimée avant mon arrivée. Elle a une seule entrée.
Elle fut aussi dépossédée de son jardin qui, naguère, jouissait d’un potager et ornait cette maison qui a du connaître de beaux jours, des heures de gloire et où ne restaient pour témoin que quelques signes du passé.
Le long de la toiture en tuiles rouges court une gouttière drainant l’eau des pluies et par suite des ans, elle s’est arrêtée de fonctionner.
J’ai craqué pour cette maison qui, malgré tout, a encore beaucoup de charme et aurait sûrement une belle histoire à raconter ….
Les volets dont la peinture était en partie écaillée grincent et certains refusent même de s'ouvrir. Cela fait des années que ça me tracasse.
Chaque soir, je rentre chez moi le coeur lourd avec une certaine angoisse au fond.
Toutes les autres maisons de la rue sont plus ou moins acceptables ; elles se tiennent bien droites sur leurs fondations et l’on comprenait, bien à leur air, qu’elles n’entendaient rien avoir de commun avec ces vieilles maisons défigurées par les effets du temps. Les carreaux de vitre sont grands et toujours bien propres. Ma vieille maison parait encore plus tranquille et silencieuse mais toujours pleine de monde.
Ma femme dormant à mes cotés dans une position alertée n’ose plus se plaindre ; de la fenêtre, nous regardons tous les deux sans dire un mot sur cette pluie provocante et arrogante, inondant le ciel nocturne de ses flots. La vieille maison tressaille et se réveille en même temps que les premiers grains de soleil du matin qui surgissent derrière les nuages d’une pluie sans fin.
Là-dessus, la nuit s’éteint.
Tout est calme maintenant. Je suis là à tapoter sur mon clavier avec une pensée pour ceux qui, comme moi, n’ont pas dormi et pour ceux qui cherchent le sommeil.
Je n’ai pas fini par l'acheter cette vieille maison à cause de ma nonchalance et mon défaitisme face à la cruauté de l’espèce humaine et l’absence d’esprit dont je fais preuve, la présence d’esprit étant du domaine des méchants et des sots.
Dans ce bas monde, pour régler son affaire, il faudra nuire aux autres pour être un homme influent. Cela s’appelle, dans le jargon d’aujourd’hui, le savoir vivre.

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