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In the mood for news 10: semaine du 21 novembre

Publié le 20 novembre 2007 par Sandra.m

Cette semaine, "In the mood for cinema" vous recommande un film de Kim Ki Duk à la filmographie aussi éclectique que prolifique, un film dont je vous avais déjà parlé lors du dernier Festival de Cannes (voir:ici) où il était projeté en compétition officielle. Un seul film cette semaine donc alors que la semaine prochaine sortiront deux très grands films. A suivre mardi prochain pour savoir desquels il s'agit...je vous en avais également déjà parlé lors du dernier Festival de Cannes...

Le film de la semaine: "Souffle" de Kim Ki Duk

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Yeon, une jeune femme qui vient juste de découvrir l’infidélité de son mari rend régulièrement visite à un condamné à mort  qui effectue fréquemment des tentatives de suicide en prison.  Elle ne le connaît pas. Elle se fait passer pour sa petite amie. Ils tombent amoureux l’un de l’autre… et leurs rencontres deviennent de plus en plus passionnées sous le regard du directeur de la prison, qui épie plus qu’il ne surveille, derrière son écran de surveillance, sorte de double de Kim Ki-Duk qui décide quand la rencontre, et donc le film auquel lui assiste, doit s’interrompre, en appuyant sur un bouton vengeur.

 La jalousie. Le pardon. L’espoir. La passion. Et autant de souffles qui libèrent. Ou qui emprisonnent.

Après avoir présenté « L’Arc » dans la section Un Certain Regard, en 2005, c’est en compétition officielle que revient cette année le prolifique Kim Ki-Duk. Après la langueur mélancolique et poétique de Locataires et de Printemps, été, automne, hiver et printemps, nous  attendions légitimement beaucoup de souffle de ce film éponyme. S’il ne nous envoûte pas autant que les films précités, il nous déroute néanmoins et nous emmène avec lui dans cette passion absolue, dans cet univers plus âpre aussi dont la fantaisie n’est pas absente. Respiration nécessaire, aux frontières du burlesque.

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Le souffle, c’est ce qu’ils cherchent désespérément l’un et l’autre. Ils étouffent, agonisent, se noient chacun à leur manière. Le souffle, c’est ce qui leur manque pour extérioriser leurs douleurs indicibles et suffocantes. Enfermés dans une souffrance si différente et similaire. Enfermés dans la même incommunicabilité. Le souffle, c’est la respiration qu’ils vont réapprendre ensemble. Même si elle est vaine et éphémère. Forcément éphémère, après tout. Elle a décidé de tomber amoureuse, sans raison, ou si : survivre, retrouver un souffle de vie. Tomber amoureuse de lui, sans raison, ou si: ils se ressemblent finalement.  Il a tué, peut-être sans raison. Il accepte son amour déraisonnable, irraisonné, forcément aussi, sans raison aussi ou si : elle lui insuffle un peu de vie et d’évasion. Même illusoires. De la vie et de l’évasion quand même. Les invraisemblances, les ellipses et les zones d’ombre de ce film qui n’en est pas avare nous importent peu. Kim Ki-Duk a le don de nous donner envie de croire à l’improbable. Magie du cinéma, encore, même derrière les barreaux d’une prison.

Kim Ki-Duk nous entraîne dans son univers, dans ses quatre saisons  (oui, encore…), avec ses personnages à fleur de peau. Un film douloureux non dénué de légèreté qui nous fait passer de la suffocation au rire salvateur avec maladresse, parfois.

Chang Chen qui interprète le condamné à mort rend ce personnage quasiment muet particulièrement expressif et nous fait suivre sa tragique trajectoire avec intérêt. Jusqu’à son dernier souffle.

S’il explore ses thèmes habituels : la violence (de celle qui brise les anges, de celui qui brise les vies), la sexualité, les saisons, Kim Ki-Duk réussit encore malgré tout à nous surprendre… Vivement le suivant !  

Parmi les autres films de Kim Ki Duk que je vous recommande: le poétique "Printemps, été, automne, hiver et printemps" et "Locataires" .

"Locataires": la ludique et mélancolique errance de Kim Ki Duk (2005)

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Résumer ce film ne ferait qu’en dénaturer immodestement l’originalité tout comme donner la parole à ses personnages aurait amoindri l’intensité et la beauté de leur relation. Alors en vous transmettant quelques bribes d’éléments j’espère vous donner envie de courir dans les salles obscures et d’accompagner ces Locataires dans leur errance langoureuse et mélancolique. Kim Ki Duk invente en effet un univers (à moins que ce ne soit les personnages qui l’inventent, une réalisation parfaitement maîtrisée entretenant délibérément l’ambiguïté) où les paroles sont superflues, inutiles, vaines puisque les deux personnages principaux n’échangent pas un mot. Ils n’ont d’ailleurs pas besoin de dire pour exprimer, pour ressentir l’étrange et immédiate harmonie qui les unit, un peu comme la musique transcrivait les sentiments dans le sublime « In the mood for love » de Wong Kar Waï sans nécessiter le moindre dialogue. La parole n’est ici que source de maux et d’hypocrisie. Le décor (réel protagoniste du récit ?) agit comme un symbole (espaces vides symbolisant la solitude des personnages mais aussi symbole de l’image que souhaitent donner d’eux-mêmes les propriétaires) mais aussi une cristallisation puis une réminiscence de l’histoire d’amour, comme un lien entre ces deux âmes solitaires et blessées. Lien intense et (car) indicible. L’humour, comme la violence d’ailleurs, est judicieusement distillé et apporte un aspect ludique, voire fantaisiste. Kim Ki Duk n’oublie pas non plus d’égratigner la société coréenne : corruption de la police etc.
Cette balade poétique et surréaliste nous emmène et nous déconcerte. La frontière entre rêve et réalité (y) est parfois si étanche…alors si vous ne craignez pas de la franchir laissez-vous dériver en suivant ces Locataires et leur réjouissante et onirique errance. « Locataires » est de ces films dont vous sortez le cœur léger, ignorant la pluie et la foule, encore délicieusement endoloris, encore dans le monde dans lequel ils vous aura transportés et dont seul un silence évocateur, oui effectivement, pourra approcher l’intensité comme unique réponse aux interrogations des non initiés dont, je l’espère, vous ne ferez bientôt plus partie !
Ce film a reçu le Lion d’Argent, prix de la mise en scène Venise 2004.

Sandra.M


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