Magazine Journal intime

Trois Coqs

Par Eric Mccomber
Ils entrent dans le café sans me voir. Je suis recroquevillé dans le fauteuil, épuisé par une nuit de cauchemars sinistres peuplés de spectres, et je tourne le dos à la porte d'entrée. Un vieux au comptoir les salue. Ils répondent. Et là, ça me frappe comme un TGV qui percute une charrette de bois chargée de bouteilles de rosé ! Les trois jeunes hommes, chantent tous en alto. Mais le vieux, lui, a une voix normale, je veux dire, un timbre de gars. Et là je réalise qu'il y a une date, dans l'Histoire de France, un moment charnière, où le Français a pris une voix de femme. La Française, elle, sans doute en réaction, a pris une voix d'enfant, d'oisillon !… coloratur !… Aux ultrasons, presque.
Passé ma journée d'hier à me chercher une guitare (légère et minuscule) dans la ville de Niort. Avec mon pote Adriel, on parle l'anglais (mon hébreu n'est pas mieux que son français). Ça m'a infiniment reposé. Pas parce que je pense la plupart du temps en anglais et que je n'avais plus à traduire mes idées, et pas non plus parce qu'il est un brillant interlocuteur, mais surtout parce que je causais sur ma partition normale. À ma note naturelle. Quand je prends la parole avec mon timbre natal, ici, les personnes présentes ne remarquent même pas que j'ai ouvert la bouche et la discussion se poursuit comme si je n'avais pas prononcé un traître mot. J'ai fait des tests. Avec ma voix québécoise (pourtant ténor caféïné), je peux répéter toute la journée « je vous bourre le rectum de sauce harissa », personne ne daigne même me regarder, jamais un seul ne voit que j'ai parlé. C'est exactement comme si j'étais un fantôme.
—© Éric McComber

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