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Les coûts cachés de la diplomatie européenne : cherchez l’erreur !

Publié le 28 mars 2011 par Jblully

Les coûts cachés de la diplomatie européenne : cherchez l’erreur !La diplomatie européenne a actuellement une aptitude aux couacs, aux errements voire aux erreurs. Elle pourrait en payer le prix à terme sur le plan des relations économiques avec ses partenaires stratégiques : les pays sud-méditerranéens, d’une part, et la Chine, d’autre part.

Ainsi, après avoir observé, lors des Révolutions tunisienne et égyptienne, une certaine distance générant quiproquo, après avoir refusé de reconnaître l’opposition libyenne représentée par le Conseil national de transition, la diplomatie bruxelloise hésite encore et se révèle particulièrement absente dans la crise libyenne. Par ailleurs, Catherine Ashton, représentante européenne aux affaires étrangères, rendait récemment, dans un rapport dit confidentiel – qui ne l’est pas resté longtemps –, ses conclusions en faveur d’une approche complaisante vis-à-vis de la Chine. Le rapport préconise de délaisser le discours sur les droits de l’homme et d’abandonner l’embargo sur les armes à l’encontre de Beijing et ce, au grand dam des praticiens du dialogue politico-économique avec la Chine, qui plaident, à l’instar des États-Unis, pour la fermeté.

Certes, la manière et la vitesse dont le monde évolue aujourd’hui ont de quoi chahuter l’Europe. La diplomatie européenne ne trouve manifestement plus les réponses à la hauteur des défis et des enjeux. L’Europe pourrait bien payer demain cette diplomatie européenne si peu ambitieuse par un recul de sa présence économique et commerciale en Méditerranée et en Chine.

Dans le cas des pays sud-méditerranéens, ce qui pêche, c’est l’incapacité de l’UE à proposer un projet qui fasse office de levier aussi puissant que l’a été la perspective d’adhésion à l’EU pour les PECO ; au lieu de cela, c’est une aide à la démocratisation et à la régulation des flux migratoires que les pays européens proposent à l’issue du Printemps des peuples arabes. L’Europe aurait pourtant beaucoup à gagner économiquement d’une Méditerranée réinventée politiquement. Elle a de quoi proposer une aventure sincère et “partagée”.

Certes, la récente Communication de la Commission sur la Méditerranée est venue établir une liste d’instruments qui doivent permettre d’atteindre des objectifs de long terme : démocratie, État de droit et croissance inclusive. Mais on retrouve là des ingrédients inchangés par rapport aux politiques antérieures sans compter que la démocratisation d’un pays étant un processus extrêmement long, l’UE ne saurait se contenter d’une approche politique et humanitaire au risque d’aggraver les tensions socio-économiques. Comme le souligne Jacques Delpla (Les Échos, 16 mars 2011), les révolutions arabes, sans aide économique extérieure, risqueraient de ne pas survivre, de vivre un “18 Brumaire”.

Le Conseil européen extraordinaire sur la Libye, qui s’est tenue le 11 mars, a également retiré deux projets proposés par des députés européens – création d’une banque euro-méditerranéenne et changement de statut de la BEI – qui auraient, pourtant, constitué des signaux forts vis-à-vis des pays sud-méditerranéens. Un autre instrument, la création d’une agence de garantie des risques à l’exportation, en plus des instruments ci-dessus proposés par les parlementaires, eut été également utile. Il avait été proposé, il y a presque dix ans, par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP). Dans tous les cas, il nous faut, d’ores et déjà, imaginer les bases solides d’un partenariat crédible.

Dans le cas de la Chine, la diplomatie européenne coupe l’herbe sous le pied d’une politique commerciale communautaire qui entend, au contraire, instaurer une fermeté et une réciprocité sans précédent, y compris en matière de marchés publics comme l’a signifié, ces jours-ci, le Commissaire Michel Barnier lors de sa visite en Chine. Cathy Ashton reproduit ainsi la posture diplomatique qui a été celle de l’Europe a l’égard des dictatures méditerranéennes alors même que la perspective de d’émeutes sociales graves en Chine n’est pas exclue. Avec la seconde puissance mondiale, il nous faut, pourtant, réinstaurer une relation économique plus équilibrée d’autant que les importations chinoises pourraient décélérer à l’avenir. La relation UE-Chine est à réinventer mais pas sur les bases de complaisance préconisées.

In fine, si elle maintien ces axes, l’UE risque de perdre son leadership de première puissance commerciale dans le monde. Comme quoi, rien n’est neutre même quand c’est plat !


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