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Traduction francaise de Dilution by Blane.

Publié le 31 mars 2011 par Clementchauveau

Parce que cet article vient du coeur et est intemporel. Parce que tout ce qu’il dit est vrai. Il est long mais très instructif. Merci Ionos pour la traduction.

Dilution :

a) Procédé visant à rendre plus faible ou moins concentré
b) Un état dilué ou affaibli
c) Une substance diluée

Ça fait longtemps que je n’ai pas posté vu que mon esprit était occupé, et c’est seulement maintenant que je sens que je veux partager les conclusions de mes pensées.
Cet article peut vous offenser, il peut vous sembler qu’il est dirigé contre vous et peut être qu’il l’est…
Je peux vivre tout en étant détesté pour dire la vérité, mais je ne peux pas continuer à vivre avec une telle opinion sans la partager avec les personnes qu’elle peut aider. Je sais que je ne suis pas le seul à avoir cette pensée et je pense que ça vaut le coup d’en parler si ça peut changer l’état d’esprit et aider ne serait-ce qu’une personne.

C’est dirigé en premier lieu vers un de mes amis avec qui je ne me suis pas entraîné depuis longtemps. Un ami qui, on dirait, a un peu abandonné son entraînement, est devenu un peu distant, un peu inquiet qu’il ne soit pas aussi fort que d’autres personnes. Cet article est pour lui, et tous les autres qui sont découragés en voyant leur entourage faire des choses qu’eux ne peuvent pas faire…et aussi pour ceux qui commencent juste le Parkour.

Hier était mon 1300ème jour de pratique. Je ne crois pas vraiment aux anniversaires, mais c’est le jour où deux semaines de pensées se sont assemblées et ont fusionné pour devenir cohérentes dans ma tête.

J’ai commencé mon entraînement il y a 1301 jours, le 10 septembre 2003, le jour après que Jump London ai été diffusé pour la première fois sur Channel 4 et c’est incroyable quand je pense à ce qui s’est passé depuis et combien ma vie a changé.

Je me souviens très bien de ma toute première session il y a 185 semaines et 6 jours. C’était avec, Tom, mon meilleur ami à ce moment, et on était tous les deux tellement excités après avoir regardé Jump London qu’on voulait s’y mettre tout de suite et commencer le Parkour.

Je me souviens avoir essayé quelques passements, quelques sauts entre les chaînes d’une balançoire, et je me souviens de ma première véritable expérience de la peur en Parkour alors que j’ai sauté du toit d’un club de gymnastique et roulé dans l’herbe. C’était terrifiant à cette époque, et je crois que ça faisait à peu près 3.5 mètres de haut. J’ai fait ça parce que je croyais que c’était ce en quoi consistait le Parkour : sauter de très haut et vivre pour pouvoir le raconter le jour d’après. Oh, on a bien évolué depuis…ou est ce que c’est vraiment le cas ?

Comme beaucoup de gens vous le diront, les jours après votre premier entraînement sont horribles. Qui se souvient de cette indescriptible sensation de douleur rien qu’en montant quelques marches d’escaliers durant les jours qui suivent votre premier entraînement intensif ? Je me souviens de mes quadriceps qui me donnaient l’impression qu’ils avaient été frappés pendant deux semaines par des casseurs armés de battes de baseball.

Maintenant ceux qui commencent à pratiquer cette discipline ont accès à une importante quantité d’informations auxquelles je n’avais pas accès au moment où j’ai commencé mon entraînement. On apprenait surtout en essayant et en faisant des erreurs ; avec une énorme quantité de ces dernières. Mais en dépit des bénéfices que peut apporter le fait d’apprendre à partir des expériences passées des traceurs vétérans, je ne peux pas m’empêcher de me demander s’il y a des conséquences.

Je réalise à quel point ça a du être difficile pour David Belle et tous les autres traceurs originaires de Lisses, alors qu’ils nageaient dans l’obscurité il y a plus de 15 ans, sans savoir ce qu’ils faisaient, où est ce que ça allait les mener. Ils ont lentement frayé un chemin dans une nouvelle direction, et l’ont aménagé de manière à ce que d’autres puissent les suivre.
Ça a demandé un grand nombre d’années à ces gars pour créer les mouvements les plus basiques et les développer au point ou presque n’importe quel obstacle pouvait être franchit en utilisant une simple poignée de techniques variables, et c’est vraiment un accomplissement remarquable. Un voyage épique que les nouveaux traceurs d’aujourd’hui peuvent faire en un clin d’œil, ou presque, puisqu’ils apprennent 10 nouvelles techniques en deux mois, qui auraient peut être demandées 5 ans d’entraînement à Lisses au début des années 90.

Donc à la vitesse à laquelle nous nous développons, progressons et apprenons, nous allons sûrement les rattraper et pouvoir ainsi les aider à défricher le chemin, n’est ce pas ?

Non, je ne crois pas.

Je pense que nous avançons tellement vite sur le même chemin que nous allons être à court de carburant avant de les atteindre. Ils regardent derrière eux, nous voient au loin, et je pense qu’ils espèrent probablement que nous les atteindrons pour les aider à répandre la discipline. Mais je ne pense pas que beaucoup de traceurs des générations futures y parviendront.
Pour citer Stephane Vigroux : « Je pense que pour beaucoup de personnes, ça doit être plus personnel….tout le monde bouge…..je suis vraiment content pour eux…..mais ils vont trop vite, avec trop de facilité, trop de show……beaucoup trop. »

Il y a des gars qui se sont entraînés pendant moins d’un an, qui font des mouvements plus grands que des gars qui se sont entraînés pendant 4 ans, et je pense que c’est dû à la librairie de savoir désormais disponible. En principe, ça a plutôt l’air d’être une bonne nouvelle, car plus les générations se succèderont, plus les traceurs seront capables d’éviter les erreurs et de se contenter de ce qui marche à coup sûr, pour arriver à un bon niveau de Parkour. Mais je suis inquiet.

Je pense que l’apprentissage empirique a appris aux traceurs de Lisses énormément sur eux même et les a doté d’une créativité, d’une passion et d’un courage qui tombent aujourd’hui dans l’oubli et sont remplacés par un entraînement « à la lettre ». Non seulement je crois que leur capacité d’adaptation mentale et physique est de très loin supérieure à la mienne, mais je pense aussi que cette capacité sera de plus en plus diluée alors que les générations se succèderont, et que les futurs traceurs commenceront leur entraînement.

Maintenant les gens ont des listes de mouvements à apprendre et peuvent les cocher au fur et à mesure qu’ils les font et passent ensuite à quelque chose de nouveau, quelque chose de plus grand, de plus impressionnant.

Aujourd’hui, le meilleur moyen d’être respecté dans la communauté du Parkour semble être de faire les choses les plus grandes et difficiles tout en s’entraînant au minimum. A partir du moment où vous le faites, peu importe le manque de perfection, peu importe la lenteur de la planche, la précision du saut, ou les dégâts faits à la personne. Tout le monde dit que X à fait Y et que donc il doit être meilleur que Z puisque ça fait seulement W mois qu’il s’entraîne !

Cette manière de voir les choses peut rapidement empirer, et je sens que c’est ce qui a commencé à détruire la vraie nature du Parkour. Les gens font des choses pour être reconnus par les autres, et il est difficile pour ceux qui s’entraînent dur et progressent à leur rythme de voir un tel phénomène arriver autour d’eux. Ils sont encouragés à faire des choses qui sont au dessus de leur niveau quand ils voient ce qui se passe, et ce n’est pas de leur faute.

Pour moi, le Parkour est une longue quête, et non pas une brève et épique bataille.

Je ne suis pas seulement inquiet à propos de la progression mentale et de la créativité des nouveaux pratiquants qui se sacrifient, je suis tout autant concerné par le coût physique d’un apprentissage aussi rapide.

Comme moi, certains d’entre vous se rappellent peut être d’un grand-père, qui malgré son âge avancé, était le seul capable d’ouvrir les pots de conserve lors des dîners. Cette « force de grand père » dont je parle n’était pas un miracle. C’était le résultat de 60 années de labeur manuel, une force produite par des années d’utilisation répétitive des muscles.

J’ai peur que les raccourcis mis à disposition des pratiquants d’aujourd’hui les privent de l’irremplaçable développement musculaire que les traceurs de Lisses possèdent ; les profondes racines neurologiques, et la grande quantité de mémoire musculaire qu’aucun livre, article, ou mot prononcé peut leur fournir. La force du grand-père.

On sait tous qu’on peut conditionner notre corps depuis le début de notre entraînement et que ça aidera nos habilités techniques, mais je pense toujours que les gens avancent et progressent trop rapidement. Je vois régulièrement des nouveaux traceurs accomplir des choses que des gars avec des années d’expérience ne font pas. Quelques fois les gars les plus expérimentés se sentent mal… souvent ils remettent en cause leur entraînement, se demandent pourquoi ils ne sont pas aussi bons, se demandent où est ce qu’ils ont été laissés derrière et pourquoi tout le monde semble meilleur qu’eux.

Des gens sont venus vers moi, littéralement déprimés par leur entraînement, pour me demander des conseils, me demander ce qu’ils avaient mal fait, se demandant ce que les nouveaux pratiquants avaient de plus qu’eux. Ce que j’ai répondu à ces gens est simple. Ces nouveaux pratiquants qui font des sauts énormes, des techniques impressionnantes, le grand, le difficile, le long, le haut etc. ont allumé un fusible qui va les faire griller des années avant qu’ils en aient envie, simplement parce que leurs corps ne sont pas près à faire ce qu’ils font. Ce n’est pas seulement une question de genoux ; qu’en est il des épaules des nouveaux qui font de grands lâchés d’une branche à une autre ? Qu’en est il de leurs coudes ?

Quels seront les effets de tout ça sur le long terme ?

Quels seront les effets sur le long terme de sauts de bras au même niveau de 3,5 mètres de long quand les épaules n’ont même pas fait l’expérience de 10 000 sauts de bras plus petits ?

Quels seront les effets sur le long terme de sauts de fond de 5 mètres de haut quand les jambes n’ont même pas fait l’expérience de 10 000 chutes de 1 mètre 50 ?

L’avenir le dira.

Regardez les meilleurs traceurs du monde. Allez à Lisses et rencontrez les, parlez leur, entraînez vous avec eux, apprenez d’eux. Ce ne sont pas les meilleurs parce qu’ils sont génétiquement avantagés ou alors parce qu’ils étaient assez fous pour lancer tous les nouveaux mouvements quand ils étaient plus jeunes et ce ne sont pas les meilleurs parce qu’ils progressent rapidement. Ce sont les meilleurs, les plus forts, les plus résistants, parce qu’ils ont progressé à leur rythme. Ils ont forgé une armure sur leur corps couche après couche, année après année, en répétant les choses des milliers de fois, sans se précipiter.
Ils ont encré profondément en eux une force de grand-père et une résistance aux blessures qui viennent d’une progression graduelle.

Plusieurs interviews de David Belle ont demandés s’il s’était déjà blessé et David a secoué la tête et a dit que ses genoux étaient en bonne santé, que ses bras étaient en bonne santé et qu’il ne ressentait aucune douleur. C’est après 18 ans d’entraînement. Pour contraster, aujourd’hui, on a des gars avec 1 an d’ancienneté s’arrêtant pendant plusieurs mois à cause de problèmes de genoux, d’épaules disloquées, de tendinites… Il font appel à la chirurgie pour réparer leur corps avant même d’avoir atteint les 20 ans. Est-ce que c’est une coïncidence ? Ou bien est ce que c’est parce qu’on va trop loin, trop rapidement, en essayant d’être les meilleurs, et en se comparant aux autres ?

Le Parkour est un voyage personnel qui demande beaucoup de travail. Il n’y a pas de raccourcis, il n’y a pas d’astuces pour aller plus vite. Si vous voulez «être et durer » je vous suggère de regarder avec insistance votre entraînement et de vous demander si vous faites ça juste pour le fun, pour quelques années, jusqu’à ce que vous souhaitiez vous poser, obtenir un travail, vous marier, avoir des enfants et partir à la retraite. Si c’est le cas, alors faites ce que vous voulez, faites les sauts énormes, faites tout ce que vous voulez, et ne regardez pas en arrière. Prenez juste conscience que vous avez un effet sur ceux qui sont dans le Parkour pour longtemps et qui travaillent dur pour devenir plus fort. Essayez de garder ça à l’esprit quand vous leur dites : « je l’ai fait, alors pourquoi tu ne le fais pas ? »

Mais si vous voulez discipliner votre corps, devenir fort, et durer dans le Parkour, alors vous ne devez vous comparer à personne d’autre. Ça peut être très tentant de vous laisser persuader de faire quelque chose qui est au dessus de votre niveau quand vous voyez quelqu’un de moins expérimenté le faire. Soyez l’Homme / la Femme le / la plus sage, réalisez les dégâts qu’ils se font, et soyez fier de ne pas succomber à l’envie de faire la même chose.
Dans 10 ans, quand ils marcheront avec une canne, vous serez capable de faire ce saut sans générer une seule goutte de sueur.

Je ne sais pas vraiment comment on peut aider les futures générations de traceurs et le futur du Parkour. En leur léguant notre expérience, nous pouvons les préparer, mais ça ne doit pas devenir un substitut de l’empirisme sans quoi nous deviendrons tous les clones de nos professeurs. Il doit rester une part d’empirisme, et une part d’exploration.

Il faut aussi leur permettre de progresser à leur propre rythme, sans qu’ils sentent la pression due à ceux qui les entourent. Je vais faire du fait d’aider ceux qui se sentent forcés à faire un mouvement qu’ils ne veulent pas faire un de mes buts personnels. Ce serait génial si quelques personnes lisant cet article pouvait prendre le temps de me joindre dans mon combat.

Pour résumer les deux points de l’article ci-dessus :

1) Si vous êtes nouveau dans le Parkour, faites autant de recherche que possible, et apprenez de ceux qui ont emprunté le chemin avant vous. Mais ne perdez pas votre créativité et capacité à penser par vous-même. Essayez de nouvelles choses, explorez différentes méthodes et progressez à votre propre rythme. Ce dont vous devez vous rappelez, c’est que ceux qui ont empruntés le chemin avant vous ont une plus grande expérience physique que vous et ont construit ce que j’appelle la « force du grand père », force qui ne peut pas être enseignée. Vous pouvez apprendre rapidement la théorie, mais vous ne pouvez pas prendre de raccourcis en ce qui concerne la pratique si vous voulez durer dans cette discipline.

2) Si vous êtes plus expérimenté dans le Parkour et que vous sentez que des nouveaux venus sont plus forts que vous, ne vous sentez pas obligé de vous pousser d’avantage ; de faire des choses juste parce qu’ils les font. Essayez de les avertir du danger de faire des mouvements que leurs corps ne sont pas prêts à supporter. Même s’ils peuvent faire des choses, ça ne veut pas dire qu’ils devraient les faire. Ils apprennent plus vite que vous grâce à la quantité d’informations que vous leur avez apporté par votre entraînement rigoureux.

Si vous vous souciez du futur du Parkour alors c’est votre devoir de les aider à progresser sensiblement et leur rappeler qu’ils devraient ralentir quand vous pensez qu’ils vont trop vite.
Si nous ne faisons pas ça, le Parkour mourra lentement alors que ses pratiquants deviendront des répliques de plus en plus faibles d’anciens traceurs, à cause de leurs blessures, du surentraînement et de la destruction de leurs articulations.

Allez vous aider à diluer le Parkour et les nouveaux traceurs ou allez vous aider à le concentrer et à les renforcer ?

« Marchez doucement, parce que vous marchez sur mes rêves. » William Butler Yeats

-Blane

Merci à ceux qui ont lu cet article en entier.


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