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À Torcy (77), la droite tente d’éviter le piège des cantonales

Publié le 16 mars 2011 par Gauche2gauche

 À quelques jours du scrutin, les cantonales semblent portées disparues. Noyé dans une actualité logiquement concentrée sur la tragédie japonaise, l’évènement électoral pourrait presque passer inaperçu. Déjà, peu d’enjeux accompagnaient ce scrutin compte tenu de la réforme des collectivités territoriales adoptée par le parlement, et prévoyant la disparition des conseils généraux d’ici quelques années. Les cantonales, c’était surtout le risque pour la majorité présidentielle de subir un nouveau revers comparable aux dernières élections régionales. Allons donc jeter un oeil au cœur de la campagne, à l’occasion d’un débat entre Front de Gauche et UMP dans le cadre de la bataille pour le canton de Torcy, en Seine-et-Marne.

D’emblée, Pierre Lafaye candidat investi par l’UMP dans ce canton mi-populaire, mi-pavillonnaire, pose les termes du débat. «Nous ne sommes pas ici pour parler de politique nationale» assène-t-il. Cette injonction sonne comme un rappel de ce qui semble être la stratégie nationale de la majorité présidentielle. Selon le PCF, ce sont plus de 7000 candidats UMP qui auraient omis d’apposer leur étiquette sur leurs affiches. Et ce sarkozyste «critique» d’insister sur ses propositions, «des solutions locales aux problèmes locaux» insiste-t-il. «Vos propositions sont intéressantes et je souscris à certaines d’entre elles, mais le gouvernement que vous soutenez vous empêchera de les réaliser» réagit aussitôt Marie-Luce Némo, la candidate suppléante du Front de Gauche. Pour la communiste, il existe deux moyens de financement des différents projets portés par les candidats, à savoir l’emprunt et la hausse des impôts. «Il faut être honnête» lance-t-elle, excluant un nouveau recours à l’emprunt compte-tenu du budget départemental étouffé par la décentralisation qui se réalise selon elle sans contrepartie.

«Faux !» lui répond son opposant. Pour lui, la réduction des budgets est surtout dûe à la politique de réduction des dépenses portées par le gouvernement dans le but de «sauver nos acquis sociaux». Le conseiller municipal de l’opposition torcéenne prône la bonne volonté. «Les collectivités qui le veulent s’organisent malgré les restriction» affirme-t-il. Une position rejetée par Blaise Chabanis, membre du PG et candidat titulaire pour le Front de Gauche. «Là où vous vous résignez, nous nous voulons nous battre !» lance-t-il à son adversaire.

Directement concerné par le débat actuel sur la mise à profit du gaz de schiste en Seine-et-Marne, les deux candidats se déclarent opposés à son exploitation. Un concensus qui ne se retrouvera pas en matière de logement. Pierre Lafaye se dit favorable à l’érection de logement étudiants, en réponse à l’exigence de logements sociaux brandie par le Front de Gauche. «On la connaît l’entourloupe des logements étudiants !» réagit Marie-Luce Némo. Une façon dérivée de remplir ses obligations selon la suppléante du Front de Gauche. «Les 20 % de logements sociaux doivent être imposés aux communes par le département» renchérit Blaise Chabanis, appelant à une suspension des subventions du conseil général aux mairies ne respectant pas la loi. Pourtant, «c’est à l’État et non au département de faire respecter la loi SRU» selon le candidat UMP.

Difficile d’établir un «vainqueur» dans ce débat. D’un côté le candidat UMP, refusant toute discussion politique dépassant le cadre du canton, dénonce l’administration attentiste du conseil général PS-PCF. De l’autre, les candidats Front de Gauche persistent à souligner l’incohérence politique de leur adversaire, sans parvenir à se désolidariser du conseil général sortant. De fait, c’est lorsque le débat dévie sur des questions politiques plus larges que chacun des candidats se retrouve réellement en opposition, une fois la bonne volonté chronique dépassée. «Tout est lié» maintient Blaise Chabanis, dénonçant la privatisation de l’hôpital public, et dont l’âme militante émerge à chaque hors-piste qu’il parvient à imposer.

Ce scrutin, la gauche voulait en faire une caisse de résonance de l’opposition à Nicolas Sarkozy. Force est de constater que la stratégie du parti du président consiste à tenter d’isoler ces revendications, de les étouffer tantôt derrière l’urgence locale, tantôt sous l’affrontement de «personnalités». Pas sûr que cette stratégie parvienne à limiter les dégâts. Selon un sondage Harris Interactive pour Le Parisien, la droite de Pierre Lafaye ne dépasserait pas les 28 % dimanche, tandis que le Front de Gauche de Blaise Chabanis dépasserait à lui seul les 10 % des suffrages.

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[Edit] : Retrouvez les résultats du premier tour à Torcy sur la plate-forme du Monde.fr


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