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La réconciliation par la science

Publié le 11 janvier 2011 par Loreline123

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A Genève, la physique des particules se révèle un bon moyen de rapprocher des pays ennemis

«Un et un égale deux dans toutes les langues.» Muhammad Alhroob, premier étudiant palestinien de Hébron entré au CERN en 2007, termine sa troisième année de doctorat sur l’expérience Atlas. «C’est le groupe israélien qui l’a pris en charge sur sa propre participation, explique John Ellis, physicien théoricien et conseiller aux relations avec les pays non membres. Une étudiante travaillant avec un groupe de Haïfa lui a succédé, puis d’autres ont suivi. C’est devenu une tradition. L’espoir est que ces étudiants rentrent en Palestine un jour et forment un groupe de physique expérimentale avec des Israéliens.»

Venant de plus de 60 pays, 300 étudiants physiciens ou ingénieurs rejoignent chaque été les rangs du Summer Student Program, dont une centaine d’entre eux venant de pays non membres. «Un ou deux Palestiniens par an, ce n’est pas mal pour le nombre d’habitants, précise George Mikenberg, professeur de physique des particules à l’Université de Genève et à l’Institut Weizmann en Israël, responsable du groupe israélien. Israël, dont 45% des exportations sont des produits de haute technologie, envoie trois étudiants, et les Américains qui sont 300 millions en envoient 16 ou 17 chaque été.»

Sujets politiques escamotés

Des deux côtés, un pragmatisme résolu: «Pas de restriction de nationalités, on veut les meilleurs», dit George Mikenberg. «Les physiciens juifs sont très brillants et j’apprends d’eux en tant que physicien, remarque Muhammad Alhroob. Aimer ou détester quelqu’un n’interfère pas dans nos recherches.»

Par goût ou par prudence, les sujets politiques sont évités entre collègues du CERN, et restent soigneusement cantonnés à la sphère privée. Les cerveaux savants ne s’aventurent pas en zone dangereuse. «Ici quand on parle aux autres, on parle à leurs bons côtés», commente le physicien palestinien. «Ce sont des scientifiques. Ils peuvent remettre en question les compétences d’un collègue, mais pas sa culture», confirme Monica Dunford, physicienne sur le détecteur Atlas.

Le CERN a été fondé en 1952 sur un concept pionnier: la réconciliation des nationalités par la science. Après les déchirements de la Seconde Guerre mondiale, les physiciens européens ouvrent la voie en 1954. Dès 1959, la collaboration s’étend «aux scientifiques israéliens et allemands, avant qu’une relation solide ne se noue entre les deux pays», indique George Mikenberg, préfigurant l’accélérateur Sésame construit à présent en Jordanie par des équipes associant Palestiniens, Israéliens et Iraniens. «Très souvent, ajoute-t-il, les premières relations scientifiques deviennent diplomatiques.»


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