Un week-end bordelais pas tout à fait ordinaire avec le CRD

Par Mauss

D'abord, hier samedi, il a fait chaud, très chaud.

Le GJE, comme chaque année depuis 5 ans, s'est réuni au Château La Dauphine (Fronsac) pour une grande dégustation sur deux jours de tous les vins des Membres du Cercle Rive Droite (CRD), un groupement créé par le Docteur Alain Raynaud qui fut également un Président particulièrement actif de l'UGCB (Union des Grands Crus de Bordeaux). Qu'on sache ici qu'il vient de racheter le Château du Parc où il espère faire aussi bon qu'il a fait à Quinault, maintenant revendu à Cheval Blanc.

Avec près de 140 Membres, le CRD est devenu un acteur de poids pour la promotion des vins de Bordeaux de par le monde.

CRD

Cette année, le millésime dégusté fut le 2007. Par tradition pour cette session particulière, le GJE invite plusieurs dégustateurs non membres du GJE ainsi que des producteurs de rive droite, histoire de confronter surtout nos points de vue lors des debriefings, le tout naturellement selon les règles de la dégustation "aveugle" du GJE. Nous avions ainsi une journaliste chinoise (Mei Hong), une caviste française installée à Oslo (Marie-Christine Moreau), un sommelier norvégien (Dan Lystad), un journaliste japonais (Toshio Matsuura), un très sage et quasi silencieux Laurent Gibet (il se rattrapera sur nos blogs, que personne n'en doute) et donc des producteurs membres du CRD comme Ellisalde, Raynaud, Querre, Véry, Lavigne, Genevey et autres châteaux suivant nos travaux.

Qu'il me soit également permis de féliciter les trois membres américains du GJE qui sont venus tout exprès pour cette session : Wilfred van Gorp, Kevin Shin et Kelly Walker.

Armand Borlant, le persifleur-moraliste de ce blog, mettra sur son site les plus belles photos qu'il a faites ce week-end. On vous donnera l'adresse web ultérieurement.

Quatre choses qu'on peut retenir de cette dégustation d'un millésime ingrat :

- beaucoup de vins ont été caractérisés par une note végétale marquée, une certaine dureté là où on aime quand même ressentir un plaisir net, avec des équilibres et des saveurs généreuses. Bref, le millésime a joué son rôle à plein, malgré bien des efforts pour palier à ses défaillances.

- Mais il y a quand même - et heureusement - quelques vins qui vont sortir du lot (on pourra lire ici et là quelques points de vue des dégustateurs présents). Je soupçonne ces vins du haut du panier, d'avoir des terroirs reconnus.

- On constate que des appellations dites "mineures" (il y a 19 AOC en rive droite (!) ) sont parfaitement capables d'être au niveau des noms prestigieux comme "Pomerol" ou "Saint Emilion Grand Cru".  Comme quoi…

- Les debriefings ont montré à quel point un point de vue collectif sur un vin est un système qui doit garder sa place dans les analyses "vins" à destination des consommateurs, tant il est vrai qu'en appréciation des choses, chaque palais a son approche particulière et, quoiqu'en disent des esprits chagrins, un point de vue collectif a un sens et une valeur réels.

L'organisation fut plus que parfaite avec une équipe de jeunes du Lycée Viticole de Montagne St Emilion, et le personnel de La Dauphine, dans un enthousiasme qui nous a marqué. Qu'il me soit permis ici de féliciter encore cette équipe de lycéens dont la politesse, la propreté, le sens du travail collectif sans aucun tire au flanc, le sens de l'écoute et la disponibilité furent une leçon pour nous tous, et renvoient au placard les crétineries habituelles qu'on associe au mot "jeune".

Je ne connais pas le proviseur ni les professeurs de ce lycée, mais, messieurs, soyez fiers de vos lycéens.

Le dîner au Château Siaurac de vendredi soir (il y a vraiment de très beaux châteaux en Aquitaine) chez la Baronne Guichard, également propriétaire du Vray Croix de Gay, fut l'occasion d'ouvrir quelques topettes dont des champagnes Gosset 89 du tonnerre de dieu et un double magnum offert par mes potes romanéens de Latour à Pomerol 1985, un vin que Monsieur Berrouet croyait avoir loupé (dixit Burtschy) alors même qu'il avait tant de choses à dire. Parmi tous les vins dégustés ce soir là, qu'il me soit permis d'en citer un dont la finesse était proprement confondante : Bourgneuf-Vayron (Pomerol). Une superbe bouteille, tout en équilibre, délicatesse. De la dentelle faite main. Un réel vin d'émotion. Un grand merci à la propriétaire qui a, pour son appellation, un enthousiasme communicatif.

Merci donc à tout ce petit monde qui a organisé et permis une session très professionnelle, notamment les chatelains qui ont hébergé mes zozos.

Une organisation parfaite, avec salle climatisée !

Toshio Matsuura et Abi Duhr

Christian Roger, un sérieux. MM Emmel, Otto Geisel et Laurentg qui fait semblant de travailler

MM Ellisalde, Van Gorp, Perrin

Deux propriétaires attentives et travailleuses !

On se parle, on confronte, on échange

Journée "plein soleil"

Activités de ce dimanche

D'abord, ce matin, la dégustation des "primeurs" du CRD au Château Barde-Haut. On annonce une température plus clémente que le chaud soleil d'hier. Burtschy, Duhr, Perrin, De Groot, Ian d'Agata, commencent leur travail de romains à déguster tous ces primeurs où ils sont sollicités de toutes parts.

Ensuite une dégustation de tous les crus, argentins en particulier, de Madame Péré Vergé en son Château Le Gay. Le déjeuner traditionnel qui nous y réunit ainsi chaque année au moment des primeurs sera l'occasion d'échanges dont le ton est assez éloigné des conventionalités officielles. Merci à cette grande dame dont le dynamisme est une leçon pour tous.

Ne reculant devant aucun sacrifice, j'ose réunir encore ce jour, dimanche 3 avril, une quinzaine de dégustateurs pour une session en totale aveugle qui se tient au Château de Pressac. On en parlera vite car, une des questions qui leur sera posée sera d'identifier 4 pirates parmi 26 vins d'un même millésime. Je vais boire du petit lait.

Ensuite, en fonction du temps disponible, et avant de passer la soirée à déguster les crus et taster un saucisson à La GaffelièreStéphane Derenoncourt présente tous les vins de ses clients, on passera à Angelus et peut-être ailleurs (Thunevin, Perse, Maltus) si le timing le permet. Sinon, ce sera pendant la semaine.

Lundi et mardi

Avant un départ en Italie où commence VINITALY, lundi sera le jour "primeurs rive gauche", avec le matin les crus du Prince de Luxembourg (Haut-Brion), les vins de Bernard Magrez (Pape-Clément, La Tour Carnet et tant d'autres), et poursuite en médoc avec Lascombes, Rauzan-Ségla, Margaux, Mouton, Léoville-Poyferré.

Mardi Lafite et tant d'autres chez Cazabonne. Et mercredi, repassage en rive droite pour dire bonjour à tous ceux qu'on aura manqué ce week-end.

Gossips d'ailleurs

Si les polémiques lancées par Jancis Robinson et Michel Bettane laisseront des traces malgré l'extraordinaire pesanteur des choses si difficiles à "bouger", aux USA, une nouvelle polémique est lancée sur le forum de Parker-Squires dont l'objet est la sempiternelle question des éventuelles acquintances entre journalistes et producteurs, suite à l'organisation par Antonio Galloni à but lucratif d'une soirée "Piémont" à NYC en sorte de copie conforme à La Paulée qui a un succès phénoménal.

Il sera difficile pour Antonio Galloni de défendre bec et ongles ses principes fondamentaux d'indépendance, surtout quand ses détraceturs rappellent avec force à qul point Parker a toujours dit, écri, souligné l'ardente nécessité d'être le moins possible en "copinage" avec les propriétés.

Comme je l'ai écrit sur son forum, il va bien falloir comprendre un jour ou l'autre, que pratiquement plus aucun journaliste ne peut vivre d'une éventuelle revue qui n'aurait aucun support publicitaire ou aucune ressource annexe comme les Grands Tastings (©) ou événements similaires. Parker a fait fortune avec ses livres et avec sa revue. Et il est évident qu'il n'y aura pas un nouveau Parker de sitôt.