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La vieille ecole

Par Arielle

 

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Lorsque je les ai vus ce matin, tous ces bambins, polysynthétisés du cartable aux chaussures, franchir le portail automatique de leur belle école et s’aligner au signal de la sonnerie électronique, j’ai senti mon corps frissonner aux souvenirs d’une autre époque.

J’ai traversé le terrain vague de mes longues années et je suis retournée te voir, ma « communale ».

Ta lourde porte d’entrée en bois marron est bien vermoulue mais encore solide et sa serrure rouillée sur le verrou tiré la maintient fermée, comme pour te protéger. Et pourtant ! Ton mur en pierre, jadis si haut, n’est plus qu’un cahot de cailloux vert mousse et gris poussière ; il a laissé choir la grille qui faisait ton orgueil : de majestueuses lances de métal terminées par des fleurs de lys qui s’élançaient à l’assaut du ciel.

J’ose m’aventurer dans la cour de récréation devenue un champ de ronces et d’ortie. En son travers, comme une grande règle en bois que le maître aurait laissé en partant, ce  qu’il reste de ton tilleul gît, vaincu sans doute par un jour de tempête.

Le lierre a envahi ta façade et l’on devine à peine les ouvertures. Ici, la porte qui menait au couloir bâille ; là, les volets pendent et laissent entrevoir quelques vitres brisées aux fenêtres. Les tuiles ont glissé et ta charpente rongée est à nu.

A droite, sous le préau qui ne préserve plus de la pluie, j’aperçois un semblant de banc en sombre et quelques crochets informes en métal rongé, nos porte-manteaux, sans doute.

Et j’ai le cœur gros !

Et je ferme les yeux !

Et me voici dans ma classe, celle des cours préparatoire et élémentaires.

Dans sa blouse grise, le maître est figé sur son estrade ; il regarde une flaque d’encre violette qui s’étale implacablement sur le sol, une bouteille cassée et une petite fille en larmes.

J’avais copié mes mots deux fois trop gros pour ‘l’embêter’ parce qu’il me reprochait toujours de ne pas remplir les interlignes ; pour me punir il m’avait dit de venir m’assoir à ses pieds, sur la marche de l’estrade ; je n’avais pas vu la bouteille d’encre soigneusement rangée près du bureau et je l’avais heurtée.

Dans la nouvelle école, toute moderne, une bouteille d’encre violette qui se renverse, cela n’existe pas !

Mais il y a forcément d’autres maladresses à commettre et qui font pleurer les petites filles … Des petites filles qui deviendront des femmes et qui se souviendront, elles aussi, avec le cœur serré, de leur première école primaire.

(Simone Le Vaillant

Souvenirs du temps passé)


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