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(Pilote US) The Killing : who killed Rosie Larsen ?

Publié le 10 avril 2011 par Myteleisrich @myteleisrich

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Dimanche dernier, AMC lançait son remake de la série danoise Forbrydelsen : The Killing. Partant sur des bases scénaristiques similaires, la saison 1 de cette déclinaison américaine ne comportera cependant que 13 épisodes, contre 20 dans la version d'origine, ce qui laisse sous-entendre que la série de AMC saura aussi prendre ses distances avec les chemins tortueux et les successions de fausses pistes de sa source d'inspiration. Les critiques américaines lui ont fait bon accueil, pourquoi donc ne pas lui laisser sa chance ? Vous le savez, j'ai d'habitude une règle plutôt stricte vis-à-vis des remakes : je les écarte arbitrairement si je connais (et surtout apprécie) la première version. Par exemple, en janvier, Shameless US n'a jamais eu sa chance avec moi pour cette raison.

Sauf que, exceptionnellement, je me suis engagée à regarder au moins le pilote de la petite dernière de AMC. Ce que j'ai fait consciencieusement. Et au terme de ces deux premiers épisodes, une seule chose est certaine : ma politique de visionnage des remakes n'est pas prête d'évoluer. Est-ce qu'il est possible d'apprécier à sa juste valeur le pilote de The Killing après avoir vécu si intensément Forbrydelsen ? Je n'en suis pas certaine. Aujourd'hui, revenons sur ce premier épisode de la série américaine avec une review où je ne vais pas prétendre oublier la version danoise pour analyser l'américaine. Mais, vous savez quoi, l'exercice, même comparatif parfois, s'est avéré peut-être encore plus instructif !

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The Killing s'est choisi pour cadre la ville de Seattle, une région qu'elle va tout particulièrement savoir mettre en valeur à mesure qu'elle se construit une ambiance qui lui est propre. Toute sa première saison va former un grand arc narratif composé de 13 épisodes, qui vont chacun correspondre à un journée d'enquête dans cette affaire qui s'ouvre dans ce premier épisode et qui va bouleverser plus d'une vie.

La série débute sur le dernier jour de travail de la détective Sarah Linden, cette dernière s'apprêtant à déménager pour la Californie afin d'y rejoindre son fiancé, en dépit de l'hostilité de son adolescent de fils. Elle et son remplaçant, Stephen Holder, sont appelés sur les lieux de découverte d'un sac à main rose ensanglanté. Si Sarah est déjà toute entière tournée à son départ, elle se laisse cependant convaincre par son coéquipier du jour de suivre la piste d'une carte nominative trouvée sur place au nom de Stanley Larsen. Le pré dans lequel ces objets ont été retrouvés est trop bien connu pour être un lieu où les prostituées emmènent leur client pour que les policiers s'inquiètent vraimet.

Mais chez les Larsen, l'épouse leur assurant que toute sa famille était hors de la ville ce week-end, une autre explication, autrement plus effrayante, est soudain envisagée par Sarah lorsqu'elle découvre l'existence d'une fille aînée... laissée à Seattle pour fêter Halloween vendredi soir dernier, et dont ils n'ont pas eu de nouvelles depuis ce jour-là. Le parc au sac ensanglanté va malheureusement rapidement fournir la réponse redoutée : le cadavre de Rosie Larsen y est découvert dans le coffre d'une voiture noyée dans un étang. Or le véhicule fait partie du parc automobile de l'équipe d'un politicien local, candidat aux élections municipales qui se profilent : Darren Richmond. Quel est donc le lien entre la victime et un milieu politique au sein duquel les policiers ne peuvent se glisser qu'avec diplomatie ?

"Qui a tué Rosie Larsen ?", voici la question qui promet de retenir toute notre attention pour le reste de la saison 1.

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Le principal atout de The Killing réside incontestablement dans la façon dont elle se propose d'exploiter son intrigue policière. Sa construction narrative feuilletonnante à l'extrême va lui permettre non seulement d'exploiter pleinement son format de "série télévisée", mais aussi de la distinguer de ces procedural show dont les quarante minutes d'épisode imparties à chaque enquête suivent un schéma devenu trop invariable pour retenir l'attention de certains téléspectateurs lassés (je ne cache pas faire partie de ces derniers). Plus ambitieuse parce que disposant de plus de temps, The Killing nous glisse non seulement aux côtés des policiers, mais aussi de la famille de Rosie Larsen, et plus globalement de toutes les personnes affectées directement ou indirectement par les évènements. En bien des points, il s'agit d'une série chorale qui permet donc de multiplier les perspectives, offrant un portrait complexe et émietté de toutes ces réactions face à une tragédie bouleversante.

Cette richesse, The Killing sait parfaitement la mettre à profit dès son pilote. Elle s'approprie tous les ingrédients qui fondent un polar noir efficace. Au-delà du crime sordide qu'elle entreprend de relater, elle s'impose comme une série d'ambiance. C'est là que réside peut-être la réelle prise d'indépendance par rapport à sa consoeur danoise et  la valeur ajoutée la plus intéressante de ces débuts : sa capacité à se construire une identité qui lui est propre et qui exploite son concept avec les atouts de sa nationalité. The Killing n'a pas l'atmosphère glacée, ni le côté sobre et épuré à l'extrême de la série scandinave. La fiction d'AMC propose un polar américain, où l'empathie apparaît comme une constante plus naturelle. L'émotionnel y est plus assumé et recherché. De même, Seattle n'est pas Copenhague. D'ailleurs, la série exploite de manière convaincante le cadre d'une ville qu'elle présente comme souvent pluvieuse. L'eau constitue d'ailleurs un élément omniprésent dans ces lieux où la nature verdoyante côtoie le citadin grisâtre.

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Si elle est habile à se construire son univers pour nous immerger progressivement dans l'intrigue qui va être son coeur, The Killing m'a cependant laissée une impression un peu plus mitigée quant à la maîtrise de son récit. Certes ce dernier reste globalemet efficace, mais j'ai à plusieurs reprises été un peu gênée par une narration trop rapide. Hormis quelques plans destinés à marquer l'atmosphère, le pilote ne perd pas de temps en transitions anecdotiques et en passages plus contemplatifs : il va à l'essentiel. La densité du récit est incontestable ; les scènes s'enchaînent pour permettre à l'intrigue de s'installer sans temps mort. Si c'est efficace pour ne jamais prendre en défaut l'attention du téléspectateur, paradoxalement, on ressort aussi avec un sentiment ambivalent : alors que la série souhaite nous plonger dans un polar réaliste feuilletonant, qui ne se veut pas pris par le temps, elle n'hésite pas à prendre des raccourcis narratifs discutables. Est-ce le parallèle qui s'opère naturellement dans mon esprit avec Forbrydelsen qui biaise ainsi ma perception ?

En fait, le pilote de The Killing offre un récit très proche de la version danoise, se concluant, tout comme elle, sur la découverte nocturne du corps de Rosie Larsen dans la voiture qui est remontée de l'étang. L'histoire est identique dans ses grandes lignes, ce qui permet de faire une autre comparaison plus objective : le premier épisode de Forbrydelsen dure 55 minutes ; celui de The Killing, 45. Dix minutes de moins qui, malgré tout, se ressentent à l'écran. La série danoise cultivait l'art de savoir prendre son temps. L'exploitation de l'intrigue dans The Killing est plus fonctionnelle, au sens où l'anecdotique est plus aisément balayé, privilégiant le rythme à l'ambiance. Les deux choix ainsi faits ont chacun des arguments légitimes en leur faveur. Il ne s'agit pas de les hiérarchiser qualitativement, ils reflètent au fond un savoir-faire différent. Mais je dois être une téléspectatrice qui préfère prendre mon temps, plutôt que d'avoir l'impression d'assister à de brusques accélérations forcées ou à des avancées trop parachutées qui sonnnent un brin artificiel. Par exemple, dans l'épisode 2, la façon dont est amenée la découverte de "the cage" est une parfaite illustration du problème de la version américaine.

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Sur la forme, The Killing est une série soignée, où tout s'emploie à construire une atmosphère de polar très intéressantes. Les images sont travaillées, parfois très belles pour mettre en valeur le cadre offert par la région de Seattle avec quelques paysages superbes, mais sachant aussi verser dans un côté sombre qui se justifie également au nom de la tonalité de la fiction (l'omniprésence de la pluie notamment). C'est globalement bien fait, tout comme l'exploitation d'une bande-son qui emprunte à nouveau ses grandes lignes à la version originale, tout en posant sa propre identité. Cependant, j'ai parfois eu l'impression que la musique était un peu trop présente.

Par exemple, analysons pour illustrer mon propos la façon dont est montée la scène finale de découverte du cadavre de Rosie Larsen. Le récit est identique. Ce qui change, outre les acteurs, c'est l'exploitation faite du même morceau musical, un instrumental poignant. La version danoise privilégie la sobriété, ne faisant retentir qu'un seul passage lorsque la mère de Rosie s'effondre dans la cuisine : inutile de trop en faire pour proposer une scène d'une intensité déchirante. A l'opposé, la version américaine joue elle, non pas sur le silence, mais bien sur l'exploitation du morceau musical : ce dernier retentit dans notre écran beaucoup plus tôt, au moment où le corps noyé de Rosie Larsen apparaît lors de l'ouverture du coffre. Cette utilisation propre à chaque nationalité des mêmes ingrédients en dit beaucoup sur les conceptions et le savoir-faire particuliers à chacun de ces deux pays.

Pour un observateur qui s'intéresse à la construction respective de ces fictions, c'est un exercice intéressant que de mettre ces éléments en parallèle. Mais cela permet aussi de comprendre pourquoi le téléspectateur pourra être plus sensible à l'une ou à l'autre version.

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Enfin, pour porter à l'écran cette histoire ambitieuse, le casting comporte quelques valeurs sûres du petit écran américain. Mireille Enos (Big Love), avec ses larges pulls et ses cheveux attachés, tranche avec l'archétype de la figure policière. Si j'ai trouvé intéressant le contraste ainsi offert et si j'apprécie cette actrice, cette dernière a d'abord souffert de la comparaison instinctive faite avec sa consoeur danoise, me donnant l'impression de manquer tant en intensité qu'en présence. Cependant, vers la fin du second épisode, je commençais à m'habituer à son style. Donc, même si elle s'avère pour le moment moins convaincante, elle devrait parvenir à s'imposer à moyen terme.

En fait, c'est sans doute avec le casting dans son ensemble que j'ai eu le plus de difficultés pour m'adapter. J'ai eu du mal à me sentir impliquée à leurs côtés, peut-être est-ce dû en partie à une écriture qui a besoin d'un peu plus de temps. Si pour certains, comme Billy Campbell (Once & Again, Les 4400) qui ne dispose que d'une poignée de scènes dans cette ouverture, je ne m'inquiète pas pour la suite étant donné le passé de l'acteur, pour d'autres, je suis plus sur la réserve. Outre Joel Kinnaman, c'est surtout Brent Sexton (Deadwood, Life), en père de famille brisée, qui m'a semblé être le moins convaincant. A leurs côtés, on retrouve également Michelle Forbes (24, In treatment, True Blood), Kristin Lehman (Killer Instinct), Eric Ladin (Generation Kill), Brendan Sexton III ou encore Jamie Anne Allman (The Shield).

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Bilan : Polar d'ambiance soignée, à la narration feuilletonante ambitieuse dont l'arbitrage n'est pas toujours complètement maîtrisé, The Killing est une de ces séries dont l'histoire pourtant classique tranche dans le paysage téléphagique actuel américain et dans laquelle on a envie de s'investir. Souhaitant exploiter pleinement son format de série télévisée, avec une intrigue dont l'arc narratif couvrira ses 13 épisodes, elle entreprend rapidement d'immerger le téléspectateur dans son univers potentiellement addictif, en se concentrant sur une question qui devrait en passionner plus d'un au cours des prochaines semaines : qui a tué Rosie Larsen ?

Pour ceux qui connaissent Forbrydelsen, The Killing mérite-t-elle un visionnage ? C'est une fiction profondément américaine : la base du scénario est peut-être identique, mais nul doute que la série dispose d'une identité propre à sa nationalité. Vous y retrouverez des recettes familières qui, suivant vos goûts, peuvent vous séduire ou vous laisser indifférent.

Personnellement, je ne pense pas poursuivre plus avant ma découverte. Jeter un oeil à ce pilote a été instructif à plus d'un titre, mais je ne vois pas vraiment de raison justifiant de m'investir dans cette série.


NOTE : 7,5/10


La bande-annonce de la série :


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