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Libye : 4 questions à M. Goya

Publié le 11 avril 2011 par Egea

Michel Goya (chercheur à l'IRSEM) a bien voulu répondre rapidement à quelques questions sur les opérations en Libye : mille mercis à lui pour cet éclairage plein de bon sens, et qui va au-delà des commentaires bêtas de certains journalistes...

Libye : 4 questions à M. Goya
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O. Kempf

1/ Comme d'habitude dès qu'un conflit dure plus de deux semaines, les médias parlent d'enlisement : est-ce vraiment le bon mot ?

MG : Non évidemment. Il est même rare que les guerres se concluent en quelques jours. Un effondrement de l'armée de Kadhafi par choc psychologique était sans doute espéré mais, à partir du moment où ce résultat n'était pas obtenu, la guerre devait forcément durer beaucoup plus longtemps. En 1999, il a fallu 78 jours pour faire plier Milosevic...et nos forces sont toujours au Kosovo, douze ans après. Il aurait peut-être été nécessaire de l'annoncer dès le départ.

2/ De même, on entend à nouveau les critiques sur l'air power : pourtant, n'a-t-il pas l'air plutôt efficace, cette fois-ci ?

MG: La mission explicite était de protéger les populations civiles des exactions des forces de Kadhafi et la mission implicite, au moins pour la France, était d'aider les rebelles à renverser Kadhafi par la force ou par la négociation. Après trois semaines, la petite force aérienne de Kadhafi a été neutralisée et le siège de Benghazi a été levé. Les estimations officielles parlent d'une réduction du potentiel de 30% des forces de Kadhafi, sans qu'on sache d'ailleurs précisément ce que cela recouvre. Surtout, la rébellion, sur le reculoir et repliée dans une ville de Banghazi difficilement défendable, a été sauvée. Ce sont des résultats importants mais non décisifs. La ville de Misrata est toujours assiégée et la population y souffre terriblement.

Pour le reste, les rebelles ne parviennent pas à faire sauter le verrou de Bréga et l'armée de Kadhafi s'est adaptée à la menace aérienne, de manière assez classique et prévisible par l'imbrication avec la population civile et l'abandon des moyens lourds au profit des pick-up "technical", rapides et tous terrains.

Nous n'avons donc pas, par les seuls moyens aériens, atteint complètement nos objectifs et ils paraissent désormais d'autant plus difficiles à atteindre que les Américains ne participent plus aux frappes et que l'OTAN s'en tient à une application très restrictive de la résolution 1973. Comme toujours la décision s'obtient au sol et on voit mal, pour l'instant du moins, les rebelles s'emparer de Tripoli.

3/ Il reste que l'on ne dispose pas de "troupes au sol", comme l'alliance du nord de Massoud ou les Croates, en d'autres circonstances : a-t-on le temps de former une troupe un peu entraînée et armée pour prendre le dessus sur Kadhafi ?

MG : Les rebelles ont certainement reçu des équipements et des munitions de la part de la coalition et de l'Egypte mais cela ne suffit évidemment pas, ce dont on aurait peut-être pu se préoccuper un peu plus tôt. Une première solution consisterait à injecter des conseillers et de créer avec eux une vraie structure de commandement, d'organiser une formation technique et tactique à l'arrière et sans doute aussi de servir certaines armes que l'on fournirait, antichars par exemple, et de guider les appuis aériens depuis le sol.

Tout cela prendra des semaines. Cela marquera bien sûr une première étape dans un engagement terrestre, que la résolution 1973 n'exclut pas dans la mesure où elle ne débouche pas sur une occupation. Peut-être faudra-t-il faire appel un jour nous aussi à des mercenaires, arabes pour l'occasion, pour remplir ces missions tout en ayant l'empreinte au sol la plus légère possible.

Bien entendu, un corps expéditionnaire franco-britannique (et si possible aussi arabe) du type de celui de Suez en 1956 permettrait d'emporter la décision à coup sûr mais aussi à coûts sûrs. On peut aussi imaginer une solution intermédiaire similaire à l'opération Manta au Tchad en 1983 avec la mise en place d'une ligne de défense en Cyrénaïque à l'abri de laquelle on organiserait les rebelles.

4/ La proposition PSDC d'une opération humanitaire à Misrata n'est-elle pas le moyen de mettre des "troupes au sol" ? à tout le moins, des sortes de bouclier qui empêcheraient Kadhafi de conquérir la ville ? Les Allemands ont-ils les moyens de mener une telle opération ? avec qui ?

MG: On aurait donc en l'air des forces en guerre et au sol des quasi casques-bleus. Le fait que les Allemands aient émis le souhait d'y participer témoigne du caractère résolument non-violent et donc peu efficace de cette opération. A Mogadiscio ou à Sarajevo dans les années 1990 on a vu le résultat de telles opérations militaro-humanitaires.

Michel Goya, je vous remercie.

O. Kempf


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