Magazine Société

Ce que nous chantions en prison

Publié le 12 avril 2011 par Unpeudetao

 
Par les cachots par les pontons
Où la vermine nous dévore,
Par les vingt feux de pelotons
Dont Satory résonne encore,
Par la foule en proie au bourreau,
Par les sinistres fusillades
Abattant Crémieux au Pharo
Et Delescluse aux barricades.

Par le sang qui ruisselle et bout,
Par le vent qui bat notre porte,
Par tous ceux que l'exil emporte
Debout (ter).
Jurons de venger notre morte !

Le travailleur n'a que ses doigts :
Chaque siècle en passant l'outrage.
Après les nobles, les bourgeois !
Le salaire, après l'esclavage !
Juin sanglant est ressuscité :
On nous trahit à la tribune,
Et Cavaignac est complété
Par Thiers écrasant la Commune.

Ils ont adossé des enfants
Contre les murs où l'on fusille ;
Et les voilà tout triomphants
De sauver l'ordre et la famille !
Ils ont dans des coins inconnus
Traîné nos morts sans sépulture ;
Dans le massacre ils sont venus
S'enfoncer jusqu'à la ceinture.

C'est parce que Paris a fait
Mourir soixante-quatre otages
Qu'ils ont déchaîné Gallifet :
Ceux-là, c'étaient des personnages !
Mais les trente mille damnés
Dont le ver boit les lèvres closes
N'ont droit, sous les cieux étonnés,
Qu'aux larmes de l'aube et des roses.

Quand, à la caserne Lobeau,
Retentissaient les mitrailleuses,
Ils trouvaient glorieux et beau
L'horrible travail de ces gueuses.
Tous les épis furent fauchés ;
Partout la mort clamait : J'arrive !
Et les fronts se heurtaient, couchés
Dans un grand linceul de chaux vive.

Ces jolis servants du drapeau,
Pantins dorés, soudards en carte,
Nous ont fait tenailler la peau
Par les sbires de Bonaparte.
Ils ont choisi pour nous juger
Les capitulés de la veille,
Qui, souffletés par l'étranger,
Gardaient le képi sur l'oreille.

Et pourtant que demandions-nous ?
Nous voulions, comme nos ancêtres,
Ne plus tomber à deux genoux
Devant le lâche orgueil des maîtres ;
Nous voulions que la royauté
Ne vînt plus bâillonner nos bouches,
Et nous voulions dans la cité
Garder nos droits et nos cartouches.

Vous qui fuyez quand a sonné
L'heure sainte des sacrifices,
Rhéteurs au geste suranné,
Républicains de pain d'épices,
Laissez désormais par les fous
Cimenter l'œuvre politique !
La Commune vaut mieux que vous
Elle a sauvé la République !

Les cœurs s'ouvrent, l'aube descend
Au charnier des guerres civiles ;
L'Idée a mûri dans le sang
Qui coulait au pavé des villes.
Nous saluons dans la clarté
L'innocent retour des colombes,
Et l'humaine fraternité
S'épanouira sur les tombes.

Par le sang qui ruisselle et bout,
Par le vent qui bat notre porte,
Par tous ceux que l'exil emporte,
Debout ! (ter).
Nous te bénissons, pauvre morte !

- date : 1873.
- texte : Clovis HUGUES.

*************************************************************


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Unpeudetao 369 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossier Paperblog