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Le train de Vintimille ne passe pas par Schengen

Publié le 18 avril 2011 par Jlhuss

Le sujet de l'immigration, qu'elle soit légale ou, dans une première phase, illégale, peut apparaître polémique, beaucoup ont même l'attitude irresponsable de fustiger ceux qui osent évoquer ces questions, faisant semblant de les considérer comme inexistantes et seulement " construites " dans un but bassement politique. Les arrière-pensées politiciennes en la matière ne peuvent être absentes. Doit-on d'ailleurs le regretter ? Ce serait reprocher l'intérêt apporté à des préoccupations réelles pour le citoyen au nom duquel s'exerce l'exécutif.
Pour autant, nous assistons en prolongement des " révolutions " dans les pays arabes à une recrudescence de ces divergences européennes. Les développements récents ducontexte orageux régnant entre l'Italie et la France à propos des Tunisiens qui veulent gagner notre pays est du même ordre que ce qui se passait à Sangatte pour ceux qui voulait rejoindre la Grande Bretagne : les bons esprits fustigeant en général ceux qui élèvent des barrières. A ce titre, relisez les notes qui fâchent !

Même le MEDEF s'en mêle à l'image de Mme Parisot qui s'élève contre les positions restrictives du Ministre Guéant et plaide pour l'ouverture " au travail " dans un pays, la France, qui enregistre un taux de chômage élevé : "Restons un pays ouvert, qui accueille de nouvelles cultures et profite du métissage". Cette plaidoirie en apparence très " altruiste " du syndicat patronal, n'est pas surprenante. En son temps son ancêtre, le CNPF, fut le grand pourvoyeur de travailleurs d'origine étrangère sur notre sol. Cet afflux d'une main d'œuvre docile, outre qu'il faisait tourner la machine des " trente glorieuse ", permettait de modérer les revendications salariales.

Des déclarations ou positions divergentes s'emparent également du sujet de l'intégration : en clair la capacité de la Nation à intégrer ces nouvelles populations est-elle toujours aussi importante et réelle ou d'un autre temps et surestimée ? S'exprimant sur France Culture, Dominique Paillé, secrétaire national de l'UMP, déclare : "ces gens-là qui nous arrivent et qui séjournent chez nous s'imprègnent petit à petit et avec beaucoup de réalisme des valeurs qui sont les nôtres (...) ils font des efforts lorsqu'ils signent un contrat d'accueil à l'intégration (...) et c'est pour ça que je dis que ça marche" [...]"Un certain nombre d'entre eux demandent à rester sur notre territoire et à bénéficier d'une naturalisation quand ils en remplissent les conditions", a-t-il ajouté. Certains crieront à l'angélisme; il contredit implicitement le discours Présidentielle et celui du Ministre de l'Intérieur, ainsi que la volonté affichée de diminuer cette immigration légale du travail : "Aujourd'hui il y a à peu près 200.000 étrangers supplémentaires (par an) qui sont autorisés à séjourner en France (...) Mon objectif, c'est de réduire ce nombre de 20.000, c'est-à-dire de passer de 200.000 à 180.000, dans un premier temps".
Il y a actuellement environ 11,5 millions d'immigrés ou enfants d'immigrés qui résident en France, soit 19 % de la population : pas rien. Les statistiques officielles font état en 2010 d'une immigration légale en France en augmentation d'environ 10,6 % en un an, à 188.780 arrivants, sous l'effet notamment d'une forte hausse du nombre d'étudiants (statistiques de FTA et de l'Office français de l'immigration). Ces chiffres comprennent l'immigration familiale (4 % de plus qu'en 2009), l'immigration professionnelle (stable), le droit d'asile (stable) et les étudiants (en augmentation de 28,5%). M. Guéant ajoute : "Il faut savoir que 24% des étrangers non européens qui se trouvent en France sont des demandeurs d'emploi. C'est presque trois plus que le taux (de chômage) national".
On voit ainsi clairement que ces questions ne sont pas des " constructions artificielles " et qu'elles posent un tout autre problème : celui d'une attitude cohérente de l'Union Européenne en face de ces nouvelles donnes migratoires.

L'espace Schengen, construction idéaliste, compte vingt-cinq États membres et réunit sans barrière plus de 400 millions d'âmes. Il déborde même les frontières de l'UE avec l'Islande, la Norvège et la Suisse. Les révoltes arabes sont en train de le mettre à mal et à Bruxelles le ton change : "L'ère de l'ouverture est terminée, l'heure est plutôt à refermer les écoutilles", relève un diplomate bruxellois. Il insiste sur les échéances électorales qui rôdent en France, en Allemagne ou en Italie et qui compliquent la problématique. La commissaire Viviane Reding en convient, après avoir fait la leçon l'an dernier sur les Roms renvoyés de France : "Une nouvelle poussée migratoire serait aujourd'hui inacceptable aux yeux des Européens."
Ce pauvre rempart technocratique de Schengen est aux prises avec les intérêts bien compris de chaque Nation le composant. C'est ainsi que les italiens vont délivrer un permis temporaire de séjour à des centaines de clandestins de Lampedusa. Dès jeudi, plusieurs centaines d'entre eux pourront se présenter au poste-frontière de Vintimille muni d'un "permis temporaire de séjour". Ce document sera délivré par les autorités italiennes pour une durée de trois mois reconductible, afin de faciliter les rapprochements familiaux. La police des frontières française n'aura d'autre alternative que les laisser passer. La délivrance de ce permis transforme en effet le clandestin en un réfugié reconnu et comme tel protégé par les lois communautaires. "Plus tôt nous leur délivrerons ces papiers, plus vite ces immigrés quitteront notre pays", déclare le député de la Ligue du Nord, Matteo Salvini : tout est dit, il est à peine suffisant d'insister ! C'est aussi à cet aune que doit être évaluée l'impéritie européenne : une Union Européenne qui fonctionne à plein rendement pour toutes les questions concernant les marchandises, les capitaux et le commerce au mieux des intérêts des " marchands " ; pour les problèmes soulevés par les hommes et les philosophies altruiste ou, au contraire restrictives, elle bégaye.

Mise à jour (19/04/2011)

On pourra lire avec intérêt l'édito du jour de Laurent Joffrin dans le Nouvel Observateur dont on livre ici un extrait :

"Non, dès lors qu'on éliminait les solutions humainement dangereuses ou indignes, il restait à procurer, à titre exceptionnel, des cartes de séjour temporaires à ces réfugiés, qui leur permettront de rejoindre famille et amis en France ou Italie ou ailleurs. Solution laxiste ? Non : solution temporaire. Au bout des six mois impartis, les détenteurs de papiers transitoires devront en demander d'autres, qu'on pourra ou non accorder. Les autres auront vocation à être reconduits chez eux ou à vivre dans l'insécurité policière et juridique, selon la loi générale. Solution exceptionnelle, aussi : les gouvernements européens négocient en ce moment même avec les nouvelles autorités tunisiennes, qui réorganisent leur Etat après la Révolution. Elles accepteront, naturellement, de prendre leur part de la régulation migratoire nécessaire et les choses, progressivement, reviendront à la normale. On aura alors réglé avec bon sens une affaire qui n'est qu'un incident mineur au milieu d'une grande victoire stratégique et politique pour l'Europe en Tunisie, qui peut devenir un allié précieux dans le monde musulman et constituer à terme avec nous une zone cde co-prospérité qui éteindra progressivement l'émigration.

Voilà pourquoi, cette fois, Berlusconi a raison."

Très discutable ...

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