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Ça vient de sortir : «le racisme compréhensif» !

Publié le 19 avril 2011 par Kamizole

Le terme a bien de quoi me faire tomber à la r’bidaine - encore que pour plusieurs raisons je n’en fus guère étonnée - en lisant sur Le Monde du 12 avril 2011 Racisme : “Un verrou a sauté dans le discours politique admis ou admissible” le compte-rendu du 20e rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) mettant en évidence cette surprenante notion… qui ressort d’un sondage et notamment des personnes «se disant non racistes mais comprenant très bien que les autres le soient»…

Une telle attitude – à l’évidence parfaitement hypocrite ! – me fait irrésistiblement penser aux expériences de laboratoire en psychologie sociale – où un compère complice des chercheurs cherche à manipuler les cobayes – et me semble relever de la dissonance cognitive de Festinger… Comme ces personnes doivent avoir encore quelques scrupules à avouer qu’elles sont (devenues ?) racistes, elles préfèrent l’admettre par la bande en prêtant à d’autres leurs véritables sentiments.

Elles sont bien entendu encouragées par le discours dominant du pouvoir. J’avais déjà signalé en son temps une remarquable interview donnée à 20 minutes le 24 novembre 2009 par Didier Lapeyronnie, sociologue spécialiste des discriminations qui revenait sur plusieurs «dérapages verbaux» de personnalités de la majorité – Brice Hortefeux et son «Auvergnat» et Jacques Chirac notamment – remarquant qu’en matière de racisme ordinaire «La parole s’est décomplexée au plus haut niveau de l’Etat».

Le terme même de «racisme ordinaire» a de quoi me faire froid dans le dos en songeant aux tragiques conséquences de la diffusion du discours antisémite pendant l’Entre-deux-guerres et l’Occupation. Céline déversa sa haine quasi quotidiennement dans «Je suis partout» (si ma mémoire ne me trahit pas) jusqu’à la LIbération ensuite de quoi il s’enfuit avec les Allemands à Sigmaringen. Marine Le Pen a beau dire que l’extermination des juifs représente pour elle l’horreur absolue – contrairement à son père – et jusqu’à preuve du contraire rien ne me permet de mettre sa sincérité en doute, il n’en reste pas moins que la grande majorité des membres du Front national et ses électeurs sont profondément racistes.

Dans ce processus délétère, la responsabilité de Nicolas Sarkozy et tous ceux qui reprennent en chœur son discours raciste et xénophobe est patente. Outre le climat socio-économique incertain, sont mis en cause les “nombreux débats, annonces et questionnements sur l’identité nationale, la déchéance de nationalité, l’interdiction de la burqa ou la situation des Roms en France“.

Un nombre important des sondés considère que «les populations s’installant en France le font pour “profiter des aides sociales” et que “l’islam est la principale difficulté liée à l’immigration et à la gestion de la différence dans la société française“. Une partie d’entre eux sont prêts à accueillir favorablement la “banalisation” des discours racistes, considérés comme “la fin d’une hypocrisie”… On croirait entendre Eric Zemmour !

Malgré tout ma bonne volonté, je ne puis être optimiste. Trop de nuages s’amoncellent. Notamment l’arrivée au pouvoir ou les scores significatifs de partis racistes et xénophobes dans un nombre croissant de pays européens. Dernier en date : la Finlande selon un article du Monde Finlande : la percée des populistes va peser sur la politique européenne (18 avr. 2011).

Et bien justement, parlons-en de cette Europe de m… ! Censée nous apporter la paix – sûrement pas sociale ! – et la prospérité. Ah ! Ouiche ? La guerre économique fait largement autant de ravages et de victimes que celle des armes. Nous faisant chier jusqu’à nous imposer des détails infimes pour force broutilles mais incapables de fixer des normes sociales améliorant le niveau de vie – c’est au contraire le nivellement par le plus bas possible – ni d’harmoniser les politiques fiscales.

L’Europe, nouveau Léviathan qui nous soumet à sa dictature – l’ultralibéralisme à tout crin, la globalisation, la loi des multinationales et le marché pour seul horizon – mais oublie que chez Hobbes l’abandon de la liberté avait comme contrepartie la protection des sujets. C’est bien la lutte de tous contre tous : «lupus homine lupum». La paix ? Avec des fachos des confins du cercle polaire jusqu’à la Méditerranée et de l’Atlantique jusqu’aux Carpates ?

Forteresse assiégée contre les migrants qui fuient guerres, catastrophes, famines et pauvreté extrême mais grande ouverte aux capitaux, marchandises et… aux nababs mafieux.

Je me sens Française ET citoyenne du monde mais absolument pas européenne. Rien ne m’y incite au demeurant. Les derniers pays intégrés à l’Europe ont-ils la fibre européenne ? Que non point ! Ils n’ont intégré la l’Union européenne que dans un seul but : par ici l’oseille ! Une Polonaise mariée à un Français et vivant depuis longtemps en France qui tenait alors un magasin à Montmorency nous dit une fois qu’elle avait honte de son pays en apprenant qu’ils avaient acheté des avions de combat américains avec les fonds remis par la CE pour préparer l’adhésion…

Quand bien même cela déplairait-il à mes camarades socialistes, je n’ai aucune honte à me dire souverainiste. Je considère en effet que l’Etat-nation est le seul échelon permettant l’Etat-providence. Mais ce dernier terme est devenu une quasi injure dans la vulgate ultralibérale !

Avec l’euro nous avons perdu un des critères essentiels de la souveraineté nationale : le droit de battre monnaie. J’étais déjà fort sceptique avant la crise quand des amis avançaient que l’euro nous permettrait de ne pas subir de plein fouet les crises monétaires. Le krach du 11 septembre et ensuite la spéculation des Golden Sachs et autres hedge funds du même tonneau contre la Grèce et ensuite une kyrielle de pays européens – dont la France ! – ont eu raison de l’euro. Nouvelle monnaie de singe !

Je n’en suis pas pour autant nationaliste. Je ne supporte pas du tout la charge de haine des autres que cela suppose et je me sens trop proche des peuples qui luttent pour garder la tête haute et/ou défendre leurs droits sociaux. Je me souviens qu’en décembre 1995 quand nous luttions ici contre pour préserver nos acquis sociaux, je vis un soir à la télévision des Coréens manifester à Séoul pour les mêmes raisons. Avec le même acharnement, la même colère. Je reconnus en eux mes frères et mes sœurs en humanité. J’avais les larmes aux yeux.


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