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Comment faut-il que le PS réponde à la question de l'immigration ?

Publié le 22 avril 2011 par Omelette Seizeoeufs

Visiblement, le cocktail idéologique à base de xénophobie que la droite nous prépare pour 2012 continue d'être le grand sujet du moment. C'est ce qui me préoccupe alors que, paradoxalement, je pense que l'enjeu essentiel pour la gauche va être de pouvoir parler d'autre chose. Ce qui ne sera pas évident.

Les sondages continuent de mettre Marine Le Pen au centre des choses, et, en raison des considérations géométriques de l'élection à deux tours, les grandes questions et fantasmes idéologiques se heurtent à la grande passion, assez maladive, de la presse : qui va être le candidat du PS ?

Une chose me paraît certaine : le candidat de la gauche se fera massacrer au second tour s'il n'a pas une stratégie efficace vis-à-vis des questions d'« immigration » et d'« Islam ». Je mets des guillemets parce que ce n'est pas vraiment l'immigration qui inquiète les gens qui sont inquiets par l'immigration, et la même chose vaut, ou presque, pour l'Islam. Il y a deux ans je parlais d'une «purification symbolique de la Nation », et c'est encore à peu près ça.

Nicolas J. pose le problème clairement:

La campagne est lancée. Deux thèmes : le pouvoir d’achat et l’immigration.

Comme en 2007. Comme en 2002. Comme en 1995.

[…]

C’est reparti.

La gauche doit répondre. Sur ces thèmes.

Et dans un billet où Juan interroge, avec une maîtrise et un franc-parler réjouissants, Philippe Cohen, celui-ci souligne bien l'urgence idéologique de la situation :

Mais je crois que cette polémique renvoie à des questions qui se posent à toute la gauche et, au-delà à tous les républicains : pourquoi la gauche ne profite-t-elle pas vraiment de la plus grosse crise financière de puis 1929 ? Pourquoi l’affaiblissement de Nicolas Sarkozy profite-t-il davantage au Front national qu’à la gauche ou au centre ? Pourquoi les gens du peuple, et notamment les classes d’âge actives (les 24-49 ans) sont-ils si séduits par Marine Le Pen ? Nous ne pourrons éviter de répondre sérieusement à ces questions si nous ne voulons pas laisser un boulevard à quatre voix au Front national.

Au lieu de répondre à ces questions, une partie de la gauche préfère stigmatiser ceux qui osent aborder les thématiques du FN. Ainsi, il ne faudrait parler ni de l’immigration, ni de l’insécurité grandissante, ni des excès de l’islamisme radical. Déjà stupide en soi, cette logique aboutit aujourd’hui à une impasse : puisque Marine Le Pen parle du chômage et de la crise de l’euro, il faudrait aussi éviter ces questions ? Il faut que les responsables de la gauche se réveillent !

(En passant: il me semble inutile d'aborder la dispute assez stérile avec Sophia Aram. Je ne vois pas pourquoi il n'y aurait pas plusieurs façons de réagir et résister au Front National.)

Les remarques de Philippe Cohen sont effrayant et je suis à peu près d'accord avec son analyse de l'échec du PS auprès de l'électorat populaire. Il y a un malaise profond chez ces électeurs, et il est bien triste que ce malaise se manifeste dans cette réaction xénophobe. Je continue à penser, néanmoins, que la forme inacceptable que le malaise à finir par prendre est surtout due au fait qu'aucun autre discours politique n'était adressé à cette tranche de la population. (J'ai abordé cette question l'autre jour.) Le PS n'a jamais était un parti populaire, et, après l'évaporation du PCF, n'a jamais entrepris de le devenir. Depuis 2002, exactement neuf ans aujourd'hui, donc, il paie le prix de cette incapacité à s'adapter.

Tout cela pour dire que « l’immigration », « l’insécurité grandissante », ou les « excès de l’islamisme radical » ne sont les vrais problèmes. D'où le problème de la gauche : si elle se montre « dure » sur l'immigration, l'Islam etc., elle ne l'est jamais assez pour ceux qui sont vraiment dans la paranoïa, et elle perd sa crédibilité de gauche. Et si elle reste dans la logique de la condamnation morale et le front républicain, elle passe complètement à côté de cet électorat qui, plus qu'aucun autre, a besoin de la gauche. C'est vraiment à pleurer.

L'enjeu, pour 2012, et après, va être de trouver une manière de neutraliser la question (la « bonne question » à laquelle ils apportent des « mauvaises réponses »). Je le dis en gras : *la gauche ne doit pas valider l'idée selon laquelle c'est la faute des « immigrés »*. C'est suicidaire, répugnant et tout le reste. Mais je suis d'accord qu'il faut répondre, quand même. Faut trouver. Il reste quelques mois.


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