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Banderille n°362 : Le (Petit) prince charmeur

Publié le 23 avril 2011 par Toreador

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Par Toréador | avril 23, 2011

Qui ne pense pas à moi est un égoïste

Nous n'avons pas élu un Président, mais un sujet de conversation. 

Le dernier opuscule de François-Olivier Giesbert – "M. le Président" – sort un an avant l'élection présidentielle de 2012, mais surtout coupe l'herbe sous les pieds au film "la Conquête". Ce long-métrage, hyper-réaliste et en même temps hyper subjectif, qui doit sortir en mai, va éclairer les Français sur la véritable nature – très complexe – du Président élu en 2007. Même si jusqu'ici toute personne disposant d'un poste de radio et/ou de télévision peut juger sur pièces à partir de la politique menée, personne ne s'était risqué à aller aussi loin que FOG dans l'explication de ses soubassements. 

FOG réussit le tour de force de rentrer dans la psychologie du personnage et de la relier, à partir d'exemples tirés de sa propre expérience personnelle, à une grille d'analyse générale de la politique présidentielle. La thèse de Giesbert, c'est que Sarkozy est resté ce petit enfant abandonné par son père, humilié par sa pauvreté relative à l'égard de la bourgeoisie de Neuilly. Un enfant animé d'une soif insatiable de mouvement et de reconquête. Un gars qui fonctionne à l'affectif mais qui est continuellement attiré par l'obstacle, et qui punit par là où il pèche. 

La mentalité du conquérant, c'est en effet de ne plus se préoccuper des prises de guerre passées mais de toujours penser à l'adversaire d'après. Sarkozy ne cherche pas cependant à abattre mais à séduire, un Don Juan compulsif de la Vème République. Séduire Kouchner, Amara, DSK, Villepin, Juppé… Séduire, toujours séduire, et une fois la belle au lit, l'oublier, la tyranniser, l'humilier même. Sarkozy, le petit Prince de Neuilly, demande à tout renard qui passe s'il veut être son ami, mais est ensuite un ami décevant – Devidjian ou Mariani en témoignent dans l'ouvrage – car il règle perpétuellement ses comptes avec son passé. Sarkozy n'aime que lui mais ne supporte pas qu'il subsiste des gens qui ne l'aiment pas. 

Yin et Yang

L'autre thèse sous-jacente de FOG, à laquelle je souscris totalement, est que notre Président n'a pas de surmoi, c'est à dire de contrôle sur son moi énorme (lequel au passage lui permet de conserver un optimisme indestructible). Son surmoi était externalisé, il s'appelait Cécilia, elle est partie au moment où il en avait le plus besoin : son accession à l'Elysée. Pour être élu, Sarkozy avait fait un énorme effort sur lui-même. Lui, le guerrier, le conquérant, l'égoiste super-affectif, l'avatar terrestre du Yang, s'était transcendé, devenant une Mater Doloris à l'écoute des souffrances de son peuple, un Yin hyperbolisé. Grisé par la victoire, déstabilisé par le départ de Cécilia, Sarkozy a explosé en vol. La Mater est devenue un Matamore. 

FOG en vient à dresser un savoureux portrait qui n'est pas tant à charge. En effet  -  prudence calculée ou souci d'objectivité ? – FOG montre que le petit Prince gâté et tyranneau est un personnage qui suscite la compassion, car ses travers sont autant de défauts qui le rendent humain, trop humain. Les Français veulent un Roi, pas un Roitelet. Un Guide à la manière de Gaulle, transcendant et pur, ou à la limite un pharaon mitterrandien, pas une boule de nerfs et de complexes. Sarkozy n'a pas su comprendre assez tôt qu'il fallait occuper le trône et la psyché présidentielle.

La conclusion du livre est la plus étonnante, car après un descriptif étayé qui semble assez cohérent, FOG termine par une pirouette qui montre que toute analyse de l'humain reste forcément limitée, avec la description d'un échange surréaliste entre l'auteur et sa Joconde. Dans tous les cas, je vous invite à le lire. Vous y trouverez un aperçu passionnant de la désacralisation du politique.

"M. le Président,  scènes de la vie politique, 2005-2011", Franz-Olivier Giesbert,Flammarion, 19,90 €

Appréciation subjective : **

* = Déçu ** = Captivé *** = Emballé

Sujets: Banderille, Toréador critique littéraire et médiatique | No Comments »

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