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Comment nourrir 9 milliard d'hommes?

Publié le 24 avril 2011 par Rcoutouly

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Dans les principaux soucis que va devoir affronter l'Humanité dans les décennies à venir, celui de son alimentation semble un des moins inquiétants. En effet, l'Occident ayant résolu le problème, pour ce qui la concerne depuis 60 ans, il apparaît bien irréaliste de voir le spectre des famines revenir nous importuner.

1-L'alimentation de 9 milliard d'hommes, où est le problème?

Et pourtant, à l'échelle de la planète, il paraît bien nécessaire de se préoccuper du problème. Nous allons être plus de 9 milliard en 2050. Avons-nous la capacité de les nourrir?

Or, les raisons de s'inquiéter sont nombreuses. Tout d'abord, on peux se demander si nous arrivons actuellement à nourrir les 6,5 milliard d'individus d'aujourd'hui.  Le débat est vif entre les experts, trois explications sont évoqués: l'augmentation du prix des denrées s'expliquent par les besoins croissants de la population, les phénomènes spéculatifs, l'augmentation des prix des intrants. Mais ces trois explications  ne sont pas antagonistes : la spéculation n'est que l'autre versant d'une offre qui n'arrive plus à répondre à la demande.

A l'avenir, les raisons de s'alarmer ne manquent pas : la diminution des surfaces de terres cultivables semble inévitable : l'urbanisation, la dégradation des terres agricoles par l'érosion et la stérilisation des sols vont se conjuger pour accroître la pression sur le foncier agricole comme le prouve les spéculations actuelles sur les terres africaines.

Il ne faut pas se tranquilliser en écoutant les experts, de moins en moins nombreux, qui prétendent que le potentiel de terres cultivables reste élevé. Ils font l'erreur de considérer qu'il suffirait de défricher les forêts et les landes pour résoudre le problème. Ils oublient simplement que ces terres ont d'autres utilités (biodiversité, production de bois et d'oxygène, ...).

Les mêmes experts rassurants nous parlent de l'augmentation des rendements pour garder espoir. Mais l'avenir semble bien sombre sur ce point aussi. Le modèle agricole dominant, celui de l'agriculture intensive, a réussi depuis 60 ans dans les pays occidentaux et est à l'origine de la révolution verte dans les pays d'Asie et d'Amérique latine. Ce modèle combine  la mécanisation et l'utilisation des engrais, des  produits chimiques.

Or, ce modèle va être directement menacé dans les décennies à venir par l'augmentation des prix du pétrole et la pression croissante sur la disponibilité des produits chimiques issues des hydrocarbures ou de l'exploitation de mines fournissant les éléments nécessaires à la production d'engrais.

D'autres experts vantent les mérites de la sélection génétique pour accroître les rendements actuels. Mais les défenseurs des OGM oublient que ces techniques diminuent la biodiversité et  fragilisent à long terme les cultures qui n'auront plus les moyens de répondre aux menaces futures.

Pour conclure, deux évidences :

-le modèle agricole qui nous a réussi depuis le milieu du XXéme siècle a atteint aujourd'hui ses limites. Or, la difficulté provient de cette réussite même : nous avons du mal à dépasser ce modèle pour en envisager un autre.

-le problème de l'alimentation de l'Humanité n'est pas pour demain, c'est un problème que nous vivons déjà aujourd'hui même si les rayons pleins de nos supermarchés nous empêchent de le voir.

2-Des raisons d'espérer:

Il ne faut pourtant pas désespérer pour plusieurs raisons.

D'abord parce que les experts ont cependant raison de dire que la productivité de nombreuses terres peut encore s'améliorer dans de nombreuses régions du monde.

Ensuite parce que les humains sont réactifs et imaginatifs : ils vont donc trouver d'autres solutions. Parmi celles-ci, je voulais attirer l'attention du lecteur sur deux pistes ayant, à mon avis, le potentiel le plus important.

D'abord parlons de l'agriculture en villes : je ne crois guère aux cultures hypotoniques dans des tours qui me semble des élucubrations coûteuses d'architectes recherchant la notoriété. Je crois bien davantage à la possibilité de cultiver, dans les interstices urbains, au plus prés des populations, des légumes et des fruits, sur d'anciennes friches urbaines, sur les balcons mais, à l'avenir aussi, sur les toits.

Cette dernière possibilité semble la plus intéressante : la surface des toits est énorme et va continuer à augmenter. Elle n'est pas valorisée,  et pourtant 30 centimètres de terres permettent de cultiver des légumes tout en assurant une isolation thermique aux habitations situées en dessous et favorisent la récupération de l'eau de pluie.

Située à proximité des populations, cette production locale a d'autres avantages: des coûts de transport nuls, la création d'emplois de voisinage, l'amélioration des liens sociaux.

La deuxième piste est moins connue mais elle me semble cruciale pour l'avenir de l'alimentation de l'Humanité. Tous ceux qui ont fait de la biologie végétale dans leurs études savent que les plantes ont besoin de sels minéraux pour grandir. Dans l'agriculture intensive, ces sels minéraux sont apportés par les engrais. Mais cette méthode a ses limites : lessivés par les pluies, l'engrais disparaît. Les apports doivent être renouvelés ce qui est coûteux et le sera de plus en plus.

La matière organique, elle, composée de molécules plus complexes ne risque pas d'être lessivée par les pluies, elle offre donc davantage de stabilité tout en renfermant les mêmes sels minéraux nécessaires aux plantes. Cet humus doit être alimenté par des matières organiques. Depuis longtemps, l'homme utilise le fumier des animaux pour cela.

Mais il ne peut suffire aux besoins croissants de l'agriculture humaine. Or, tous les hommes de cette Terre produisent des matière organiques inutilisées et polluantes. Ils la produisent sous deux formes : des déchets de cuisine et du papier que l'on jettent dans les poubelles  d'une part, nos selles et nos urines que nous évacuons sous la forme d'eaux usés d'autre part.

Le traitement de ces déchets organiques nous le payons très cher, sans arriver à régler le problème de la pollution des eaux et du sol. 

Or, nous pouvons récupérer cette matière organique précieuse pour l'agriculture. Pour les déchets ménagers et pour les selles (toilettes sèches) par l'utilisation de composteurs qui permettent de récupérer et de recycler ces matières. Pour les eaux usés par l'assainissement écologique qui, grâce aux plantes organisées dans un système de filtres biologiques, autorise la récupération et la phytoépuration des eaux souillées. 

Méconnues du grand public, les techniques de phytoépurations et de compostages sont parfaitement au point. Elles se déclinent de manière individuelle ou s'organisent de façon collective. Certaines communes pionnières se sont déjà équipées. Le principal obstacle est d'abord celui des mentalités car nous sommes habitués à ne pas nous préoccuper de la gestion de nos déchets domestiques que nous évacuons, sans y penser, par nos poubelles et nos chasses d'eau.

Ces équipements ne coûtent pas trop cher, en tout cas, moins que les stations d'épurations qui les précédaient. La matière organique produite peut être utilisée dans l'agriculture de proximité dont nous avons besoin. Celle-ci remplacera donc avantageusement nos engrais.

Conclusion : l'agriculture de demain peut suffire à nourrir 9 milliard d'êtres humains. Mais elle le pourra si elle ne se contente pas du modèle dominant de l'agriculture intensive qui ne pourra satisfaire aux besoins alimentaires du futur.

Il faudra pour cela développer l'agriculture de proximité et particulièrement utiliser les toits de nos zones urbaines. Il faudra aussi utiliser les rejets humains pour produire les matériaux organiques pour développer cette agriculture locale. Ces stratégies, peu coûteuses, pourront favoriser un nouveau développement économique créateur d'emplois.

PS: D'après mes calculs, un français produit par ses selles l'équivalent de 20 litres de matières organiques sèches par an. L'ADEME estime que la fraction fermentescible des ordures collectées représente en moyenne 100 kg par habitant et par an. Réduit en compost, ces 100 kg représente 30 litres supplémentaires de matières organiques. 

L'ensemble de la population française produit donc plus de 3 milliard de litres de matières organiques. Si cette matière était répartie sur les champs sur une hauteur de 5 centimètres, elle permettrait de fertiliser durablement 6000 hectares par an.


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