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« Qui a tué l’écologie ? » (Chapitre IV)

Publié le 29 avril 2011 par Gezale

« Qui a tué l’écologie ? » (Chapitre IV)

Réunion dite du Grenelle de l'environnement

Quatrième épisode de la série « Qui a tué l’écologie ? », titre du dernier ouvrage de Fabrice Nicolino, journaliste. De la « bande des quatre », nous nous sommes précédemment penchés sur les cas de la Fondation Nicolas Hulot, du WWF et de Greenpeace.
Il nous reste à faire la lumière sur le quatrième larron de cette bande et non le moindre : FNE, France Nature Environnement. Écoutons Fabrice Nicolino au cours de l’entretien qu’il a eu avec Daniel Mermet dans son émission « Là-bas si j’y suis ».
« FNE, France Nature Environnement, fédère autour de 3.000 associations sous ce sigle. France Nature Environnement tire environ 70% de ses ressources de fonds publics. Pour Fabrice Nicolino, cette fédération est dans les mains du gouvernement. Elle a été le principal soutien de cette action politicienne connue sous le nom de « Grenelle de l’Environnement ». On en arrive à ce point de l’histoire où FNE, qui a fait aussi des partenariats avec Veolia, avec Suez-Lyonnaise des Eaux, et bien entendu dépend de ces financements, n’a cessé d’applaudir à tout ce que faisait et disait le gouvernement : Jean-Louis Borloo, Chantal Jouaneau, Nathalie Kosciusko-Morizet, tous ces ministres liés au « Grenelle de l’Environnement ». Jean-Luc Porquet du Canard enchaîné avait parlé de supercherie, rappelle Daniel Mermet. ATTAC y avait vu une dépolitisation de l’écologie politique et une instrumentalisation de l’environnemental contre le social.
Première critique énonce Fabrice Nicolino : c’est à pleurer de franchouillardise. Quarante ans après, on fait semblant de croire que la crise écologique planétaire peut se régler à l’échelon de la France. Cela n’a aucun sens. Rappelons que le « Grenelle » de 1968, c’étaient des syndicats ouvriers, des représentants patronaux et des représentants de l’État qui s’étaient mis autour d’une table parce que dans la rue, il y avait dix millions de salariés en grève et qu’il y avait alors une pression sociale considérable. Contrairement au « Grenelle de l’Environnement » où tout s’est déroulé à froid. Cela a été une pure opération de tactique politicienne de Nicolas Sarkozy qui a senti monter au travers des sondages les préoccupations écologiques dans l’opinion à partir de 2006. Et déjà vu s’installer le jeu de Nicolas Hulot, hésitant sur l’opportunité de se présenter à la présidentielle de 2007. Lui a été apportée sur un plateau d’argent l’idée sur laquelle il a rebondi instantanément de regrouper autour d’une table, en bons camarades, tout le monde : les écologistes, les industriels, les agriculteurs industriels, les fabricants de pesticides, les grands ingénieurs d’État, toutes personnes ayant des intérêts opposés. En l’absence de tout rapport de force dans la société, on allait faire ce que Sarkozy a osé appeler : « une révolution écologique ». Rien de moins. Ce fut une sorte de grand-messe, de pantomime où l’on fit semblant qu’il n’existait plus aucune opposition ni contradiction, dans une logique de boy-scouts convenant parfaitement à un Nicolas Hulot et effaçant tous les conflits sociaux, écologiques, politiques, industriels. Une assemblée de gens de bonne compagnie dans laquelle on allait régler d’un coup tous les problèmes. Mais en évacuant les questions du nucléaire, des agro-carburants, de l’eau, des nanotechnologies, des rayonnements émis par les téléphones portables, c’est-à-dire toutes les questions qui auraient pu, si peu que ce soit, fâcher les industriels. À l’appui cet exemple, à lui seul un raccourci illustrant parfaitement ce qu’a été le « Grenelle de l’Environnement ». « En octobre 2007, vers la fin du « Grenelle » raconte Fabrice Nicolino, je reçois un coup de fil d’un responsable écologiste, totalement triomphal, et qui m’annonce : « Sarkozy a accepté de réduire de 50% l’usage des pesticides en France, en dix ans ». Je mesure immédiatement l’importance de cette avancée à laquelle je crois sincèrement en cet instant. Un quart d’heure plus tard, j’apprends le changement de donne. Entendant cette annonce de Borloo, Jean-Michel Lemétayer, à l’époque président de la puissante FNSEA, le syndicat de l’agriculture industrielle et de l’agroalimentaire est sorti furieux de la séance. Après quelques coups de fils donnés aux bonnes personnes, il est revenu et a annoncé lui-même, alors qu’il n’était qu’un acteur secondaire, la vraie mesure, celle qui a finalement été retenue ». « Oui, a-t-il annoncé, la France s’engage à réduire de 50% l’usage des pesticides en dix ans…, si c’est possible ! ». Si c’est possible ! Et on en est restés là, car comme cela ne va pas être possible, on ne le fera pas ! Que reste t-il donc aujourd’hui, en mars 2011, du « Grenelle de l’Environnement » ? Après qu’on a renvoyé la taxe carbone aux calendes grecques et réduit drastiquement les aides d’État aux énergies renouvelables. Rien, sinon la désormais célèbre phrase de Nicolas Sarkozy aux agriculteurs : « L’Environnement, ça commence à bien faire ! ».
Voilà donc présentées en quatre épisodes, les principales organisations environnementales. En conclusion dit Fabrice Nicolino, invité par Daniel Mermet à faire des propositions positives après le jeu de massacre auquel il se livre dans son dernier ouvrage : « Je pense que les instruments forgés il y a quarante ans sont obsolètes. Ils ne servent plus les intérêts pour lesquels ils avaient été inventés. Il faut donc les faire disparaître. L’époque est suffisamment grave, voire tragique, pour que nous inventions collectivement de nouvelles formes politiques, démocratiques. Notamment des formes capables de relier notre combat à celui des forces du Sud. Car le Sud est à l’évidence le grand oublié de tout ce bla-bla, de toutes ces proclamations écologistes. Il faut préparer une révolution intellectuelle et morale dans ce pays, en n’hésitant pas à assumer l’affrontement avec le système industriel et l’oligarchie. Car hélas, le monde n’est pas fait de Bisounours comme le croit Yann Arthus-Bertrand. Comment rétrécir le temps qui nous sépare d’un vrai mouvement populaire reliant les forces du Nord et du Sud, avec comme perspective l’affrontement avec le système industriel et l’oligarchie qui dominent le monde et qui nous mènent au gouffre ? Comment répondre à la violence de ce système en faisant tout pour éviter le piège d’un affrontement violent ? Là sont les vraies questions. En tout cas les pathétiques organismes environnementaux dont nous avons parlé sont incapables de nous emmener sur ce chemin ».
Il nous restera, dans un prochain et dernier épisode, à nous intéresser de plus près au cas Borloo, dont Fabrice Nicolino remet à toutes fins utiles la carrière en perspective. Et enfin de dire quelques mots de ce terme de « développement durable » employé à toutes les sauces sans que nous en possédions la plupart du temps la définition précise et sans savoir d’où vient la formule.
Transcription et présentationReynald Harlaut
Fabrice Nicolino, « Qui a tué l’écologie ? », Éd. Les Liens qui libèrent, Paris, mars 2011, 20,50 € dans les bonnes librairies.

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