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La mort d’Oussama, la relance d’Obama

Publié le 03 mai 2011 par Jcharmelot

Les circonstances de l’élimination d’Oussama Ben Laden dans une opération américaine au Pakistan restent à déterminer avec précision, et ce sera le travail des journalistes d’investigation américains qui ont, dans le domaine, une réputation inégalée. 

Ce qui pour le moment a été publié semble indiquer que la CIA a été en mesure d’identifier un agent de liaison qui avait la toute confiance du chef d’Al Qaïda. Cet homme a ensuite été repéré par des agents pakistanais en juillet dans la ville de Peshawar, lors d’un contrôle de routine d’un véhicule. Il a été suivi, et il a conduit la CIA à une vaste maison dans la ville pakistanaise d’Abbottabad. Aprés neuf mois de recoupements patients, les responsables américains ont établi que les chances que ce soit le repaire de Ben Laden étaient suffisantes pour prendre le risque de lancer un assaut. Le reste de l’histoire est connu: un commando des forces spéciales attaque ce bâtiment dans la nuit du 30 avril, et repart aprés 40 minutes avec le corps du chef d’Al Qaïda. Sa  dépouille est ensuite immergée, au large du Pakistan. 

La fin de l’homme devenu aux yeux de l’Amérique le symbole du terrorisme, de la haine des Occidentaux, et de la peur de l’extrémisme musulman, va faire l’objet d’amples spéculations. Les amateurs des théories du complot vont s’interroger sur la véracité de la mort de Ben Laden, sur la date de son élimination, sur les responsables de sa fin. Et le débat ne sera jamais clos. Mais toutes une série de conséquences sont beaucoup plus claires, et indiscutables. Et elles viennent toutes renforcer l’idée que le président Barack Obama, entré dans une année de course électorale, va pouvoir tirer pour son pays et pour lui même un large profit de cet épisode décisif.

Retrait d’Afghanistan

Barack Obama va tout d’abord pouvoir annoncer que la mission des Etats-Unis en Afghanistan est accomplie. Lancée en octobre 2001 pour éliminer Ben Laden et ses affidés qui avaient commandité en septembre l’attaque la plus meurtrière de l’histoire contre le territoire américain, la guerre en Afghanistan va pouvoir se conclure, au moins symboliquement, dans les mois qui viennent. Obama va ainsi tenir sa promesse d’en finir avec un conflit désastreux, où aucune victoire militaire n’est envisageable. Il devra trouver un moyen d’associer les Talibans à un processus de stabilisation, quitte à laisser à son destin le président Hamid Karzai, lorsque les Américains entameront leur départ. Mais, les responsables à Washington, tout comme l’opinion publique américaine, sont convaincus que l’Afghanistan n’est plus un risque stratégique pour les Etats-Unis. La mort du chef d’Al Qaîda sur le territoire pakistanais a renforcé la conviction des spécialistes que les vestiges d’Al Qaïda ont trouvé refuge au Pakistan, dans des zones qui échappent au contrôle d’Islamabad. Et que le maintien d’une présence américaine dans le pays montagneux où le réseau s’était installé –et qui a englouti l’armée rouge– n’a donc plus de raison d’être.

La bataille contre la pauvreté et pour la justice

Avec ce point décisif marqué dans « la guerre contre le terrorisme », qui a dominé l’action internationale des Etats-Unis depuis dix ans, l’attention des responsables américains va pouvoir se porter de façon plus déterminée sur les racines du mal, plutôt que sur ces effets. Les décideurs à Washington sont convaincus depuis longtemps que la pauvreté de milliards d’êtres humains et l’absence de systèmes judicaires responsables dans une majorité de pays de la Panète sont des causes fondamentales de l’émergence de mouvements radicaux, qui proposent la violence comme solution. Le dernier rapport de la Banque Mondiale sur l’état du monde  insiste sans ambigüité sur le lien entre sous-développement et instabilité (cf. rubrique A Lire). Et la dynamique de la terreur se nourrit du désespoir de générations entières de jeunes gens et de jeunes filles qui considèrent que mourir est une option envisageable lorsque la vie n’offre aucune perspective.   

Le soutien aux réformes dans le monde arabe

Et, dans ce domaine, les révoltes dans les pays arabes ont donné une nouvelle urgence à réaliser des progrès. Les changements de régimes au Caire et en Tunisie doivent tenir les promesses faites aux foules qui les ont soutenus. Elles veulent bien sûr une plus grande liberté d’expression et un système politique plus représentatif, mais elles exigent en priorité une répartition plus équitable des ressources économiques. Les Egyptiens et les Tunisiens, mais également les Libyens, les Algériens ou les Marocains, veulent la création d’emplois, le développement des secteurs productifs et la garantie que leurs enfants seront nourris, iront à l’école, et seront soignés sans avoir pour autant avoir à renoncer leur dignité de citoyens. Rien ne pourra se faire par exemple dans un pays comme l’Egypte élement-clef de la stratégie de paix des Etats-Unis au Moyen-Orient sans un effort financier considérable en faveur de ses 82 millions d’habitants. La fin de logique de la guerre contre le terrorisme, avec son cortège de dépenses exorbitantes dans le domaine de la sécurité, va permettre de changer les priorités et d’attirer les immenses ressources des états pétroliers du Golfe vers des investissements plus productifs et même des plans d’aide, comme le fut le plan Marshall, dans l’Europe d’aprés-guerre. Héritier d’une grande famille saoudienne, Ben Laden est ensuite devenu le pire ennemi des Al-Saoud, dont il rêvait d’abréger le règne. La plus riche monarchie pétrolière devrait se montrer reconnaissante, en sachant aujourd’hui utiliser ses immenses ressources pour soutenir le projet américains d’un monde arabe moins périlleux.

La relance de la paix en Palestine  

La fin de la guerre contre le terrorisme va également permettre de recentrer les efforts des Etats-Unis sur le dossier qui domine depuis plus d’un demi-siècle leur implication au Moyen-Orient: la question de la Palestine. L’équation « paix contre territoire », traduite aujourd’hui par la notion « de deux états vivant en paix côte à côte », gagne un nouveu souffle avec l’élimination d’un ennemi emblématique, et la conclusion d’un affrontement universel qui avait servi à dissimuler ou remplacer la donne territoriale et politique du face à face israélo-palestinien. L’évacuation de la symbolique va contraindre les protagnistes, Israéliens et Palestiniens, à accepter un retour au réel, et à suivre les injonctions de l’arbitre rentré soudain dans le jeu.

L’inconnue iranienne

Dans cette affaire, reste l’inconnue iranienne. La stabilité de la région dépend en grande partie du futur de la République islamique, qui est entrée elle aussi en campagne électorale pour des législatives en 2012.  L’Iran représente un pont entre un pays dont les Etats-Unis sont en train de se désengager, l’Irak, et un autre, l’Afghanistan, qu’ils veulent quitter avec le moins d’embarras possible. Barack Obama avait tenté l’ouverture vers Téhéran mais sans doute était-ce trop tôt, et le président Mahmoud Ahmadinejad n’a pas été en mesure de répondre à cette offre. Mais, aujourd’hui, le pouvoir à Téhéran doit faire face à un président américain qui s’est engagé sur la voie de la réduction de la présence militaire américaine dans la région du Golfe, et en Asie Centrale. Qui accompagne des changements radicaux dans le monde arabe, et encourage des progrés dans le processus de paix avec Israël. Pour l’Iran qui aspire à jouer un rôle de puissance régionale, les moyens de s’opposer à cette dynamique positive sont limités, et les dirigeants de Téhéran devront faire rapidement preuve de pragmatisme s’ils ne veulent pas être marginalisés, et de plus en plus isolés, dans une région où l’éclispe annoncée de l’influence américaine est loin d’être acquise.

New York Times

Financial Times


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