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À la gloire de la Flandre

Publié le 09 mai 2011 par Copeau @Contrepoints

À première vue, Louvain ressemble à n’importe quel ville flamande : des pignons de brique, des rues pavées, des carillons, une halle aux draps et une stadhuis vraiment magnifique (celle-ci est décorée avec 236 statues de bourgeois distingués, chacun debout sur un piédestal si richement sculpté qu’ils sont un bel ornement en eux-mêmes). À regarder d’un peu plus près, cependant, vous remarquerez que les briques sont moins pourries que dans d’autres villes, que les tuiles des toits sont plus uniformes, et que la plupart des bâtiments ont un motif sculpté présentant une épée et du feu sur leur façade, portant la date de 1914.

Louvain, à la reconstruction

Ce motif nous informe que la ville a été reconstruite après la destruction de celle-ci par la 1e Armée allemande. Des officiers prussiens avaient gardé le souvenir collectif d’avoir été pris pour cible par des francs-tireurs français, certains d’entre eux en civil, pendant la guerre de 1870. Cette fois, ils étaient déterminés à éliminer la résistance dès le début grâce à des représailles écrasantes. Pendant 5 jours d’août, ils rasèrent Louvain, endommageant l’église de Sint Peter, détruisant plusieurs bâtiments de l’Université, incendiant des centaines de maisons, oblitérant la bibliothèque gothique et son inestimable collection de manuscrits.

Le gouvernement du Kaiser ne s’est pas repenti, et a même émis la déclaration suivante :

Les actes de barbarie du peuple belge dans presque tous les territoires occupés par les troupes allemandes n’ont pas seulement justifié les représailles les plus sévères de la part des autorités militaires allemandes, mais ont même forcé ces dernières à les commander pour la sauvegarde des troupes.

Je mentionne ces événements parce que c’est un épisode qui a été largement oubliée en Grande-Bretagne. Nous sommes tellement sous l’emprise de l’interprétation de la « Wilfred-Owen/Oh-What-A-Lovely-War/Journey’s-End » associée à la Grande Guerre que nous avons modifié tout ce qui dans notre souvenir national pouvait ressembler à une justification d’avoir rejoint cette mésaventure.

Nous ne nous rappelons peut-être pas cet épisode, mais les Flamands, eux, le font ; ils se souviennent aussi de l’argent que les États-Unis ont versé pour la reconstruction. La bibliothèque de Louvain a été reconstruite après la guerre, ses pierres ont été taillées avec les noms des centaines d’instituts d’enseignement supérieur américain qui y ont contribué.

J’ai été à Louvain pour voir Theodore Dalrymple recevoir le Prix de la liberté 2011 du think tank pour le libre marché flamand Libera ! La présentation a été faite par Bart De Wever, le vainqueur de la dernière élection belge, et le politicien aisément le plus populaire dans le pays.

De Wever est un politicien intelligent sans vergogne, qui a fasciné les Belges avec ses performances sur l’équivalent de notre Mastermind. Il a parlé avec brio de la République de Platon, de la conception de Popper sur la société idéale, et de la façon dont les écrits de Dalrymple s’inscrivent dans la tradition occidentale. Son anglais parlé était supérieur à celui de nombreux hommes politiques britanniques, et sa prestation fut si passionnante et enthousiasmante qu’il était impossible de ne pas l’apprécier.

Pourquoi je vous raconte tout cela ? Pour deux raisons.

Premièrement, parce que nous devons nous rappeler notre ancien lien avec la Flandre, notre premier allié après le Portugal. Le jour viendra où le peuple de ce coin humide, plat et exquis de l’Europe optera pour l’indépendance — ce que les élites pro-européennes, hostiles à toute auto-détermination, feront absolument tout pour empêcher. L’Angleterre devrait se tenir prête à jouer son rôle traditionnel comme un ami et parrain de son allié flamand.

Deuxièmement, parce que c’est merveilleux de voir Theodore Dalrymple obtenir la reconnaissance qu’il mérite. Ses livres se vendent massivement en Flandre et aux Pays-Bas. Il est aussi une figure bien connue des milieux conservateurs américains, mais n’est pas prophète en son pays.

Pourquoi cela ? En grande partie parce qu’il y a peu de place dans la vie publique britannique pour les intellectuels de droite. Vous pouvez être un commentateur conservateur si vous avez un penchant populiste. Il y aura toujours, je suis heureux de le dire, des portes qui s’ouvriront pour les MacKenzie Kelvin, les Littlejohns Richard, les Clarkson Jeremy. Mais Theodore Dalrymple a écrit à propos des essais de Koestler, sur l’art religieux éthiopien et sur l’éternel retour nietzschéen — des sujets qui, en Angleterre, sont généralement réservés pour les personnages portés au centre-gauche qui passent dans Start the week et Newsnight Review. C’est le destin malheureux de Theodore de survoler mentalement bien au-dessus de la plupart des habitués de ces émissions.

En Belgique, de façon plutôt surprenante, les choses sont différentes. De Wever, en tout cas, est un exemple extraordinaire de la façon dont vous pouvez être personnage de centre-droite, farouchement intellectuel et toujours très populaire. Je n’ai jamais pensé que j’allais écrire ces mots dans n’importe quel contexte, mais peut-être nous pouvons apprendre quelque chose de la vie politique belge.

Source : The Telegraph. Traduction : Barem.


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