Magazine Journal intime

De l'enfant imaginaire à l'enfant réel...

Par Moushette
"De l'enfant imaginaire à l'enfant réel..."
Tel est le thème d'un stage que je vais bientôt suivre, co-animé par Anne-Marie CRINE, psychologue, et Sylvia NABINGER, docteur en droit de la famille. J'ai vraiment hâte d'y être car je ressasse sans limites ce thème dans ma tête ces semaines-ci (et cela pour bien des raisons !).
De l'enfant imaginaire à l'enfant réel...On le sait, la majorité des "parent to be" (en attente de son enfant) rêve de son enfant, l'imagine, et se fabrique ainsi un enfant imaginaire dans la tête, le temps de l'attente. Cela fait partie de la préparation de la parentalité, cette gestation intellectuelle. Dans le cas de l'adoption, la plupart du temps cet enfant n'est plus un nourrisson, il a donc son petit caractère, ses habitudes et un vécu souvent difficile. Alors notre imaginaire de parent adoptif invente et imagine ce petit être bien complet, et les situations dans lesquelles on aimerait se retrouver avec notre enfant (complicité, câlins, jeux etc.). Cet enfant imaginaire se construit avec comme point de départ les bribes d'infos que l'on peut glaner sur lui, tel que des photos, rapports dans le dossier de l'enfant, témoignages de ceux qui l'auraient vu.... mais ils se peaufine surtout avec nos fantasmes de parents  frustrés par ce désir de parentalité non assouvi !
Mais comme le disait le Dr. Choulot dans l'excellente émission, l'adoption : blessures secrètes , l'enfant réel adopté est pour la plupart du temps bien différent de cet enfant imaginé. Et dans certains cas cela peut être un choc terrible pour les parents.
Car non, aucun parent ne rêve, lors des longues années d'attente, de cet enfant si petit et si mignon...  mais violent, colérique, qui crache, mord, et tape sur tout ce qui bouge ! Personne ne rêve d'un enfant qui vous refuse en tant que parent que ce soit pour l'affect ou les soins. Personne ne rêve d'un enfant qui vous fuit, ne vous regarde pas dans les yeux, refuse de vous appeler maman ou papa ou qui n'aime ni les câlins ni les bisous. Personne ne rêve aux mensonges, rébellions, tests à n'en plus finir, vols ou défiances de l'autorité. Personne ne rêve d'un enfant angoissé et  velcro qui vous colle tellement qu'il vous étouffe et déséquilibre l'ordre familial jusqu'au risque de rupture, ou/et qui hurle toutes les nuits pour qu'on le rassure, qui ne peut s'endormir qu'après des longues heures de "berçage "et de rituels rassurants (et oui, personne n'avait rêvé de ces tassements de vertèbre du aux abus de portage hein !!!). Personne ne s'attend à découvrir des nouvelles pathologies médicales non annoncées dans le dossier, personne ne s'attend à assumer un âge réel supérieur à l'âge annoncé, personne ne rêve d'un enfant aux difficultés scolaires ou médicales nécessitant une attention soutenue, des consultations, du temps, des aménagements de planning non prévus...
Non, personne ne rêve de tout cela et de tant d'autres choses, lorsqu'on fabrique dans son esprit cet enfant imaginaire idéal et parfait, et c'est bien normal. Pourtant bien souvent,  cela fait bien partie des réalités de l'adoption, et il faudra faire avec. La plupart des familles réussissent à accepter ces différences et abandonner cet enfant imaginaire, mais pour d'autres, le cheminement est difficile, voire impossible.
Une image m'a apparue évidente pour illustrer ces propos : celui du trou de la dernière pièce à placer dans un puzzle. Lorsqu'on attend son enfant, on sent le vide dans son coeur, on parle souvent de cette place qu'on aimerait combler, que l'enfant à venir est la pièce manquante qui comblera dans tous les sens du terme ce "vide". En même temps que l'on imagine cet enfant qui répondrait à nos désirs et fantasmes de futurs parents, on "fabrique" cet espace vide qu'il viendra combler, avec des aspérités détaillées dans lequel on aimerait que l'enfant rentre parfaitement, comme lorsqu'on place la dernière pièce manquante du puzzle. Mais rares sont les enfants qui rentrent parfaitement dans l'espace qu'on lui a imaginé. Aux parents adoptifs d'assouplir les contours de ce trou et de transformer cet espace en lieu malléable et douillet que l'on pourra modeler en fonction des besoins et de la réalité de l'enfant. Mon côté très rose et Hello  Kitty me dit qu'avec l'amour, on arrive toujours a s'adapter à l'enfant et l'accepter tel qu'il est. Oui OK, je sais, je fais très Charles Ingalls lorsque je parle ainsi. Mais la réalité est tout autre parfois. Lorsque l'attachement avec son enfant adopté tarde à arriver, les parents ont ils toujours la force (ou le courage ?) de le faire ?
Exercice difficile, bien souvent. Surtout lorsque l'imaginaire est trop strict et exclusif, et/ou lorsqu'on a trop l'habitude des enfants rentrant parfaitement dans le moule souhaité par les parents. Beaucoup disent que cette flexibilité est plus difficile lorsqu'on a eu "que" des enfants bios. Je n'aime pas les généralités des ce genre, et j'aime donner des contre-exemples qui prouvent le contraire aux généralités trop ... "générales". De ma mini expérience dans le domaine de l'adoption, je constate que des parents stériles peuvent être d'une rigidité absolue, et des bios peuvent être au contraire très "open".
Quoi qu'il en soit, la flexibilité de l'espace qu'on crée dans nos coeurs pour accueillir notre(nos) enfant(s) doit rester malléable à souhait ; cela me parait essentiel pour que chacun trouve sa place dans les puzzles complexes que sont nos familles...
Et en guise de conclusion, je vous invite chaudement à lire les trois billets sur les troubles d'attachements parentaux rédigés par Isabelle sur son blog.

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