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Equipe de France : Je suis inquiet !

Publié le 10 mai 2011 par Lben

Chronique du mardi 10 mai 2011.

Cette semaine, Marc Lièvremont et son comité de sélection doivent donner le groupe de 30 joueurs retenus pour participer à la prochaine Coupe du Monde. C’est à dire que dès que cette liste sera donnée, il ne sera plus possible de faire machine arrière et, à moins de blessure au cours de la préparation, de rappeler un joueur non retenu. C’est, cette année, plus que jamais, un exercice des plus périlleux. Pourquoi ? Tout simplement parce que au moins la moitié de l’équipe de France est en chantier et que là où pour les autres éditions les choix à faire portaient uniquement sur quelques doublures, cette fois il s’agit de choisir, en même temps, un groupe de 30 et une équipe de 15. Exercice périlleux…

L’erreur en puissance :

Marc Lièvremont aime bien proclamer à qui veut l’entendre qu’il mourra avec ses idées. Mais personne ne lui demande de mourir, juste de gagner des matchs. Et pour ça, il ferait mieux de faire confiance au potentiel des joueurs existants plutôt qu’à ses envies. En effet, depuis sa nomination, il ne cesse de faire référence à un jeu complet, un jeu mêlant esthétisme et efficacité, un jeu qui différencierait l’équipe de France de ses rivales à la fois en termes de résultat et de spectacle. Mais ce jeu n’existe pas ailleurs que dans sa tête. A la fois parce que l’équipe de France a prouvé que si elle avait de grosses qualités, celles-ci se situaient plutôt sur sa force en conquête et sa bonne organisation défensive, confère le Grand Chelem 2010, et que de toute façon, en termes de jeu total et de spectacle, les autres nations ne nous ont pas attendus et que la Nouvelle-Zélande et l’Australie, notamment, sont à un niveau qu’il sera difficile d’égaler.

Ce qui m’inquiète le plus avec cette histoire de jeu, c’est que j’ai l’impression que Marc Lièvremont nous tient un discours d’un autre âge, celui de l’époque des frères Boniface et de Jean Gachassin. Et c’est là où le bât blesse. En se focalisant sur une chimère du passé, il s’arque-boute sur la recherche de profils de joueurs qui ne correspondent pas totalement aux critères du rugby international. Ou, plus exactement, il exclut progressivement tous les joueurs dont la force première est la puissance physique au motif que ceux-ci ne correspondent pas totalement à ses critères de jeu : Bastareaud, Fritz, Chabal ( ce n’est pas encore fait mais Marc Lièvremont a toujours eu un à priori négatif ) et Picamoles. Ce qui a pour résultat d’affaiblir l’équipe de France au niveau de sa 3ème ligne et de ses centres lorsqu’il s’agit de dominer physiquement son adversaire et de faire jouer toute l’équipe en avançant.

Je ne dis pas que ces joueurs sont exempts de tout reproches, Bastareaud a effectivement 10 kilos de trop, Chabal a certainement beaucoup plus souffert de son dos qu’il n’a bien voulu l’avouer, mais, à un moment donné, il faut savoir identifier ses joueurs importants et leur garder un minimum de confiance.

Des choix de joueurs toujours sur le même critère :

La Coupe du Monde est une compétition longue où il est nécessaire d’utiliser un maximum des 30 joueurs et où il est intéressant d’avoir des profils de joueurs différents de manière à pouvoir choisir stratégiquement en fonction de l’adversaire. Prenons l’exemple de la 2ème ligne. A priori les 4 joueurs retenus devraient être Lionel Nallet, Julien Pierre, Pascal Papé et Romain Millo-Chluski. Autrement dit 4 joueurs qui, à 1 cm près, font tous la même taille, 1m96 ou 97, et se différencient uniquement par le poids, enfin surtout Romain Millo-Chluski le plus lourd et Julien Pierre, le plus léger. Ces 4 joueurs méritent certainement individuellement de faire parti de la liste mais leur manque de différences me frappe. L’équipe de France va, par exemple, rencontrer la Nouvelle-Zélande qui, avec Whitelock, a la possibilité de positionner une tour de contrôle de plus de 2m dans son alignement. Et nous, nous n’avons aucune possibilité stratégique de le contrer. A la décharge de Marc Lièvremont, c’est vrai que le choix est réduit mais il existe avec Yoann Maestri un joueur dont le potentiel parait intéressant pour offrir aux entraîneurs une alternative dans ce cas de figure, par exemple.

Il y a 2 manières de composer un groupe pour une Coupe du Monde. Celle qui consiste à prendre les joueurs les plus en forme et de composer un jeu adapté à leur potentiel et celle qui consiste à identifier les joueurs ayant le potentiel de pratiquer le jeu souhaité par l’entraîneur, quitte à prendre des éléments qui ne sont pas obligatoirement à leur meilleur de leur forme au moment de la sélection. Le problème avec Marc Lièvremont, c’est qu’il veut créer une 3ème voie, en sélectionnant les joueurs à priori les plus en forme pour mettre en place le jeu qu’il a en tête, quitte à ce que cet assemblage ne soit pas adaptable. Depuis le Grand Chelem 2010, l’équipe de France a régressé. Pourquoi ? Uniquement parce que Marc Lièvremont refuse de bâtir sur les bases fortes de ce succès : conquête, défense et opportunisme en attaque.

Le risque d’un groupe sans valeur ajoutée :

Lorsque l’on regarde le nombre de joueurs qui ont le potentiel physique pour s’imposer au niveau international et qui, malgré tout, ne devraient pas être retenus pour cette Coupe du Monde, il y a de quoi être inquiet : Sébastien Tillous-Bordes, Lionel Beauxis, Mathieu Bastareaud, Florian Fritz, Yannick Jauzion, Benjamin Fall auxquels on risque de devoir rajouter Sébastien Chabal et ou Louis Picamoles, plus les blessés comme Yann David, voire même des espoirs comme Yoann Maestri ( Lakafia pourrait être un espoir au profil intéressant s’il ne prenait pas la place d’un joueur plus expérimenté au même registre technique ). Je ne dis pas que l’équipe de France serait championne du Monde à coup sûr avec ces joueurs mais qu’elle aurait des choix et des alternatives de jeu beaucoup plus importantes si certains de ceux-là faisaient parti du groupe retenu.

Je ne suis pas inquiet sur la capacité de l’équipe de France de mettre à profit les 2 mois de préparation pour hausser le niveau de son jeu et arriver à un niveau physique excellent au début de la compétition. Je suis par contre inquiet sur la sélection d’un groupe qui manquera d’aspérité et de variété au moment d’offrir des véritables alternatives aux entraîneurs. Un groupe capable d’amener des choix de joueurs qui proposent des changements tactiques dans le jeu de l’équipe et qui, donc, pose des problèmes d’adaptation à nos adversaires. Et notamment en ce qui concerne lma puissance physique, ce qui sera, que Marc Lièvremont le veuille ou pas, l’élément principal de cette Coupe du Monde, celui qui décidera de l’issue des rencontres…


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