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Un si petit monde

Publié le 17 mai 2011 par Peggoche

Un si petit mondeAu jeu du « quel est le mot que tu détestes le plus », je crois que je choisirais « classe ». C'est un terme en tout cas qui, très souvent, m'appuie sur les côtes et me vide l'intérieur, en me provoquant une colère rentrée et polie, mais terriblement rongeante. Oxydante. Avec un sourire en coin et une respiration gênée.
Classe, une sorte d'adjectif ultime, de nec-plus-ultra, d'envie, whaou trop classe, pour la positivité d'un terme qui, lui aussi, va au-delà des mots.
Car ce que j'y vois, ce qui provoque ainsi l'angoisse de tous les nerfs qui se dirigent en grappe vers le plexus, c'est la classe sociale, la population ultime, les individus nec-plus-ultras, l'envie. Cette espèce de modération à toute épreuve, mais qui brille quand même un peu, juste ce qu'il faut, pas plus, pas trop.
Ça m'arrive aussi, mais moins, avec l'« entre soi », ou encore la « retenue », et la « décence ».
Se retenir, être décent, ne pas trop en dire et ne pas trop en faire, faire attention à ce que les mots ne dépassent pas la pensée, et surtout se soutenir, entre soi, se serrer les coudes, tous ensemble tous ensemble hé hé...Rien qui dépasse, encore une fois.
Ce que j'entends dans ce terme, ce n'est ni l'envie ni la jalousie (en quoi une agonie serait-elle enviable ?), mais c'est le mépris, le mépris qui transpire de toutes ces choses, ces gens et ces situations qualifiés de classe. Pas un mépris de moi pour « eux », mais un mépris d'eux pour tout ce qui ne l'est pas – eux –, pour tout ce qui tâche, brille trop. Pour tout ce qui ne se détecte pas, immédiatement, instinctivement, ces animaux qui se sentent la croupe et voient les joues à peine rouges et les cheveux peignés de ceux qui en sont, ceux qui ont leur place bien au chaud bien en haut de l'arbre, et qui termineront leur vie à vouloir à tout prix que personne ne la prenne. Qui montrent du doigt (mais toujours en retenue et en décence) ceux qui cherchent à s'approprier les codes sans y avoir été tacitement invités.
Tacite, tiens, aussi, je n'aime pas.
Toutes ces (petites) mines de dégoût et ces yeux qui se teintent subtilement de rire, pas fragiles, pas fugaces, non, juste : discrets.
Car c'est là aussi une des caractéristiques de la classe : faire ses coups en douce, derrière les rideaux, s'assurer que rien ne se sache, car en toute impunité, rien ne se saura, et dans le cas contraire, les excuses seront en kit : transparence = fascisme, démocratie = populisme, justice = curée – on a toujours besoin d'experts, n'est-ce pas ? Lentement tirer des toiles et des réseaux, la main nourrissant la main suivante, que tout se tienne bien, avertir fermement, mais toujours calmement : n'envisage pas de ne pas jouer selon les règles, il y aura des conséquences. Toi, tu n'as aucun fil à tirer, sinon tout l'édifice s'effondrera, en priorité sur ta gueule.
Ce qui va avec les purges, les vidanges, l'idée qu'un organisme n'est jamais aussi fort que lorsqu'il a surmonté un tas d'infections – effet d'anticorps.
Il y a d'autre formules aussi : les parvenus, les nouveaux-riches, comme si les anciens riches étaient tellement mieux (tellement plus classe !), comme si le sang avait eu le temps de sécher.

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