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Interview de M. Dominique Buysschaert, Fondateur et Président de PayFair

Publié le 17 mai 2011 par Sia Conseil

Interview de M. Dominique Buysschaert, Fondateur et Président de PayFair Avec l’adoption du SEPA Cards Framework (SCF) en 2006, visant à offrir une plus large acceptation des cartes pour les consommateurs en Europe, les autorités européennes favorisent l’émergence de nouveaux systèmes de cartes européens afin de rivaliser avec le duopole des systèmes internationaux de cartes.
Il y a actuellement 3 prétendants (EAPS, Monnet et PayFair) pour développer un système de cartes européen, chacun à un stade

de développement différent.

Pour mieux comprendre les évolutions du marché des cartes,  Sia Conseil a rencontré Dominique Buysschaert, fondateur et président de PayFair, une initiative privée et belge visant à proposer un nouveau système européen de cartes.

Pourriez-vous présenter PayFair brièvement à nos lecteurs ?

PayFair a été créé dans un contexte où les banques belges avaient décidé (2006-2007) d’éliminer le système domestique, qui était bien connu, largement accepté, fiable et “low cost”, et de migrer vers un système mondial avec des coûts plus élevés qui n’étaient pas du tout transparent.

PayFair profite du nouvel environnement réglementaire créé par l’adoption de la DSP (Directive sur les Services de Paiements), qui donne la possibilité pour des établissements autres que les banques d’entrer dans le marché des paiements, et du SEPA (Single Euro Payment Area), qui a créé des normes harmonisées qui sont indispensables pour la mise en place d’un autre système de paiement européen. PayFair a été créé comme une alternative neutre entre les banques et les commerçants avec des fonctionnalités innovantes et une gouvernance ouverte, qui respecte entièrement la philosophie SEPA de séparation du système et du processing.

PayFair dispose désormais d’un système de paiement de bout en bout conforme au SEPA (commutation, acquisition, compensation, règlement) qui est en place après plus d’un an de pilotage fructueux en Belgique. PayFair offre des solutions attractives et fiables pour les cartes de débit, cartes de crédit, cartes prépayées, chèques et cartes cadeaux, à la fois avec et sans contact, ainsi que pour les paiements mobiles et internet, les paiements à faible valeur et des transferts de fonds.

Pourriez-vous présenter votre rôle au sein de PayFair et votre parcours personnel avant de rejoindre PayFair?

Avant de commencer l’initiative PayFair, j’étais avocat au barreau de Bruxelles pendant presque 20 ans. J’ai terminé en tant qu’associé dans un grand cabinet d’avocats avant de rejoindre un grand détaillant européen comme « general counsellor ». En tant que fondateur de PayFair, j’ai été CEO au cours des 4 premières années, période pendant laquelle le système a été construit. Maintenant que nous avons commencé une nouvelle phase du développement de PayFair, axé davantage sur les opérations, nous avons attiré un nouveau CEO, Stephan Becker, qui a travaillé plus de 25 ans dans l’industrie des cartes de paiement. Je suis désormais Président de PayFair.

Comment jugez-vous les perspectives d’avenir de PayFair dans le marché actuel des cartes européennes et dans le contexte du SEPA?

Etant donné que tous les systèmes nationaux doivent migrer vers une solution conforme au SEPA, il y a beaucoup de changements à prévoir dans les mois à venir. Comme tous les intervenants préfèrent rester indépendants des systèmes internationaux dominants (Visa et MasterCard), les systèmes nationaux préfèreront migrer vers une alternative européenne ; une option également privilégiée par les autorités européennes.

PayFair offre à ces systèmes nationaux la possibilité de continuer leurs activités en adoptant le système PayFair, qui consistera en une interface technique commune à tous, permettant l’interopérabilité et des économies d’échelle, et ceci sans que les systèmes nationaux doivent investir considérablement dans leur propre solution.

Il y a actuellement 3 prétendants pour devenir le « troisième » système européen : EAPS, Monnet et PayFair. Les deux premières initiatives sont contrôlées et détenues entièrement par les banques. Grâce à notre gouvernance ouverte et le soutien des détaillants et des autorités européennes, notre objectif est de fournir un système à faible coût qui est une solution parfaite pour toutes les parties concernées ; et par conséquent de créer un cercle vertueux pour tous.

Malheureusement, s’il n’y a pas de end-date imposée, l’adoption de nouvelles solutions conformes au SEPA sera retardée. Certaines parties se retrouveraient ainsi dans une position très confortable pour continuer à préserver leur modèle actuel et resteront très réticentes envers chaque initiative de migration.

Pourriez-vous nous détailler ce que vous entendez par « cercle vertueux » ?

Les différentes études sur le marché des paiements nous apprennent qu’Europe seulement une transaction sur sept est payée de manière électronique. Il y a donc un énorme potentiel, du moins dans certains pays où les transactions en cash sont encore très fréquentes, et très coûteuses. Un coût de transaction plus attrayant n’a pas pour conséquence une réduction des revenus pour les émetteurs de cartes. En effet, cette réduction sera compensée par une hausse du volume de transactions : plus le coût de transaction est attractif, plus les détaillants et commerçants seront incités à promouvoir les paiements électroniques. Avec ses frais réduits, PayFair est donc une alternative très intéressante, également pour les émetteurs.

Par ailleurs, l’augmentation du nombre de paiements électroniques rendra l’utilisation du cash moins fréquente. Quand on connaît les coûts gigantesques supporté par les banques pour la gestion du cash (commande, comptage, transport, service GAB…), il apparait que des revenus plus faibles pour les transactions par carte sont largement compensés par une baisse des coûts liés à l’argent liquide. Une estimation rapide peut par exemple être faite sur le marché Belge ; si l’on considère la commission d’interchange à 0,056 euros et 1 milliard de transactions par carte par an, cela fait un revenu total de 56 millions d’euros. Si on prend le coût annuel du cash en Belgique, qui s’élève à 650 millions d’euros selon une estimation de la Banque Nationale de Belgique, vous comprenez que la diminution des frais payés par le commerçant est aisément compensée par l’énorme potentiel de réduction du coût du cash.

Avec le lancement de l’initiative PayFair, comment le marché a-t-il réagi et quel soutien avez-vous obtenu des autorités européennes?

L’appel pour un nouveau système de cartes, en plus des systèmes dominants internationaux, ne vient pas seulement des autorités européennes, mais aussi des commerçants et des banques, tous à la recherche de plus de concurrence sur le marché, et préoccupés par une trop forte dépendance aux systèmes internationaux et leurs coûts élevés.

Etant une initiative neutre, sans commerçant ou institution financière en tant qu’actionnaire, PayFair est la seule solution qui dispose d’une gouvernance ouverte, une des raisons pour lesquelles le projet bénéficie d’un soutien important des détaillants et des autorités européennes, qui demandent depuis plusieurs années un nouveau système européen de paiement conforme au SEPA.

PayFair a également l’avantage d’être une petite structure qui offre de l’innovation et de la flexibilité à un prix réduit. Cela nous permet de réagir plus rapidement aux nouvelles innovations et tendances de marché.

Quels sont les objectifs de développement de PayFair dans les années à venir?

PayFair est maintenant dans une nouvelle phase de son développement et a commencé des discussions constructives avec des banques émettrices, des processeurs, des PSP (prestataires de services de paiement), ainsi qu’avec des grands détaillants et des associations de petits commerçants afin de mettre en place PayFair sur le marché. En d’autres termes, maintenant que notre système est complètement réalisé et testé, nous sommes prêts à commencer des opérations avec nos clients. À titre d’exemple, en Belgique, la mise en œuvre de PayFair dans tous les terminaux de paiement sera atteinte d’ici la fin du premier trimestre 2011, pour permettre les paiements avec le nouveau système de tickets restaurant électroniques.

PayFair a l’ambition d’être adopté par les différents systèmes nationaux, en leur proposant un moyen abordable, facile et rapide d’implémenter une solution conforme au SEPA tout en leur permettant d’avoir une portée pan-européenne (et plus tard, même mondiale) grâce à une large diffusion du réseau d’acceptation PayFair, même s’il veulent préserver la marque nationale. Le traitement des transactions domestiques peut se faire soit via le processeur PayFair ou encore via un processeur local choisi par les banques locales.

L’adoption d’une solution conforme au SEPA par les systèmes nationaux favorisera les nouvelles technologies et solutions de paiement innovantes comme celles proposées par PayFair. Ceci offrira sans nul doute de nouvelles possibilités de paiement avec un haut degré de commodité pour les consommateurs, contribuant ainsi à augmenter le nombre de paiements électroniques.

Par rapport à cette possibilité de migrer vers une solution conforme au SEPA, comment voyez-vous l’évolution des systèmes nationaux en Europe?

Certains ont déjà opté de migrer vers une autre solution tandis que d’autres ont décidé de rester “vivants”, même si la manière pour devenir conforme au SEPA n’est pas encore claire.

Probablement qu’en raison des conditions liées à certains grands marchés, il peut y avoir un business case pour certains systèmes nationaux qui souhaiteraient investir dans une mise à jour de leur système pour être conforme au SEPA. Ceci n’est toutefois pas souvent le cas pour la majorité des autres systèmes nationaux dans les plus petits états membres. C’est pourquoi la solution proposée par PayFair est très intéressante et attrayante pour eux, ainsi que très facile à implémenter.

Si nous imaginons une adoption de PayFair par plusieurs systèmes nationaux, quelle serait la politique concernant les tarifs et commissions ?

PayFair veut assurer la simplicité et n’aura qu’un nombre minimum de commissions. Il y aura un plan de migration adapté à chaque pays étant donné que chacun part d’une histoire et d’une position spécifiques, avec différentes maturités d’infrastructure et des consommateurs ayant un comportement particulier. Ce plan de migration doit être accepté au sein de la gouvernance ouverte de PayFair dans chaque état membre concerné, avec tous les acteurs concernés.

Pouvez-vous nous dire brièvement comment de nouveaux acteurs peuvent s’introduire avec succès sur le marché des cartes de paiement?

L’innovation est sans aucun doute un facteur clé. De nouvelles solutions innovantes seront sûrement introduites grâce aux progrès technologiques récemment mis en place sur le marché (PayPal, Google, Apple, Facebook…) mais notre conviction est que ces nouvelles solutions ne sont que d’autres modes de paiements et que les systèmes seront toujours nécessaires, même s’ils doivent bien sûr adapter leurs règles et normes en conséquence.

Il y a également le dialogue nécessaire entre les acteurs concernés pour créer l’écosystème nécessaire à une adoption facile des nouvelles solutions par un grand nombre de parties, c’est-à-dire les consommateurs, les commerçants, les banques, processeurs et autres PSP. Cette coopération permettra de développer les conditions et l’environnement qui assurera la confiance, mais aussi la rentabilité pour que les acteurs concernés « jouent le jeu » avec succès, au bénéfice de tous. Et PayFair a déjà pris plusieurs initiatives dans ce sens…

Traduit de l’anglais
Propos recueillis par Sia Conseil


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