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Mort d'un rêve à Harlem

Publié le 17 mai 2011 par Doespirito @Doespirito

David Abiker a le mot juste, sur Twitter :
- C'est curieux mais cette histoire m'attriste et je n'arrive pas à en plaisanter. C'est une tragédie.
A quoi lui répond un Emery Doligé un brin manipulateur :
- La question terrible à se poser : est-ce que cela va changer quelque chose à ta vie ?
La réponse est dans la question, et le "rien" suppure au bord des lèvres du questionneur. C'est vrai, quoi, DSK "handcuffed" ou pas, le spectacle continue : émissions de radio, télé, engueulades, rigolades, fous rires, avant-premières, tirage dans les pattes, cocktails, clash, taxis, LOL, coucheries... The show must go on et business as usual.
Mais David Abiker persiste à afficher son désarroi :
- J'en sais rien mais je trouve cette affaire tragique.
Jouissant du prestige d'avoir lancé le hashtag #Bistougate, notre marketeux blogueur de cul s'en tire par une pirouette pincée :
- La tragédie, c'est beau... Racine & co...
C'est une tragédie, en effet. DSK est mort. Devant nous. Quand il a quitté le commissariat de Harlem, sous les flashs et les projecteurs des caméras de télé, dans un silence glacial, il avait le port et le visage de celui qui n'est plus maître de son destin, passant devant nous avant de monter à l''échafaud et de quitter le monde des vivants, les mains entravés derrière le dos en attendant la gamelle et le costume de prisonnier façon Madoff. La scénographie policière nous jetait enfin au visage l'issue tant redoutée. L'incrédulité faisait place à la face déformée du cauchemar qu'on n'osait affonter, même dans nos rêves les plus frappés. Ne manquaient même pas les cravates de mauvais goût des policiers qui encadraient Strauss-Khan pour que la transgression suprême nous saute à la gorge.
C'est une tragédie pour moi car j'y ai cru. J'ai cru que nous avions enfin l'homme qui pouvait gagner la présidentielle en 2012, mais surtout redresser enfin une France qui se traîne depuis des décennies. Celui dont la stature internationale allait nous redonner le crédit, l'image, la légitimité, la voix que la France a perdus depuis des lustres. Celui qui nous aurait sortis du magma où nous pataugeons face à des nations autrement plus dynamiques, même et surtout en matière démocratique. Celui qui aurait enfin clos le quinquennat que nous vivons, et où triomphent la liberté pour les uns, l'inégalité pour les autres et la vulgarité pour tous, du Fouquet's au dernier shopping de Carla Bruni chez H&M.

C'est une tragédie car tout vient de voler en éclat. Sur les décombres fumants et alors que la poussière nous pique encore les yeux, il faudrait être grand pour trouver les mots qui apaisent le désarroi et donne des raisons d'espérer à ceux qui y croyaient. On en est encore loin. Peut-être viendront-ils bientôt. Et certes Twitter a gagné ses galons de fournisseur d'informations exclusives, en permettant de suivre la comparution de DSK devant le tribunal. Mais là où nous avions besoin de la froideur des faits pour éclairer cette tragédie si obscure, la grivoiserie machiste a atteint des sommets écœurants.

C'est une tragédie car il faut se redonner plus que des raisons d'espérer : il faut se construire un autre rêve.


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