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Banderille n°366 : La Conquête : la Croix hier, sa Muse

Publié le 23 mai 2011 par Toreador

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Par Toréador | mai 23, 2011

Un matin, un lapin, a tué un chasseur…

Je suis allé voir le film "la conquête" avec gourmandise. En effet, la bande-annonce était pour le moins alléchante, avec des acteurs plus vrais que nature. Sur ce point, je n'ai pas été déçu. Nicolas Sarkozy est joué avec brio, de même que Cécilia et surtout de Villepin, férocement caricaturé.

Au-delà du challenge, "la Conquête" donne également une interprétation finalement assez intéressante des cinq années d'ascension sarkozyste, en centrant tout le propos sur les amours contrariés du futur-président avec Cécilia, au milieu des tirs des chasseurs chiraquiens. 

C'est d'ailleurs là où le film surprend. Alors que je m'attendais à un film "à charge", la personnalité de Nicolas Sarkozy est décrite avec beaucoup plus de subtilité qu'on aurait pu le croire ou le craindre (private joke, pour ceux qui ont vu le film). Le Sarkozy de "la conquête" n'est pas vraiment antipathique ou sympathique. Inhumain serait le mot le plus proche pour cerner ce bourreau de travail, perpétuellement cambré vers la victoire, véritable lapin duracel totalement absorbé par l'oeuvre de sa vie. 

J'ai deux amours dans ma vie : Cecilia et Henri

Autour de lui, on retrouve une foule de laquais anonymes et quelques personnages attachants : Cécilia, magistralement campée dans ce film, est une tigresse à l'esprit redoutable, la vraie perche de l'équilibriste sarkozyste. Progressivement, elle perd pied, se détache de cet homme rongé par ses névroses, tout en le portant à la Présidence par sens du devoir. En face, le Nicolas Sarkozy du film est un homme que seul Cécila rend humain, un conquérant qui n'a qu'un talon d'achille et qui ne comprend pas pourquoi le sort s'acharne sur ce qu'il a de plus cher : son amour pour sa Muse

L'autre muse de Sarkozy, c'est Guaino, Celui-ci apparaît tardivement, mais juste à temps pour rééquilibrer psychiquement un homme rongé par la tristesse. Guaino contraste par sa modestie et sa timidité avec les jeunes fauves qui accompagnent le César. Il est à la fois celui qui fait de Sarkozy l'homme de la France plutôt que l'homme d'un clan, et celui qui permet à Sarkozy de rompre un peu l'armure. Son hémisphère gauche. Les deux se captivent car ils ont tous les deux une revanche à prendre sur la vie. Plutôt que l'ombrageux conseiller spécial, on découvre un poète officiel, un peu perdu dans l'équipage, mais qui a de toute évidence un lien affectif fort avec le Moloch de l'UMP. Leur relation permet à Sarkozy de combler son vide sentimental : il passe ses nuits à dicter à Guaino ses discours. Si j'étais outrancier, j'écrirais même : à lui faire l'amour par les mots. 

Le Bon, la Brute et le Truand

Face à ce Sarkozy à la fois inhumain, brut(e) de décoffrage mais respectable, ce sont ses opposants qui s'en sortent moins bien. Villepin est décrit comme le Truand,  hypocrite, légèrement manipulateur (le film suggère Clearstream sans trancher..) et totalement obsédé par la montée de son rival. Chirac est Chirac, plus sympa mais plus vicieux que Villepin – "Le Bon". La Gauche, elle, est absente. Seul Pierre Charon imite à un moment Royal, comme si elle n'avait pas vraiment compté dans l'ascension de Nicolas Sarkozy. 

Le film se regarde avec intérêt. On ne bondit pas pour applaudir à la fin, mais on en ressort avec l'idée que, finalement, Sarkozy n'est pas le grand méchant de 2007, ni le dangereux psychopathe décrit par Marianne. Pas un type qu'on inviterait à sa table – quoiqu'il puisse être visiblement très séducteur – mais pas non plus un fou. Juste un mec qui a vécu sa campagne comme un chemin de croix. 

On comprend dès lors pourquoi la Droite ne l'a pas pilonné, et pourquoi "Le Monde" l'a descendu. On attendait un brûlot, on a eu un brûlé. 

La Conquête

Appréciation subjective : **

* = Déçu ** = Captivé *** = Emballé

Tags: Cecilia, Henri Guaino, La Conquête, sarkozy

Sujets: Toréador critique littéraire et médiatique | No Comments »

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