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Espagne, Méditerranée, soleil

Publié le 23 mai 2011 par Egea

Cela aurait dû être une élection "comme d'habitude" : avec un vainqueur, plus ou moins net, et un vaincu, plus ou moins net. Bon, Zapatero a été nettement battu, mais ce n'est pas ce qui retient l'attention de ce week-end électoral espagnol. Non, chacun voit plutôt cette mobilisation Puerta del sol à Madrid, au point que même les médias télévisés en parlent : rendez-vous compte !

Espagne, Méditerranée, soleil
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Oui, mais.... on ne comprend pas très bien pourquoi des dizaines de milliers d'Espagnols se mettent à camper sur la grande place de la ville. Cela mérite quelques éclairages...

1/ A lire les médias, on cite deux choses : un ras-le-bol envers la classe politique, et un effet "monde arabe". Certes, mais ce n'est pas suffisant.

2/ Ras le bol du monde politique : notons que les grandes manifestations se développent en Europe : Grèce, Portugal, Grande-Bretagne, Irlande, Islande, et maintenant Portugal. Un lien évident avec la crise et la rigueur, ne nous y trompons pas. Les manifestants conspuent cette rigueur qui vient et qui se durcit. Méfions nous des accès d'idéalisme démocratique (et vaguement anarchiste).

3/ Toutefois, on peut croire à cet anti-élitisme politique, si du moins j'en crois les reportages en Espagne; ce serait plutôt des gens de gauche, mais pas seulement, plutôt jeunes, mais pas seulement. Ce qui permet de comparer aussitôt avec l'autre mouvement de masse des élections européennes de ces derniers mois, celui de la montée des radicalismes droitiers, le plus souvent identitaires.

4/ Il y a d'ailleurs quelques relents identitaires dans certaines manifestations sus-citées (Islande, Irlande, Grèce). Mais il est vrai que la plupart de ces pays ne connaissent pas les résultats des partis radicaux de droite comme en Suède, Finlande, Hongrie, Pays-Bas, Belgique, France, Danemark, ... pour ne citer dans le désordre que les exemples qui me viennent à l'esprit.

5/ Dans le cas espagnol, notons enfin que le pays est divisé par son fédéralisme qui a forcé la gauche à s'allier avec les partis autonomistes (Catalans, Baléares, ) et leur concéder de plus en plus de choses : il n'y a donc pas de réaction identitaire nationale, mais une réaction identitaire régionale. Ainsi, le parti successeur de Batasuna obtient un très beau score au pays basque.

6/ La contagion "méditerranéenne" peut jouer : mais honnêtement, j'ai l’impression qu'elle est plus surjouée qu'autre chose. Comme le disait un de mes amis (CB), il demeure infiniment plus agréable d'être au chômage en Espagne après un an de rigueur qu'en Tunisie après vingt ans de Ben Ali.... Toutefois, si les animateurs font un "à la manière de", le succès de leur manifestation prouve qu'il y a malgré tout un vrai malaise latent, qui s'exprime aussi par une présence dans la rue. La chose est donc à suivre avec prudence.

7/ Enfin, puisque le festival de Cannes vient de terminer, une petite mention d'un film politique qui explique, peut-être, les raisons de la défiance que nous venons d'évoquer : il s'agit de "L'exercice de l'Etat", par Pierre Schoeller : où l'on voit un ministre qui n'a aucune prise sur la réalité qu'il doit "diriger" mais qui feint de la posséder, à coup de paroles médiatiques, seul lieu où il peut sinon faire, mais du moins exister. Comme disait Claudie Haigneré : "on m'a formé pendant onze ans à devenir spationaute, deux heures à devenir ministre".

O. Kempf


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