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Lagarde, un centriste contre le Traité de Lisbonne

Publié le 11 février 2008 par Willy

Jean-Christophe Lagarde, ex-UDF passé au Nouveau centre, partis traditionnellement européeistes, explique pourquoi il a voté « non » en 2005 et à nouveau « non » à Versailles.


    Patrick Braouezec, Jean-Luc Mélenchon, Laurent Fabius, Philippe de Villiers et… Jean-Christophe Lagarde ? Dans la liste de élus qui se sont opposés à la modification de la Constitution en vue de la ratification parlementaire du Traité de Lisbonne, le nom du député-maire de Drancy détonne. Qu'est-ce que cette figure de l'ex-UDF, parti traditionnellement européeiste, finalement rallié au Nouveau Centre après moult hésitations, vient faire parmi les nonistes ? Au lendemain de la ratification du Traité par le Parlement, Hervé Morin, le chef de file des centristes et ministre de la Défense, s'est même fendu d'un communiqué pour exprimer son « soulagement » de voir l'Europe relancée…. Marianne2 a demandé quelques explications au mouton noir du troupeau centriste.

Marianne2 : Vous avez voté « non » à Versailles, est-ce parce que vous souhaitiez une nouvelle consultation des Français sur le Traité modifié ?
Jean-Christophe Lagarde : Non, ce serait absurde ! 53% des Français ont élu à la Présidence un candidat qui a promis qu'il n'y aurait pas de consultation référendaire. On ne peut pas exiger que Nicolas Sarkozy trahisse les promesses sur lesquelles il a été élu !

Alors pourquoi ? Etes-vous opposé au Traité de Lisbonne ?
J-C L : J'avais déjà voté «non» lors du référendum de 2005. Mais je ne partage pas l'analyse de gens de gauche qui ont fait campagne pour le «non» sur le thème de l'Europe sociale. Le débat qu'ils ont ouvert pour savoir si l'Europe était sociale ou pas me paraît même complètement surréaliste. En revanche, je regrette fortement que les textes qui nous sont soumis aillent si peu dans le sens de la construction d'une Europe politique. A cet égard, le Traité de Nice était une aberration, et le Traité de Lisbonne est encore pire que le Traité constitutionnel européen (TCE). L'Europe y est réduite à une zone de libre-échange. Pour aller vite, c'est une Europe a minima qui doit ravir les Britanniques et ravira sans doute bientôt les Turques.

Vous estimez, en fait, que l'Europe qui se dessine n'est pas assez politique...
J-C L : Oui ! Un exemple : sur la fiscalité, le nouveau traité empêche pratiquement que les pays qui le souhaitent puissent mettre en place une coopération renforcée dans ce domaine, à moins d'être au minimum neuf à le souhaiter. Autrement dit, si l'Allemagne et la France le veulent, ça ne suffit pas ! C'est la même chose pour la fameuse coopération euro-méditerranéenne que le Président appelle de ses vœux. Il n'y a mêe pas neuf pays européens autour de la Méditerranée. Avec qui allons-nous construire cette union ? Avec des pays baltes ? Aujourd'hui, l'Union européenne, en gros, c'est une monnaie et une vaste zone de libre-échange. Ce n'était pas l'objectif. Tous les thèmes forts politiquement, de la défense à la diplomatie, sont laissés à l'abandon. Si c'était pour en arriver là, ce n'était même pas la peine de mettre en place un Parlement…

Vous êtes le seul à exprimer cette opinion au sein du Nouveau Centre, un parti rallié à la majorité présidentielle…
J-C L : Je m'en fiche complètement, j'assume mes opinions et je suis cohérent : j'étais le seul, sur les 577 députés en 2003, à voter contre l'élargissement de l'Europe aux pays de l'Est, pour les mêmes raisons. Je vote toujours en mon âme et conscience, c'est pour cela d'ailleurs que je n'ai pas voté non plus pour l'amendement sur l'ADN ni pour les franchises médicales. Concernant ce Traité, je dis simplement que je vois mal comment il peut s'accorder avec l'ambition d'une « politique de civilisation ».

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