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Economie de défense

Publié le 14 juin 2011 par Egea

L'autre jour, comme je vous l'avais annoncé, s'est donc tenu le colloque de l'observatoire économique de la défense : en fait, la grande messe de l'industrie de défense, avec de beaux intervenants. Et des choses intéressantes "quand même".

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Je donne mes notes telles quelles, pour ceux qui n'ont pas pu assister. Commentaires à l'issue.

Marwann Lahoud (EADS) :

  • Les dépenses de défense ont cru de 50 % depuis 1996 : surtout à l'Est et dans les pays émergents. Il faut se concentrer sur les nouveaux secteurs (cyber). IlL faut enfin devenir un citoyen local en gardant ses racines d'origine. Les directives européennes ne protègent pas des prédateurs extérieurs (Etats-Unis, Israël) qui deviennent "européens" par la grâce d'un bureau de deux personnes établi à Bruxelles. Aux Etats-Unis, les choses sont plus claires car arbitraires : EADS a pu concourir parce que le gouvernement a dit, qu'à ce moment là, notre filiale était américaine......

Ch de Boissieu

  • Le G 20 est un progrès par rapport au G7. On est dans un processus d'émergence de gouvernance mondiale.

A-G Slama

  • IL faut observer la vague du retour des nations, voir l'obligation de réduction budgétaire. Il y a une tension entre le développement d'une PESD reposant sur des facteurs divergents, et la mise en place d'institutions "garantissantes" (UE, CSNU, G20) qui incorporent les institutions contestataires qu'on n'entend plus (Attac).

P. Hassner

  • La puissance est une vitalité, une confiance en soi que les Européens ont perdu.
  • AG Slama ajoute : Aron disait que la politique extérieure, ce sont les rapports de force : ce n'est plus tout à fait vrai. Toutefois, importance de la rapidité d'intervention (le premier qui saisit gagne, voir ce qui se passe en Libye).

GAA Paloméros (CEMAA)

  • Il ne faut pas réfléchir en terme d'outils ou de programmes d'armement, mais en termes d'effets : c'est tourné vers l'avenir, et européisable. Nucléaire : la dissuasion est complète, ce qui justifie les deux composantes. Se séparer de la bombe alors que le monde est incertain serait une erreur.

Cornut-Gentile (député)

  • Sur le nucléaire, tout à fait d'accord avec le CEMAA : cependant, la pression budgétaire est très forte, et il va falloir un effort d'explication auprès du politique et de l'opinion.

Gérard Longuet, ministre de la défense

  • on rencontre "l'insécurité de l'identification de l'adversaire" : ce fait s’impose plus que jamais dans l'analyse internationale et stratégique.
  • Il faut donc concilier des investissements de long terme et des situations très mouvantes. Par exemple, vaut-il mieux se méfier des États voyous, proches de nous mais à la menace limitée, ou donner la priorité à des grands mouvements tectoniques, plus éloignés (extrême Orient) même si la menace n'est pas évidente ?
  • autrement dit, comment arbitrer entre menace ponctuelle et déséquilibre majeur ?
  • on assiste à une mutualisation avec la GB : simulation (dans le domaine nucléaire), drone, DAMB.
  • Les drones : ils permettent la maîtrise de la numérisation des théâtres d'opération : qu'il s'agisse de petits théâtres au format traditionnel (RCI) ou très sophistiqués (Afghanistan). La France a tous les maillons, sauf l'observation continue et pertinente : nous devons rattraper ce maillon.
  • DAMB : il faut construire une complémentarité entre dissuasion et DAMB. Nous avons l'alerte, les satellites font l'objet d'un partage multilatéral. L'interception demeure donc le segment qu'il faut acquérir : pour cela, MBDA est déjà multilatéral et constitue l'instrument pertinent.
  • En Europe, la maîtrise nationale de toutes les capacités technologiques n'est plus à la portée des pays. Il faut donc développer les coopérations avec ceux qui ont capacités et l'esprit de défense. Pas seulement les Brit, mais aussi les petits qui ont envie, cf. la Libye (Danemark, ...). Il reste qu'on ne peut plus attendre l'unanimité pour avancer.

Commentaire L'industrie attendait avec intérêt ce discours, si j'en juge la participation (y compris dans la salle) : on devine des choix industriels que je laisse décrypter par les spécialistes, même si j'en perçois quelques uns. On discerne de plus un certain nombre de thèmes qui vont animer le débat stratégique national en cette année d'élection présidentielle.

  • Même si chacun répète la doctrine nucléaire, M. Cornut-Gentile a rappelé qu'il y aurait besoin de beaucoup d'explications : à cause des difficultés budgétaires, et probablement aussi à cause de Fukushima (mentionné par le CEMA le matin). Autrement dit, il ne s’agira pas d'un débat similaire à celui de l'an dernier sur le désarmement (type Global zéro, désarmement, etc...).
  • l'articulation entre voisinage et intérêt du grand large sera sous-jacente : en effet, il est probable qu'elle participera aux débats sur le format des armées conventionnelles, entre ce qui est expéditionnaire et ce qui est défense dure.
  • la question de la BITD suscitera des débats : au-delà de la question de la politique économique nationale (est-elle encore possible ? etc...), qui a été évoquée lors du colloque, elle renverra aux partages capacitaires, et donc à la possibilité de conserver un modèle complet d'armée. En fait, une question économique enverra à des questions politiques, c'est-à-dire au modèle européen de coopération que nous voudrons développer.

O. Kempf


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