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Genevois et commissaire de police en Guyane!

Par Haykel

389378639.jpgDe retour de Guyane, Alain Bossu un des fidèles contributeurs de ce blog nous ouvre son carnet de voyage. Des rencontres et des moments inoubliables que l’auteur de “Toi seule saura” a voulu partagé avec les lecteurs de PLANETE   PHOTOS dans une série de cinq articles. Le premier nous parle d’un genevois blogueur devenu commissaire de police en Guyane. Est-ce possible?


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Genevois et commissaire de police en Guyane
Premier volet de cette semaine guyanaise : rencontre avec un commissaire de police. Pas n’importe lequel : Joël-Patrick Terry est Directeur départemental adjoint de la Sécurité Publique de Guyane.  Surtout, il est né à Genève et double national.
«La Guyane, il n’y a pas 50 possibilités, on aime ou on déteste. » Le commissaire Joël Terry aime la Guyane. Ce jour-là, j’ai fondu en larmes. C’était en mai ou début juin 2010, la première fois que j’ai fait la connaissance de Joël (je ne connaissais pas encore son nom). Je lisais un blog sur le site de la Police Nationale (française). Le titre du sujet « Vague à l’âme ou lame de fond » et le texte signé Joël, Commissaire à Cayenne, ont attiré immédiatement mon attention.  Il s’agissait d’une double noyade. Deux enfants de 11 et 13 ans qui ne joueront plus jamais sur la plage près de Cayenne. Le plus jeune a été pris dans une lame de fond, l’aîné a vainement tenté de le sauver. La famille dans l‘inquiétude, les sauveteurs dans les recherches…  «On n’est pas dans les Experts ou NCIS », indique Joël alors qu’il faut procéder aux constatations post mortem.

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Je prierai!
Le commissaire Terry et un officier de police se rendront auprès de la famille. «C’était mon devoir.» Il y avait du monde dans la cour de la maison. Il demande le chef de famille, lui parle à l’écart. Il s’est imaginé des centaines de fois le message à délivrer. Le papa attend des nouvelles qu’il espère positives, les enfants sont-ils retrouvés, vont-ils bien ? «Oui, monsieur, nous avons retrouvé vos enfants… ils sont de nouveau réunis… Côte à côte. Le petit avec le grand… On a l’impression qu’ils dorment… Comme des anges.»
Le papa est resté digne tandis que les pleurs ont éclaté. Sur son blog, le commissaire est redevenu un homme, un père comme les autres. «Ces deux enfants seront dans mes  prières ce soir, écrit-il, lorsque j’aurai quitté mon habit de lumière de policier républicain. Je retrouverai les convictions théologiques de l’individu que je suis, et peu importe le dieu que je prierai, j’espère qu’il prendra en compte ces deux enfants à ses côtés. Dans tous les cas, je prendrai ma fille dans mes bras en me disant que c’est une joie dont il faut profiter à chaque instant.» Le commissaire Terry a immédiatement entamé les démarches pour faire reconnaître l’acte de bravoure du plus grand qui a donné sa vie pour sauver son cadet.
Voilà pourquoi  j’ai voulu le rencontrer. Ce fut le cas à deux reprises lors de séjours différents en Guyane. Il était d’autant plus heureux de bavarder qu’il est né à Genève et a vécu près du Parc des Eaux-Vives. Il possède la double nationalité française et suisse. Son grand-père était gendarme à Genève. Ayant choisi d’effectuer son service militaire en France, il est entré dans la police nationale française en 1993, en Seine-Saint-Denis, puis à la Brigade anti-criminalité (BAC) de Paris avant d’être nommé dans le quartier des Halles de Paris puis de rejoindre, lors de sa création, la Compagnie de Sécurisation de la direction de la police urbaine de proximité. De son passage dans le quartier des Halles, il a écrit un livre (il était alors capitaine) en2005 : « 1000 jours pour vaincre l’insécurité » paru aux éditions Creaphis, en collaboration avec Elisabeth Bourguinat, docteur ès lettres, qui s’occupait d’une association du quartier et travaillait pour l’Ecole de Paris du Management. Il y démontre que la police de proximité n’est pas synonyme  de laxisme et qu’elle peut réussir quand
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elle dispose moyens et humains. « Quand je sortais du RER et que j’arrivais aux Halles, a-t-il écrit, j’avais l’impression d’entrer à la maison.»

La Suisse?
Pourquoi ne pas avoir opté pour la Suisse?  «Il faut assumer ses choix, on ne peut pas seulement croire que l’on peut profiter du meilleur de chaque pays. Mais j’aime toujours profondément  la Suisse bien que  je ne m’y rende pas assez souvent. Je lis le Journal des Suisses de l’étranger. C’est une vraie attache.»

Joël Terry conserve également quelques vins suisses. Il revit parfois des souvenirs d’enfance, le goût du Toblerone, les forêts de sapins, le tram, les boîtes à journaux. «De la Suisse, j’ai appris l’esprit du devoir, la notion de travail, le respect de l’autre.» Il en arrive même à déceler  des ressemblances entre la Guyane et la Suisse. «Le fonctionnement est un peu équivalent, il tourne autour d’une notion d’însularité alors que l’on appartient à un continent. Toujours en parallèle, l’habitude d’une population qui parle plusieurs langues (français, créole, langues amérindiennes, portugais du Brésil voisin, hollandais avec le Suriname, chinois, vietnamien, etc.). Sans oublier le russe puisque les fusées Soyouz seront désormais lancées depuis le centre spatial de Kourou dès la fin octobre.

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La violence en Guyane...

Le métier de policier est-il plus difficile en Guyane? «La violence est  trois fois plus forte qu’en métropole à population équivalente, convient le commissaire Terry, en poste en Guyane depuis juillet 2009. Nous sommes en Amérique du Sud et donc face à une délinquance sud-américaine. Beaucoup disposent d’armes de chasse car c’est le seul département où les armes ne sont pas réglementées.» S’ajoutent  les machettes dont tout le monde se sert et qui peuvent être des armes redoutables. «En même temps, il n’est pas compliqué d’être policier en Guyane. On peut rentrer chez soi en uniforme, se promener dans la rue, seul en uniforme, et ne pas être du tout importuné. Rien à voir avec Lyon, Marseille ou Paris. Ici, le policier est respecté, les gens sont contents d’en connaître dans leur entourage. Il y a pour ainsi dire un policier dans chaque famille, et souvent de père en fils. Au commissariat de Cayenne, 80% des effectifs sont Guyanais et heureux de vivre en Guyane. Cela crée des liens forts avec la population.» Le beau-père du commissaire Terry est Guyanais. «Je suis fier de cette double culture.»
Et sans doute encore plus  fier de se battre pour des valeurs tout en sachant que « la République n’est que ce que l’on en fait. »
Alain Bossu

Prochain article : Maurice Méthon. A plus de 70 ans, ce « forçat » de l’hôtellerie guyanaise, vice-président du Comité du Tourisme de Guyane et saxophoniste qui a joué pour les «GM» des Club Med de Villars et Leysin, se lance dans la construction d’un lodge sur le fleuve Orapu.

Légendes photos:
Le commissaire Joël Terry
Ce tableau d’un poste de police guyanais accueille les visiteurs au commissariat de Cayenne.
Carte de Guyane et mygale pour la Brigade anti-criminalité(BAC) de Cayenne.
Joël Terry, avenue du Général de Gaulle à Cayenne, devant le commissariat.

Et demain est un autre jour!

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