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La mort de Ben Laden, une garantie de réeléction ?

Publié le 14 juin 2011 par Delits

La mort de Ben Laden, une garantie de réeléction ?  »Justice a été faite », les mots utilisés par Barack Obama pour annoncer la mort du terroriste n°1 traduisent la fin d’une quête commencée près de 10 ans plus tôt et qui aura couté des centaines de milliards de dollars au contribuable américain. La mort d’Ousama Ben Laden est probablement l’évènement le plus important dans la lutte contre le terrorisme depuis l’invasion de l’Irak en 2003.  Mais au-delà de la force symbolique, quel est l’impact politique de cet évènement ? A l’aune des chiffres et sondages disponibles en France et aux Etats- Unis,  Délits d’Opinion apporte des éléments de réponse, et inaugure une nouvelle rubrique  qui  décryptera tout au long de l’année l’actualité de l’élection présidentielle aux Etats-Unis. 

La mort de Ben Laden : une bonne nouvelle pour Barack Obama à un an et demi de la présidentielle américaine 

Des résultats en phase avec les annonces

L’annonce de la mort d’Ousama Ben Laden est incontestablement une bonne nouvelle pour le président Barack Obama. Lui qui avait dénoncé la guerre en Irak dès 2002 comme étant une « guerre stupide », avait promis en 2008 de se concentrer sur la traque et l’arrestation d’Ousama ben Laden. C’est une vraie victoire.  L’opinion américaine lui accorde le bénéfice de la mort d’Ousama ben Laden. Un sondage Ipsos aux Etats-Unis montre que  32% des américains considèrent que Barack Obama est le premier responsable de la mort d’Ousama Ben Laden et 42% considèrent que cet évènement renforce le leadership de Barack Obama dans la guerre contre le terrorisme. 39% considèrent même que cela renforce le leadership d’Obama sur la vie politique américaine.

Néanmoins Barack Obama n’a pas remporté tout le crédit pour cette opération. George W Bush fait aussi partie des responsables cités pour la mort d’Oussama Ben Laden (19%). Plus marquant encore, les grands bénéficiaires de la mort d’Oussama Ben Laden sont les services armés (36%) et les services d’intelligence américains (30%).

Une politique internationale toujours  mal acceptée aux Etats Unis 

Mais la satisfaction du peuple américain concernant la mort de Ben Laden ne semble pas pour autant suffisament infléchir  leur scepticisme  envers la politique étrangère menée. Or, dans la campagne qui arrive, les enjeux de la politique extérieure américaine feront partie des points d’affrontement entre les républicains et les démocrates. Depuis l’arrivée d’Obama, les peuples étrangers aux Etats-Unis ont de nouveau apprécié le leadership américain à travers le monde, passant d’un taux d’approbation de 34% à la fin de l’ère Bush à un taux de 47% aujourd’hui (sondage Gallup, mars 2011). Aux Etats-Unis également, l’approbation de la politique étrangère américaine dominée par les conflits afghans et irakiens a été globalement soutenue par les Américains, que ce soit la politique étrangère globalement (taux d’approbation de 46%, sondage Gallup, mars 2011) ou le retrait plutôt convaincant d’Irak (53% des Américains l’approuvent, sondage Gallup aug 2010). Sur le conflit irakien, on pourra également noter que sous George W Bush, la désapprobation du conflit irakien était de 63% alors que sous Barack Obama, en 2010, le taux de désapprobation était de 55%.

Cependant, l’intervention en Afghanistan reste très largement impopulaire. Après des taux de soutien de 90% en 2001, l’intervention militaire en Afghanistan est considérée aujourd’hui comme une erreur par 43% des Américains qui pensent que la situation est difficile pour les Etats-Unis (62%). Dans cette guerre, Barack Obama est perçu comme un mauvais leader avec 57% des Américains qui considèrent qu’il gère mal le conflit Afghan.

La récente intervention des Etats-Unis aux côtés de la France a également bénéficié du soutien le plus faible depuis plus de 20 ans. Seuls 47% des Américains approuvaient l’intervention en Libye avant que celle-ci n’ait lieu. A titre comparatif les interventions en Afghanistan (90%) et en Irak (76%) ont bénéficié d’un très large soutien populaire (Gallup, mars 2011). L’intervention en Libye a ainsi été qualifiée de guerre la plus impopulaire jamais menée par les Etats-Unis.  Il existe donc une brèche pour les républicains. Une brèche ténue, tant le fardeau de  l’ère Bush semble dur à porter. La politique étrangère de Barack Obama a en effet été conforme à ses ambitions affichées en 2008.  Et les taux d’approbation sont sans communes mesures avec ceux de George W Bush en 2008. A l’époque 58% des Américains ne faisaient pas confiance à sa politique étrangère (Gallup, sondage du 6 au 9 mars 2008).

  

Mais une nouvelle dont les effets commencent déjà à s’estomper

Le boost de la popularité d’Obama commence à s’estomper

La mort de Ben Laden peut-elle influencer le cours de la campagne ?  Il semble que l’impact à long terme sur la candidature de Barack Obama pour les élections de novembre 2012 soit relativement faible. En règle générale, un tel évènement influence la popularité globale d’un candidat. Dans le cas présent,  la mort d’Ousama Ben Laden impacte surtout la popularité de Barack Obama dans le domaine des affaires étrangères mais peu d’un point de vue global. Certes, suite à la mort d’Ousama Ben Laden, la popularité de Barack Obama a connu un rebond de 6 points selon Gallup passant d’un taux d’approbation de 46% à un taux de 52% (Gallup, 4 mai 2011). Mais, ce rebond est cependant faible comparé aux effets sur  la popularité rencontrés par d’autres Présidents américains suite à de tels évènements. L’opération « Tempête du désert » en 1993 avait valu un rebond de 23 points à George H Bush, et le 11 septembre avait permis un rebond de 35 points à George W Bush (National Journal à partir de sondages Gallup).

Un effet moins fort et moins long que pour d’autres évènements majeurs dans le paysage international américain

Qui plus est, il semble que l’effet de la mort d’Ousama Ben Laden soit peu durable sur la popularité  de Barack Obama. En deux semaines seulement, Barack Obama est revenu à 46% dans d’approbation, soit un retour à la situation d’avant la mort d’Ousama Ben Laden. George W Bush avait profité pendant 105 semaines (2 ans et une semaine) d’un boost dans sa popularité suite au 11 septembre.  Ceux qui croyaient que la mort d’Oussama Ben Laden allait permettre à Barack Obama d’être réélu dans un fauteuil ont donc déjà tort. Pourquoi ? Parce que l’intérêt des Américains pour les affaires internationales s’est largement réduit : En effet, il ne reste plus qu’un conflit armé dans lequel les forces américaines ont des difficultés (Afghanistan) ; Par ailleurs,  le risque terroriste semble avoir été temporairement réduit (la tentative d’attentat sur le vol à destination de Détroit en décembre 2009 rappelle que le terrorisme est loin d’avoir été éradiqué) ; Enfin, le printemps arabe a peu affecté les Etats-Unis, et les Américains ne se sentent pas concerné par ces évènements, en témoigne l’impopularité de l’intervention libyenne.

Si ce ne sont pas les affaires étrangères qui vont déterminer le vainqueur de l’élection de novembre 2012 (sauf nouvel évènement majeur), d’autres paramètres et thèmes de campagne vont s’imposer au coeur de la campagne. Et au coeur de cette dernière, l’économie va tenir une place de choix  

L’économie au centre des préoccupations 

« It’s the economy stupid ! »

Cette phrase célèbre dans le paysage politique américain renvoie à l’élection en 1992 de Bill Clinton contre un George H Bush au sommet de sa popularité dans le traitement des relations internationales. Ce dernier vient de vivre des évènements majeurs sur la scène internationale qui en font un président très populaire. La chute de l’URSS et le succès de la première guerre du Golfe font alors de George H Bush un candidat considéré comme imbattable. Le directeur de campagne de Bill Clinton, James Carville répond alors par cette interpellation expliquant que M.Bush ne sera pas élu parce qu’il n’a pas correctement adressé les problématiques économiques des Etats-Unis qui entrent dans une période de récession.

En 2008, C’est aussi la situation économique qui a valu à Barack Obama de gagner les élections. En septembre 2008, à l’aube de l’élection du 4 novembre, Barack Obama et John McCain étaient au coude à coude dans les sondages, notamment suite à trois évènements : le positionnement dur de John McCain sur la guerre entre la Géorgie et la Russie,   la convention d’officialisation de la candidature de John McCain pour le parti républicain qui a été un succès, et enfin la nomination de Sarah Palin en tant que colistière.

En réalité, c’est la faillite de Lehman Brother et la nécessité de trouver un plan de sauvetage de l’économie et du système bancaire américain dans l’urgence qui  entrainent une chute de la popularité du clan républicain. A cela s’ajoutent les erreurs de communication de Sarah Palin très vite considérée comme incompétente. Matt Damon, acteur populaire américain, fera d’ailleurs une intervention largement diffusée sur l’angoisse qu’il a de voir Sarah Palin arriver aux fonctions présidentielles.

Et aujourd’hui c’est encore la situation économique du pays qui est au cœur des préoccupations des américains. Les quatre premiers sujets d’inquiétude aux Etats-Unis sont ainsi liés à l’économie :   L’économie en général (34% à 38% selon les partis), l’emploi (20% à 24%), le déficit budgétaire (8% à 17%) et le prix du pétrole (9% à 10%)

De même, 74% des américains sont très préoccupés par la situation économique. Au début du mois d’avril le gouvernement américain a frôlé la « closure », ce qui signifie que tous les services publics américains cessent de fonctionner en l’absence d’un accord sur le budget. La conjoncture économique et les risques encourus par la situation budgétaire des Etats-Unis ont contribué à effacer dans l’esprit des américains le succès que constitue la mort d’Oussama Ben Laden pour Barack Obama. 

 

L’économie,  sujet d’anxiété des américains  et  talon d’Achille de   Barack Obama

Cette anxiété forte de nos compatriotes se nourrit bien-sûr de la crise économique que Barak Obama a  dû affronter. Et, aux yeux des Américauns,  la  gestion de la crise l’équipe de Barack Obama a été plutôt un succès. En février 2009, soit trois semaines après l’intronisation de Barack Obama, 86% des Américains considéraient que l’économie était le principal motif d’inquiétude. Or, suite à son arrivée au pouvoir, cette inquiétude  dans l’opinion américaine a chuté en dessous de 60%. Une amélioration qui doit cependant être nuancée. Aux Etats-Unis, pendant l’ère Bush, seuls 20 à 40% des Américains -crise exceptée- se disaient inquiets par la situation économique (Gallup, 16 mai 2011).

L’inquiétude des Américains quant à la situation économique est donc en forte croissance, et les républicains l’ont bien compris. Depuis leur succès aux mid-term elections 2010, ils ont décidé d’affronter Barack Obama sur les questions de budget et d’économie, imposant des coupes fortes au budget proposé par Barack Obama.

Or sur ce point précis, la confiance en Barack Obama est plus faible. Alors qu’en 2009, 49% des Américains avaient confiance en sa capacité à traiter le déficit budgétaire, en janvier 2011, ils ne sont plus que 27% (Gallup, 9 février 2011). Sur les autres sujets économiques, Barack Obama ne bénéficie plus de la confiance des Américains : 60% des Américains ne croient pas en lui sur les questions économiques en général  et 54% ne le jugent pas à même de traiter le problème des taxes. 

***

La mort d’Oussama Ben Laden n’a donc pas eu d’effet miracle. L’élection présidentielle de 2012 (hors nouvel évènement majeur)  se jouera sur le terrain économique. Et,  il est certain que les républicains sauront se nourrir de la défiance des Américains vis-à-vis de la réussite de Barack Obama sur les questions économiques pour tenter de reprendre la Maison Blanche


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