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Fausse « neutralité » des programmes de SVT

Publié le 14 juin 2011 par Veille-Education

Est-il possible d’éduquer dans la neutralité ? Ici la question n’est pas de savoir si les sciences positives doivent être objectives, car là-dessus tout le monde s’accorde, mais de savoir dans quel contexte ces sciences peuvent présenter leurs résultats partiels, et comment elles peuvent échapper aux idéologies qui s’avancent masquées.

Il n’y a pas d’éducation dans la neutralité

Pour ma part, je ne crois pas que l’on puisse éduquer dans la neutralité. La question des valeurs doit être posée et discutée dès lors que l’on aborde des questions aussi essentielles que celles de l’identité des personnes, de la liberté, de la responsabilité et de la sexualité. Ce ne sont pas là des questions scientifiques au sens des sciences positives. Il serait bien naïf de penser que le discours scientifique puisse à lui seul répondre aux questions essentielles. Max Weber le disait avec vigueur dans sa conférence sur le métier de savant (1919) : « la science ne nous donne aucune réponse à la seule question qui nous importe : que devons-nous faire, comment devons nous vivre ? ».

Les sciences nous donnent les moyens de connaître objectivement le réel, de dominer techniquement la vie, de maîtriser la sexualité ; mais les sciences ne répondent pas à la question de savoir s’il faut le faire, et dans quel but. Or aucune éducation ne peut passer ces questions sous silence, aucune éducation ne saurait rester purement scientifique sans renoncer à ce qui fait le cœur de l’éducation : éveiller à l’intelligence du sens de l’existence. Passer sous silence les enjeux existentiels, c’est briser l’élan qui fait grandir un enfant, c’est lui donner le sentiment de l’absurde au lieu de lui donner le goût de l’avenir. Il faut donc cultiver l’interrogation sur le sens des découvertes scientifiques, sans taire les valeurs qui permettent de comprendre leurs enjeux, leurs limites, leurs conséquences aussi.

Les nouveaux programmes ne sont pas neutres

Les nouveaux programmes de l’éducation nationale n’échappent pas à cette exigence, et défendent des principes. Mais au lieu d’en présenter les fondements, au lieu de les nommer et d’inviter à les interroger, ils les font passer en contrebande, sous couvert d’objectivité scientifique !

Je cite : « La prise en charge de façon responsable de sa vie sexuelle par ce futur adulte rend nécessaire de parfaire une éducation à la sexualité qui a commencé au collège. Ce thème vise à fournir à l’élève des connaissances scientifiques clairement établies, qui ne laissent de place ni aux informations erronées sur le fonctionnement de son corps ni aux préjugés. Ce sera également l’occasion d’affirmer que si l’identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l’orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée. » (c’est nous qui soulignons)

Quelle est cette « responsabilité » dont on parle ici ? Est-ce la liberté individuelle érigée en principe ? Et comment la différence entre l’identité et l’orientation sexuelles pourrait-elle être une connaissance scientifique ? Sinon par une confusion et une malhonnêteté criantes ? Derrière ces mots se cachent des principes qui sont loin d’être neutres, tels que « le droit à la différence » ou « la liberté individuelle comme principe absolu », si ce n’est l’exigence sanitaire d’une société aseptisée.

Aucun programme n’est neutre, mais ceux-ci masquent les principes qu’ils imposent.

Les nouveaux programmes sont réductionnistes et relativistes

Chacun sait que le présupposé non scientifique de toute science est le réductionnisme : les sciences positives doivent s’en tenir aux faits. En se réclamant des sciences, le programme érige ce présupposé en principe : « l’homme n’est que ». L’homme n’est que le résultat d’une longue évolution ; l’homme n’est qu’un assemblage hasardeux au terme d’une migration aléatoire ; la sexualité n’est que la rencontre occasionnelle des corps et des gamètes selon des modes que la technique maîtrise Un tel réductionnisme conduit au relativisme : tout se vaut, tout est possible. Si l’homme et la sexualité ne sont rien d’autre que ce que la science et la technique peuvent en dire, alors le reste est sans importance et peut être indifféremment n’importe quoi. Or voilà ce qu’affirme aussi l’« idéologie du genre » : il n’y a pas d’autre norm dans la vie sexuelle que celle que chacun veut se donner.

En refusant d’inscrire la sexualité dans une conception plus large de la personne, qui prend en compte la vie sociale, la culture, voire la finalité de nos actes, au-delà des choix individuels, les nouveaux programmes ne sont pas neutres, ils sont réductionnistes et relativistes. Ils instillent le sentiment de l’absurde dans la conscience des élèves. Est-il possible d’éduquer dans ces conditions ? Il est urgent de répondre non.

Arthur Craplet est professeur de philosophie.
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