Magazine Journal intime

Déveines en série : atypique jusqu'au bout

Par Isabelledelyon

Me voici de retour chez moi après une longue journée. Tout s'est très bien passé à part quelques petits soucis de logistiques...

Mercredi soir, veille de mon opération, nous attendions l'arrivée de ma soeur. Elle vit à Paris et devait prendre un TGV pour nous rejoindre à Lyon. Elle voulait être à mes côtés pendant ces quelques jours. Je lui avais confié la charge de mes deux filles, 6 et 9 ans.

Elle m'informe que son train a plus de 20mn de retard, rien d'inquiétant, c'est devenu, hélas, assez fréquent. Elle démarre enfin mais 30mn plus tard, me prévient que son train est à l'arrêt. Un corps est sur les voies. Après vérification, il s'agit bien d'un homme mort. Impossible d'avancer tant que le procureur ne donne pas son feu vert et ça peut prendre 4H. Il est déjà 20H.

Finalement après plus d'une heure à l'arrêt, le train fait marche arrière, il revient sur Paris et reprend sa route direction Lyon sur des voies pour des vitesses normales. Elle n'arrivera pas avant 1H ou 2H du matin. On laisse nos clés à un bar, je garde mon portable allumé au cas où et je m'endors.

En plein milieu de la nuit, mon portable joue sa musique endiablée. Ma soeur cherche à me joindre. Il est 01H45. Elle est dans le hall de mon immeuble, l'ascenseur est bloqué au 5ème étage et la clé permettant d'accéder aux escaliers n'est pas sur le trousseau qu'on lui a remis.
Mon mari débloque l'ascenseur, porte mal fermée. Elle peut enfin monter et aller se coucher.

C'est dingue cette histoire de mort juste le soir où nous l'attendons car j'ai besoin d'elle. Peut-être que si son train avait été à l'heure, elle serait passée avant que le corps soit sur les voies. On peut dire que nous n'avons vraiment pas de chance. Elle aura une nuit très courte.

Je me réveille très tôt, je dois être à 7H à l'hôpital. Ma mère vient me chercher à 6H30, nous partons toutes les deux. Déjà beaucoup de monde se presse autour de l'entrée. Je monte au service ambulatoire. Je dois prendre un ticket et je patiente. Je suis enfin dirigée vers ma chambre. Je m'installe. L'infirmière m'apprend que je ne passerai qu'à 12H30. Il ne reste plus qu'à patienter. J'aurais préféré passer le plus vite possible. Ma chirurgienne doit certainement s'occuper en premier des urgences, ceux pour qui l'analyse des prélèvements doit se faire le plus rapidement possible. C'est toujours bon signe l'absence d'urgence mais passer ma matinée entre ses 4 murs à jeun, je m'en passerais. Ma soeur nous rejoint après avoir déposé mes filles à l'école. Nous passons les heures à papoter. J'apprécie leur présence, nos discussions me font oublier l'imminence de l'opération.
Elles repartent vers 11H-11H15 pour aller déjeuner avec mes filles.

Mes filles sont perturbées par cette énième intervention. La veille au soir, la plus jeune a pleuré à table en disant qu'elle ne voulait pas que j'aille me faire opérer. Deux nuits auparavant, l'aînée a très mal dormi, s'est levée aux aurores, m'a envoyé un petit sms pour me dire qu'elle m'aime. Je sens leur angoisse, j'essaye de les rassurer. Le matin, lors de mon départ matinal pour l'hôpital, elles sont déjà debout toutes les deux, habillées et se pressent dans mes bras. Je sens qu'elles aimeraient me retenir. Je les aime tellement fort. Je leur dis que je ne pars que pour la journée. Je serai vite de retour. On ne va rien me faire de bien méchant.

Je me retrouve seule dans ma chambre. Je surfe un peu sur le net avec mon iphone. Le temps de lire vos messages d'encouragements et d'apprendre la terrible récidive de David Servan Schreiber. L'infirmière entre, me donne mon cachet de prémédication qui doit me faire planer, me colle un patch Emla sur le dos de la main droite, là où l'anesthésiste doit me piquer. Elle me demande d'aller me changer pour enfiler cette magnifique blouse en papier bleu marine et m'apprend que le bloc avait oublié de la prévenir mais l'heure de mon opération est avancée, on va venir me chercher.
Je me change, je mets toutes mes affaires dans un placard à code et voici le brancardier. Il doit être 11H30. Je devine que ni le patch, ni le cachet ne vont avoir le temps de faire beaucoup d'effet! D'ailleurs je ne sens rien du tout alors que d'habitude avec ce cachet, je dors à moitié, je ne suis plus en possession de tous mes moyens.
Nous voilà partis pour une petite balade en lit, j'ai bien rehaussé le dossier pour en profiter. Ce n'est pas tous les jours qu'on utilise ce moyen de locomotion. Manque de chance, le bloc est juste au bout de mon couloir. Ma promenade aura été de très courte durée. Les portes automatiques s'ouvrent, je sens ce froid glacial souffler sur moi. Je me blottis sous ma couverture. Le brancardier m'en propose une seconde, je refuse, ça ne sert à rien, je vais dormir dans quelques minutes. J'ai droit à la superbe charlotte pour compléter mon accoutrement. Il me demande si je ne suis pas trop stressée. Bizarrement, je ne le suis pas du tout, j'attends même avec impatience que ça soit fait. J'assiste en tant que spectatrice à cet enchaînement de routines.

Me voilà parquée, à côté d'un autre lit occupé par un monsieur, une sorte de clone, même tenue. Nous sommes dans une alcôve donnant sur un couloir très fréquenté par le personnel médical des blocs, en tenue adéquate. Tous les deux nous les regardons déambuler, attendons qu'on vienne nous chercher. Plusieurs personnes veulent éteindre notre plafonnier, je refuse, nous aurons bien le temps de dormir après. Ça fait rire le monsieur d'à-côté. Nous échangeons quelques mots. Il n'a pas l'air tendu non plus, juste contrarié que son opération ait pris une bonne heure de retard. Moi j'ai de la chance, elle a pris une heure d'avance.

Mon anesthésiste arrive, c'est bien celui de la semaine précédente mais aujourd'hui il évolue masqué. Il tapote ma main pour palper mes veines, je l'informe qu'on vient seulement de poser le patch. Il l'enlève, s'excuse et me perfore la main pour me poser son cathéter puis il m'abandonne.

Enfin on vient me chercher et me voilà au bloc. Je ne sais pas comment ils font tous pour être habillés en tenue à manches courtes dans un froid pareil, un vrai frigo et dire qu'ils y restent des heures. Je retrouve ma chirurgienne. Elle vient tout de suite me parler, me rassurer. Je ne me fais aucun souci, je sais qu'elle va faire au mieux comme toujours, j'ai entièrement confiance en elle. On m'installe les bras sur des supports, on me cale la tête. On me place des électrodes partout, on commence à m'enlever à moitié ma super chemise bleue. J'ai eu droit dès mon entrée, à une couverture hyper chaude. Et hop le masque sur le nez et la bouche, j'inspire, j'expire, j'inspire, j'expire et à moi les éléphants roses....

elephantsroses

Je me souviens à peine de mon réveil, j'ai ouvert un oeil alors que mon lit était aligné au milieu d'autres lits. Quelques instants plus tard, je suis dans ma chambre. Je dors sans discontinue. Ma mère et ma soeur arrivent dans l'après-midi. Elles bavardent mais je n'écoute que d'une oreille, je dors à moitié. Je déteste être dans cet état léthargique comme si mon cerveau fonctionnait normalement, était parfaitement éveillé alors que mon corps est complètement endormi.

On m'amène un plateau repas, j'ai choisi sucré, j'ai du pain, de la confiture, un café, de l'eau, une compote. De quoi reprendre un peu des forces. J'engloutis tout.
Ensuite, je dois m'habiller, signer un bon de sortie, mon accompagnante aussi. N'oublions pas que je suis une mineure pendant 24H. En quelques minutes, me voilà habillée, avec mon sac dans le couloir. Ma mère et ma soeur sont obligées de me rattraper. On ne se refait pas. Bien que physiquement je sois à deux à l'heure, mon esprit va à cent à l'heure. Je suis tellement impatiente de rentrer chez moi.

Nous devons retourner au bureau du matin, prendre un ticket, signer le bulletin de situation et direction le cabinet de ma chirurgienne qui m'a demandé de passer avant de partir.

Comme tous les jours où elle opère, elle a pris du retard, 1H30 sur l'horaire prévue. La salle d'attente est comble, il reste un seul siège, je me l'octroie, je ne pourrai pas tenir bien longtemps sur mes deux pieds sans vaciller. Elle libère une patiente et en reprend une autre aussitôt. Cette consultation me semble durer une infinité. Je rêve de mon lit, de ne plus être obligé de lutter pour maîtriser mon corps qui n'aspire qu'au repos.
Il se passe bien 20mn, elle ressort et m'appelle alors qu'une dame en salle d'attente commençait à attraper toutes ses affaires pour la suivre. Je file avec elle dans son cabinet. Elle m'explique ce qu'elle a fait, me change mon pansement. Je n'ai pas du tout mal, vraiment aucune douleur. Je sens bien que ça tiraille mais ça ne me gêne pas du tout. Elle a bien enlevé la cicatrice, gratté un peu plus là où se trouvait un petit nodule cicatriciel un peu plus dur mais elle n'a pas tout enlevé pour ne pas trop amocher mon sein. Elle est très douce, pleine de compassion pour moi. Me souhaite de rentrer vite chez moi pour me reposer.

Ma mère et ma soeur sont restées dans la salle d'attente. A peine suis-je entrée avec ma gynéco, que toutes les femmes ont braqué leurs yeux sur elles et leur ont demandé à quelle heure j'avais rdv. Elles ont expliqué que j'avais été opérée le matin. Moi j'y suis depuis 7H du matin, je les bats toutes... Je n'ai aucun passe droit, bien au contraire, je préférerais mille fois être assise avec un bon bouquin comme elles, en ayant tous mes sens en éveil et non pas anesthésiés comme c'est le cas.

Nous repartons toutes les trois. Elles me racontent une autre mésaventure survenue pendant la pause déjeuner. Alors que ma mère était partie devant chercher la voiture, ma soeur et mes filles montent dans l'ascenseur et elles se retrouvent bloquées toutes les trois dedans.

Les travaux de mise aux normes ont eu lieu la semaine dernière à notre demande pour que je puisse avoir un ascenseur en état de fonctionnement à mon retour de l'hôpital. Depuis ces travaux, l'ascenseur s'est bloqué deux fois. Ma soeur et mes filles vont finalement rester coincées près de 30mn avant que mère et mon amie arrivent à faire repartir l'ascenseur. Mon mari a prévenu la société de maintenance. Elle est passée et a décidé de couper l'ascenseur jusqu'au lendemain pour entreprendre les réparations nécessaires.

Je n'aurais pas d'ascenseur pour rentrer chez moi. J'habite au 5ème étage. Il fallait bien évidemment que ça tombe juste aujourd'hui. Mon mari me propose de me porter. Je n'écoute personne, je me sens capable de faire l'ascension, je veux mon lit, me reposer, ne plus devoir lutter contre mon propre corps.
A mi-chemin, dans les étages, j'entends des rires joyeux, mes filles descendent à toute allure pour me serrer contre elles et m'embrasser. Nous reprenons notre ascension.
J'abandonne tout le monde dans le salon, je peux enfin dormir, baisser la garde.

Chacune de mes filles viendra par intermittence me faire un petit bisou et m'observer. De toute façon je n'ai pas un bon sommeil, il n'a rien de naturel. Je ne fais qu'enchaîner sommeil et réveil. Vers 22H, je me sens mieux, je me lève, un bol de bouillon avec des pâtes préparées avec amour par mon petit mari sauf qu'il s'est trompé, au lieu de mettre des cheveux d'ange ou des pâtes alphabets, j'ai des coquillettes au blé complet dedans. Nous en rions. J'en prends deux bols, une compote et je retourne me coucher. Je n'ai eu le courage que de me brosser les dents. Pour le corps badigeonné de bétadine, je verrai demain. Je n'ai toujours pas mal.

J'ai passé ma nuit à me réveiller toutes les deux heures, à boire, à me tourner. J'étais contente d'arriver enfin au matin et de me sentir un peu plus normale. J'ai pu prendre mon petit déjeuner en famille. J'ai pu me doucher. Je n'ai pas le droit d'enlever le pansement avant demain donc j'ai du me débrouiller entre la douche, le gant et la baignoire pour arriver à me laver de la tête au pied et enlever toute trace de bétadine.

Je suis vraiment heureuse que ça soit derrière moi. Je devine au pansement que mon téton a légèrement changé d'axe. J'attends demain pour mieux voir sans pansement mais je suis pratiquement certaine qu'il va falloir réparer ce qui vient d'être fait sur mon sein pour que mes deux seins conservent un aspect symétrique et homogène. Je n'ai pas mal. Par contre je me sens fatiguée. Je suis arrêtée jusqu'à la fin de la semaine prochaine. Je dois retourner voir ma chirurgienne dans trois semaines.

Il ne reste plus qu'à espérer que l'analyse de ce prélèvement ne révèle rien d'autre que de l'hyperplasie mammaire atypique. En attendant, je profite de ces jours de repos.

Je plains ma soeur qui n'a vraiment pas eu de chance entre le train coincé par un mort et bloquée dans un ascenseur avec mes deux filles pendant une demi-heure... Ça nous fera des souvenirs originaux. Il faut toujours que mon histoire sorte du cadre normal, toujours atypique...


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