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Théâtre : “Le Moche” de Marius Von Mayenburg ; “Fin de Partie” de Samuel Beckett

Publié le 18 juin 2011 par Alex75

 Théâtre : “Le Moche” de Marius Von Mayenburg ; “Fin de Partie” de Samuel Beckett   Théâtre : “Le Moche” de Marius Von Mayenburg ; “Fin de Partie” de Samuel Beckett

Marius Von Mayenburg, Le Moche, Théâtre du Rond-Point, 28 avril - 22 mai 2011 

Quatre personnages sur scène nous entraînent une heure durant dans une intrigue absurde et qui pourtant dit quelque chose de juste de l’homme moderne. Le personnage de Lette apprend tardivement de son entourage qu’il est d’une laideur repoussante et il accepte de se refaire complètement le visage et se métamorphoser en un homme d’une élégance irrésistible. Hélas, le succès de sa nouvelle beauté est telle que nombre de gens veulent adopter les mêmes traits au point que le personnage finit par perdre sa propre identité réfractée chez autrui et par souhaiter retourner à sa laideur première à jamais perdue. 

L’intrigue assez simple mais bien menée permet d’innerver l’ensemble de la pièce ; elle est surtout le lieu d’une succession mordante de répliques savoureuses qui est un premier ressort comique réussi. L’absurdité de certaines scènes, notamment celle de la chirurgie esthétique, qui ne va pas sans une certaine satire du monde contemporain obsédé par l’apparence, ajoute au comique une dimension un peu plus inquiétante mais sans tomber pour autant dans une gravité facile ; et l’action rebondit sans cesse grâce à la dextérité avec laquelle l’auteur échange les lieux et les rôles puisqu’un personnage peut brutalement passer d’un rôle à un autre et dans un lieu différent. 

Et pourtant, il y a bien de graves questions qui sont soulevées en filigrane dans un tel spectacle : la première est celle de l’identité : suis-je ce que les autres pensent de moi et dois-je me hisser au niveau de leur désir ? La pièce semble nous dire que l’adulation des autres aboutit au final à la perte inéluctable de soi. Plus largement, c’est la question du rapport de soi à l’autre qui est posée et notamment celle de l’amour puisque le personnage de Lette, devenu Apollon, ne sait plus pourquoi ni par qui il est aimé ni s’il ne s’est pas transformé en un pur objet esthétique. Le personnage, dans sa beauté factice, se fait réclame publicitaire pour les intérêts de son patron et apparaissent aux yeux des spectateurs les excès d’un matérialisme capable de se construire sur mesure des identités humaines. Enfin, la chute de la pièce où celui qui était adulé se trouve finalement détrôné par ses rivaux qui ont eux aussi désiré acquérir son visage, met en scène l’éternelle roue de la Fortune qui entraîne dans sa course lente ou rapide les destinées humaines à elle attachées. 

Au final, cette pièce présente un réel intérêt. L’action manque parfois un peu d’épaisseur mais elle parvient encore une fois à donner une dynamique à une représentation qui reste enjouée, impertinente et parfois d’une absurdité qui joue avec l’angoisse.     

            Christian. 


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