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Une défense mesurée du redoublement

Publié le 21 juin 2011 par Veille-Education

Hugo Jacques
J’aimerais apporter mon témoignage. Je félicite et remercie ceux qui le liront jusqu’au bout, d’autant qu’il est un peu décousu.
Dans le collège où j’enseigne, où la direction est plutôt jeune et ambitieuse, et applique fermement les consignes du rectorat, le redoublement n’est proposé qu’aux élèves faibles, mais méritants. On en exclut les élèves intenables, violents, qui perturbent les cours de manière grave. Ces élèves, en fin de 3ème, ont généralement une orthographe proche de celle d’un élève de CE2 et présentent des difficultés de compréhension considérables, sans pour autant souffrir de déficience intellectuelle reconnue. Simplement, ils n’ont à peu près rien lu depuis leur enfance, ne se sont presque jamais concentrés, et ont rarement réfléchi sur une quelconque question abordée en cours. Comment pourrait-on le leur reprocher ? Après tout, ils n’ont jamais eu besoin de le faire pour passer en classe supérieure, et comme dit La Rochefoucauld, « On acquiert rarement une qualité dont on peut se passer. » Le collège, lui, fait systématiquement passer ces élèves qu’il qualifie d’irrécupérables en avançant deux raisons derrière lesquelles il se cache :
La première : celle de l’expérience. Le collège a, par le passé, fait redoubler des élèves au même profil intenable, insolent et très perturbateur, qu’il a fait redoubler, mais qui n’ont pas changé d’attitude durant cette année de redoublement ; on estime donc que la probabilité est grande pour que tous les élèves dans leur genre n’en retirent rien non plus. On les laisse donc systématiquement passer en classe supérieure, même si leur moyenne brevet (français / maths / histoire-géo) est de 3/20. Leurs aînés leur ont donc acquis les portes de la classe supérieure sans effort.
Seconde raison : celle de la gestion de l’élève. Il vaut mieux devoir supporter un élève épouvantable quatre années, plutôt que cinq ou six s’il redouble. Dans l’intérêt des autres élèves, mais aussi des professeurs et de l’administration elle-même, on fait donc passer l’élève en classe supérieure pour qu’il gêne le moins de classes possible durant ce qui sera sa carrière de cancre / racaille. Certes, pour se donner bonne conscience, le conseil de classe distribue de fameux « avertissements de travail » ou « de comportement » qui ne portent pas vraiment à conséquence : du moment que l’élève reste dans les limites, qu’il ne commet pas l’irréparable, il ne sera jamais exclu. Et s’il ne se met pas à travailler, eh bien, il sera averti en ce sens du premier trimestre de la 6ème au dernier de la 3ème, et ne s’en souciera pas plus que de colin-tampon.
En aucun cas la fin de l’année ne peut être présentée à l’élève qui ne travaille pas comme une échéance à garder à l’esprit. En aucun cas un redoublement ne peut être présenté par le professeur principal comme une éventualité, une conséquence, un risque (eh oui) si jamais l’élève ne se met pas au travail. Interdiction totale de dire, en cours d’année, à un élève perturbateur et qui ne travaille pas que s’il ne prend pas le cours en note, s’il ne se met pas à faire des devoirs et à apprendre ses leçons, alors il n’aura aucune chance de passer en classe supérieure et redoublera. Au contraire, le redoublement doit être compris par tous comme une chance, destinée et accordée aux élèves qui se comportent bien, et qui travaillent sans réussir.
« Les élèves insupportables et qui ne travaillent pas ne redoubleront pas. » Insinuez ce beau précepte dans l’esprit d’un enfant un peu livré à lui-même, un peu agité, un peu influençable… et interrogez-vous sur ce que l’on peut en retirer, et sur ce qu’il y a d’incitatif et de déresponsabilisant dans ce discours.


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