Magazine Journal intime

Ralentissements prévus

Par Pierre-Léon Lalonde
Les semaines se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Après la semaine de fou du Grand-Prix, je me doutais bien que celle qui viendrait après serait un triste retour à la réalité. J’ai songé ne pas prendre la route et relaxer un peu, finalement je suis allé chercher le taxi en décidant tout de même de prendre mon gaz égal.
Avec les conditions pitoyables de circulation, on n’a pas tellement le choix de prendre notre mal en patience. Il y a tellement d’entraves de toutes sortes que ça en devient gênant envers les clients. On se perd en excuses, en explications, en doléances, j’en viens presque à m’ennuyer des conversations sur le temps qui fait.
C’est vrai, que les courses sont beaucoup plus longues et par le fait même plus lucratives, mais d’un autre côté, les soirs plus occupés on fait beaucoup moins de clients. Ce n’est donc pas tellement plus avantageux. En ce qui me concerne, travailler dans ces conditions joue pas mal sur ma santé mentale. C’est bien connu Pierre qui roule, n’amasse pas mousse...
Fait que mercredi, je me suis accroché les pieds chez mon ancienne coloc Stéphanie pour regarder la dernière partie de hockey de l’année. On s’est entendu que la coupe (qui ne sent pas grand-chose finalement) n’a jamais été aussi hautement portée à bouts de bras. Maudit Chara à marde!
Le lendemain, je suis passé tout droit. J’ai appelé le patron pour lui demander de me cacher les clés du taxi à l’endroit prévu et j’ai redormi une autre heure avant d’aller chercher le véhicule au garage. Bah! tant qu’à me retrouver prit dans un bouchon pendant trois quarts d’heure avant de trouver un passager. D’ailleurs avant de m’y mettre, je décide d’aller saluer mon camarade Rondeau qui se débrouille aussi bien avec sa progéniture qu’avec les mots. Comme c’était l’heure du bain, je suis retourné dans mon taxi, patauger dans les rues de la ville.
En fait, je me suis trouvé un petit poste pas trop passant et bien éclairé par les réverbères pour poursuivre la lecture d’un livre qui m’a complètement éjecté de Montréal pour m’amener sur une île isolée de l’Alaska. Sukkwan Island de David Vann. Un père, son fils, la nature impitoyable, un drame et un client qui veut aller ailleurs me ramenant à la réalité.
Vendredi c'est le soir béni où les chauffeurs font le plein de clients. Il fait beau, y’a du monde et après une course honteusement allongée par la catastrophique vente trottoir du boulevard Saint-Laurent, je vais stationner le taxi dans le Quartier Latin et vais bouffer avec Stéphanie avant d’aller voir Bernard Adamus aux Francofolies. Ben quoi? On prend ça relaxe ou on ne le prends pas? Non?
Je ne suis pas très friand des bains de foule, mais une fois n’est pas coutume. Ça a fait du bien de se remplir les oreilles et les yeux de cet artiste atypique qui ne semblait quand même pas tout à fait à l’aise sur cette grande scène. C’était quand même très bien.
Tout comme le reste de la veillée. Les courses se sont multipliées et les gens étaient gentils. À la fermeture des bars, il pleuvait averse dans le Village, mais c’était sec sur le Plateau. J’ai fait deux fois l’aller-retour dans ces conditions atmosphériques déroutantes. Le ciel s’est éclairé plus d’une fois, mais c’est le son du grincement d’un frein qui me titillait l’oreille. J’ai quand même regardé le jour se lever sans trop penser au lendemain.
J’aurais peut-être du. Le grincement s’est rapidement mué en grognement métallique, un crissement crissement insupportable. J’ai perdu mon samedi, c’était comme écrit dans le ciel.
J’n’en ai pas trop fait de cas. Je suis revenu chez moi dans le taxi d’un jeune nord-africain à sa première année à tourner en rond. Je l’ai écouté raconter enthousiaste ses déambulations nocturnes. Rafraichis par ses propos, je suis monté prendre une douche et j’ai fini mon samedi au lit sur une île isolée d’Alaska.
Montréal peut attendre encore quelques heures...

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