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Indigné-e-s lyonnais-es, mais surtout candides parfois

Publié le 21 juin 2011 par Chezfab

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Oui ce texte va me faire passer pour un gros con pédant, mais j’assume cela sans trop de problème, surtout que la calomnie est toujours le meilleur moyen pour s’éviter de réfléchir.

Voilà, je fais « partie » des indigné-e-s lyonnais-e-s depuis quelques temps déjà (le début en fait, autour du 22 mai 2011) et j’ai participé autant que j’ai pu (une vilaine angine ayant décidé que je devais lever le pied une petite semaine) avant de revenir sur la place dimanche dernier (19 juin).

J’avais envie au départ de m’investir plus, d’être là pour donner de mon temps et recevoir des autres, d’être dans la construction de quelque chose de plus grand que le simple « Indignez-vous » de Hessel (lui-même le dit que ce livre n’est qu’un premier pas, mais son ralliement à Hulot me fait penser que ce pas est surestimé par beaucoup). De construire une réelle contre offensive citoyenne face à ce système capitaliste et oligarchique (les deux allant de paire de toute façon). Oui, j’en avais réellement envie.

Mais j’ai du suivre pendant quelques jours le mouvement de loin, en particulier par son site « officiel » : Lyon Réelle Démocratie Maintenant. Et sur Facebook (je vous laisse chercher la place… heu la page).

Et là j’ai réellement halluciné pendant une semaine. Déjà par le manque de recul politique des participants, qui acceptent tout sans se poser de question. La Présence de l’UPR ne les inquiète pas plus que cela, celle des Raëliens non plus, celle de Solidarité et Progrès non plus… Comme si, au final, ces mouvements pouvaient être classés dans les progressistes ! Mais c’est « un rassemblement citoyen » et comme on me l’a dit on doit « pouvoir entendre tout le monde ». Certes, entendre pas de souci, mais laisser la main pour qu’ils fassent leur propagande, là je le vois moyen personnellement. J’avais confiance dans la capacité du groupe à se poser les questions qui fâchent sur chaque intervenant-e, mais non, ce ne fut pas le cas pour ceux ci-dessus. On a même eu le droit à la Scientologie ! Parce qu’a force de confondre « liberté d’expression » et « respect des opinions » avec « interdiction de critique », on tombe dans un sacré travers ! Et c’est ce qui se produit en ce moment : tous le monde peut parler, mais si quelqu’un « parle contre » un peu fort, on fait jouer le « groupe contre le méchant qui ose dire du mal d’autres indigné-e-s »… Assez étonnant à observer, surtout que c’est, je le crains, fait de façon assez inconsciente.

Par contre, attention, au nom de la non-récupération, la chasse aux « anarchistes » est ouverte ! Là on ne laisse rien passer, allant jusqu’à pondre un communiqué de presse digne des grandes heures de sainte Royal prié pour nous : Le communiqué de presse des Indigné-e-s de la Belle Cour. Mais n’est ce pas en fait une envie d’orienter clairement le mouvement vers quelque chose de mou, de réformiste, conforme aux attentes du PS, du Front de Gauche ? Je le crains sincèrement. Et comble de l’humour, cela donne ensuite en AG « ha ben merde alors les politisés ils ne veulent pas venir, voire ils nous méprisent »… Faut-il s’en étonner quand on lit un tel discours comme étant « le discours fédérateurs de l’indignation » ?

Et c’est donc adossé à ce communiqué de presse que l’envie de « planter un camp » devrait être portée. Le plus drôle : cela fait des jours que j’entends des personnes me certifier que « quand le camp sera à l’ordre du jour, nous serons bien plus parce que certains n’attendent que cela pour venir et faire masse ». Ben, pour être un peu trivial, désolé, mais cela n’a pas été le cas. Je n’étais pas présent, étant à la Gay Pride dans le même moment, mais les images que j’ai pu voir m’ont faites un peu sourire quant à la « masse »…. Des photos ici. Non ils ne voulaient pas attendre la fin de la Pride (où se trouvaient quelques Indigné-e-s) ou d’autres manifestations qui avaient lieu en même temps à Lyon (6 au total) ce jour là, non, il fallait « y aller et foncer vite vite vite » pour montrer, dans une sorte de virilisme consumé, de quoi nous étions capables. Super… Résultat des courses : les pandores présents ont gentiment (enfin non pas gentiment) mis tout le monde dehors, et viré / cassé / explosé le matos. Très honnêtement, il faut être candide pour penser que cela allait se passer autrement !

Mais là, nous tombons assez bas avec un texte comme celui-ci : où quand on découvre que dans notre pays, ben les policiers ne sont pas des gentils tout le temps …. Je me demande si je dois en rire ou bien en pleurer. J’avais d’ailleurs rédigé un commentaire un peu « assassin » de ce texte (sur un coup de colère) qui est toujours censuré par la modération du site. Modération qui n’a pas de réelle légitimité (elle n’a pas été votée ni évoquée lors des AG), site qui est tenu par « on ne sait qui » et qui a donc une modération ne relevant que de son choix arbitraire. Les forums c’est « open » mais pas les commentaires… Au nom de quoi ? La « réelle démocratie » est donc aussi peu transparente que l’actuelle ? Idem pour la page Facebook.

Mais sur le fond, ce qui m’inquiète le plus c’est que l’indignation de certain-e-s semble venir de petits problèmes personnels plus que de la société, du système. C’est le cas dans ce texte. Car quand on vit en France, comment ne pas se sentir en Etat fort et dur, raciste ouvertement, injuste, militariste, flicailleux ? Comment ignorer les expulsions, les matraquages en règle, les bavures policières toujours couvertes ? Comment peut-on sincèrement continuer à croire que le système policier est au service du citoyen en France ? Comment oublier les lois d’exeptions qui permettent le pire (LOPPSI2 et autres) ? C’est de la candeur, mais cette candeur est un peu dangereuse quelque part. Certes, on peut aussi y lire du second degré, mais je n’y crois pas.

Pour couronner le tout, et démontrer quand même la joie de l’infiltration par les mouvements complotistes (que ce soit « Nouvel ordre », Zeitgeist, ReOpen911, etc…), il suffit de voir sur le site un appel à lire une réponse de Zeitgeist. C’est publier tel que, sans raison (le site n’avait pas fait de remarque sur le mouvement, ni sur quoique ce soit lié à Indymédia). Mais ce qui me dérange le plus, c’est le manque de réponse à ce texte ! Rien, pas un mot, pas une remarque sur le fond de ce qu’est Zeitgeist… A moins que là aussi les commentaires ne passent pas … Et la phrase dans un commentaire qui dit « Mis à part ce point important, dans son ensemble, ce texte me semble aller dans le bon sens : remettre en question l'individu plutôt que le système. » porte l’un des problèmes de cette place, l’incapacité à identifier le système, de le dénoncer clairement et de lui donner un nom, pire, l’idée qu'en changeant seulement l'individu, tout ira mieux. Très religieux tout ça...

Bien entendu ce billet souligne le pire, et n’est pas forcément positif dans le sens ou je cherche à souligner ce qui m’éloigne pour un temps du mouvement des indigné-e-s. Je repasserai de façon parcimonieuse, de temps en temps, mais ne m’impliquerai plus comme j’ai pu le faire dans le passé. Trop de récupération, trop d’envies de mélanger cela à la campagne présidentielle de 2012 (la plateforme, le marche pied du Front de Gauche / PS ?), trop de manque de recul (au point d’être même sujet à des mails d’insultes, anonyme, parce que je me présente comme anarchiste). Il reste à ce mouvement à apprendre, et j’espère qu’il apprendra de ses erreurs. Car des personnes formidables sont aussi présentes au cœur de tout cela, donc je ne désespère de rien, même si je m’éloigne.

Reste que personnellement, les Indigné-e-s pour moi ne se résument pas à ce qui semble faire l’unanimité à Lyon, c'est-à-dire une sorte de grand repas de famille dans un camp (ou autour d’une soupe populaire), sorte de thérapie de groupe à la sauce légèrement complotiste. Il faut donc, à mes yeux, réellement que la majorité du mouvement lyonnais se réveille et se mette en branle.

Les idées politiques d’ampleur meurent souvent d’une chose : le refus des participants de se voir comme politiques, comme force de vie dans le sens « reprendre sa vie en main ». Le risque, sur Lyon, est bien que les indigné-e-s ne disparaissent parce qu’ils se transformeraient en organisateurs de festival et de soupe populaire / repas commun, plus qu’en réel contre poids politique et social.

Des priorités sont à se fixer quand on veut changer le monde, et la première d’entre toute est surement de commencer par s’interroger sur le moyen de faire un pas de côté, cessation, rupture avec l’existant. Ce n’est surement pas en ne vivant que de la récupération du système et de son mode de dialogue (presse, internet, festival de musique) que la rupture peut se faire. Elle doit se faire aussi par la peur que doit installer pour le pouvoir, le système et l’oligarchie ce peuple qui se dit indigné.

Je sais que ce texte ne va pas plaire, et qu’il sera vu comme négatif et anti. Mais l’autocritique (car si cela prend cette route j’en porte du coup aussi une part de responsabilité) est toujours nécessaire pour ne pas tomber ni dans l’autosatisfaction, ni dans l’angélisme.

Je continue donc à suivre cela, d’un peu plus loin voilà tout.


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