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Plaie d’argent n’est pas mortelle. Mais faut pas pousser non plus.

Publié le 29 juin 2011 par Copeau @Contrepoints

Plaie d’argent n’est pas mortelle. Mais faut pas pousser non plus.

Les sujets rigolos, dans l’actualité, ne manquent pas. Je pourrais (facilement) me moquer des paléosocialistes qui entament leur primaire avec la danse du dinosaure lillois. Je pourrais me gausser des arcanes juridiques du procès Chirac dont tout indique qu’il va terminer en jus de boudin. Je pourrais aussi reprendre la petite joute poussiéreuse entre Joffrin et Le Pen, dont le niveau de cour d’école illustre très bien la valeur moyenne du débat politique en France. Mais voilà …

D’une part, je suis un peu débordé. C’est actuellement assez difficile de remplir un billet par jour. Et puis bon : on ne peut pas se contenter de chroniquer une info, généralement bien pathétique, y ajouter le mot « concombre fadasse » et espérer amuser la galerie.

(Encore que j'admets la tentation grande lorsqu'il s'agit de Martine Aubry, mais j'ai dit que je n'en parlerais pas, je m'y tiens.)

D’autre part, il faut se rendre à l’évidence : l’actualité, la vraie, celle qui fait et va faire le quotidien des gens normaux, loin des petits-fours gratosse d’une République incontinente de ses deniers, cette actualité là n’est guère réjouissante.

L’histoire est une application parfaite des principes de base de la gestion de projet.

Le sujet de base concerne ici la gestion de la crise bancaire dont l’évolution n’en finit plus de faire des remous un peu partout.

Tout commence par l’enthousiasme, très vif, de certaines banques à vendre des crédits aussi farfelus et compliqués que possible, aiguillonnées par l’enthousiasme, aussi vif, des politiciens et des Etats derrière eux pour justement favoriser l’accession à la propriété du plus grand nombre possible de gogos qu’on pourra ensuite matraquer de taxes bigarrées et amusantes.

Rappelez-vous qu’à cette époque, un certain Sarkozy rêvait d’une France de propriétaires. Il n’avait pas suffisamment éclairci sa pensée : il s’agissait probablement de propriétaires de dettes. On peut dire que c’est un succès auquel il aura grandement contribué à hauteur de plusieurs centaines de milliards d’euros en quelques années.

Et c’est la crise. Patatras. Comme de juste, à l’enthousiasme benêt des incompétents, des imbéciles et des boute-feux succède leur inquiétude.

Suivie mécaniquement par la panique lorsqu’il s’est agi de faire quelque chose, n’importe quoi, pour aider les petits camarades banquiers à sauver leurs miches. Et c’est justement n’importe quoi qui aura été fait, puisqu’après tout, à quoi ça sert d’avoir de l’argent gratuit si c’est pour ne pas l’utiliser en actions ridicules et contre-productives ?

Les phases suivantes coulent d’elles-mêmes : la recherche des coupables aura permis de retrouver, naturellement, Hayek et ses colistiers. Salauds de libéraux, va.

La punition des innocents se met en place très calmement, l’important étant ici qu’ils ne le remarquent pas. En Irlande, ça ne se passe pas trop mal, au Portugal aussi. Il faut dire que la situation n’est pas encore tendue comme un élastique de string en été, au contraire de la Grèce où justement, il ne le reste plus guère que ce string, et où les efforts à consentir ont donné quelques petits boutons aux jeunes déçus locaux.

On ne saura jamais, du reste, s’il convient de ranger ces derniers dans la catégorie des innocents punis, ou des naïfs qui n’ont pas compris que chaque pierre de l’édifice social-démocrate lourdissime qu’ils ont mis en place (à force de votes léni(ni)fiants pour toujours plus de socialisme douillet) l’était en fait autour de leur propre cou avant d’aller prendre un bain dans le profond océan financier mondial.

Lagarde, c'est youpi.
Pour la dernière phase, la récompense des incompétents et des branleurs, c’est ici que Christine Lagarde entre en jeu : l’aimable madame la Marquise de la chanson si évocatrice a en effet, comme planifié, récupéré le poste de son ami Dominique au FMI…
Et c’est finalement très piquant : les Français ont réussi le pari de remplacer un des leurs par … une autre des leurs, dont la seule différence marquante est d’avoir sensiblement moins de casseroles sexuelles aux basques.
Mais pour le reste, c’est du pareil au même :

  • la même vision un peu floue d’un interventionnisme d’état ni totalement assumé, ni franchement restreint.
  • la même stupéfiante capacité à faire des prévisions de croissance et à statuer avec brio sur l’état général de la crise avec un succès assez phénominable : le plus dur a toujours été derrière elle (sans doute pour lui bondir dessus plus facilement ?)…
  • un rapport à l’argent parfaitement sain
  • le même bréviaire keynésien : exactement comme tous les autres clowns à roulette qui se sont prétendus libéraux pour accéder un temps aux gouvernements français, ses notions d’économie se résument à l’unique question de savoir quel levier étatique bidouiller pour asperger les Français d’impôts ou de subventions.

Et tout ceci veut donc dire qu’encore une fois, les causes produisant les mêmes effets, un parfait socialiste de gauche mou tendance détendu du portefeuille (et de la braguette) va être remplacé par une joyeuse socialiste de droite molle, tendance détendue du portefeuille.

Soit, on y gagne côté braguette. Ça reste modeste.

Parce que pour le reste, les prochains mois promettent d’être agités. Désolé Christine, pas de cacahuète et de petite poire cet été, il va falloir faire de la présence : même la BCE ne peut plus cacher qu’il y a une bonne douzaine de banques qui peuvent carafer dans les prochaines semaines.

Eh oui : les stress-tests (dont la première version était une belle blague) ont été reconduits et … entre 10 et 15 banques ne les ont pas passés.

Zut et zut, n’est-ce pas.

C’est vraiment surprenant, tout ça tout ça, hum, hein, non ? Et en plus, ça tendrait à miner quelque peu la confiance d’airain qu’on pourrait normalement mettre dans cette monnaie, là, l’euro machin truc, qui a été assis sur des bases solides, dois-je vous le rappeler, critères de Maastricht et tout et tout et vous reprendrez bien une petite once d’or ou deux, non ?

Je résume.

- Au FMI, on ne change rien.
- En France, on ne change rien.
- En Europe, les indicateurs ne changent pas, les méthodes non plus.
- Les banques se sentent mal, l’euro aussi…

Hmmm.

Non, franchement, c’est dur de trouver un vrai bon sujet de poilade : même si cette histoire contient un peu de sexe et beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent, on a du mal à trouver ça drôle.
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