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Odilon Redon, prince du rêve

Publié le 13 juin 2011 par Paulettedemymuseum @mymuseum

Odilon Redon nous embarque dans ses cauchemars en noir et blanc, puis nous plonge dans des grands bains de couleurs merveilleuses. Il évoque davantage les surréalistes et le cinéma fantastique que les impressionnistes dont il était le contemporain. À l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée au Grand-Palais j’ai interviewé ce prince du rêve.

My museum le Louvre Paulette Odilon Redon grand Palais

Paulette : Au début de votre carrière vous avez fait des dessins au fusain que vous appeliez des « noirs ». Ces dessins sont à la fois mélancoliques et fantastiques. Qu’est-ce qui a nourri votre imaginaire ?

Odilon : Je fus porté en nourrice à la campagne dans un lieu qui eut sur mon enfance et ma jeunesse, et même sur ma vie, hélas, beaucoup d’influence. Cette région est située entre les vignes du Médoc et la mer*. L’océan, qui couvrait autrefois ces espaces déserts a laissé dans l’aridité de leurs sables un souffle d’abandon, d’abstraction. J’ai donc passé mon enfance étendu sur le sol à regarder pensivement les nuages, à suivre avec un plaisir infini, les éclats féeriques de leurs fugaces changements. Enfant maladif, je ne vivais qu’en moi.

Odilon Redon, prince du rêve

Paulette : Pourquoi le noir vous plaisait-il tant ?

Odilon : Vers 1875, tout m’arriva sous le crayon, sous le fusain. Cette poudre volatile, impalpable, fugitive sous la main, cette matière quelconque qui n’a aucune beauté en soi, facilitait bien mes recherches du clair-obscur et de l’invisible. Pour moi le noir est la couleur essentielle. Il faut respecter le noir. Rien ne le prostitue. Il ne plaît pas aux yeux et n’éveille aucune sensualité. Il est agent de l’esprit bien plus que la belle couleur de la palette ou du prisme.

Odilon Redon, prince du rêve
Paulette : Vos dessins sont peuplés de créatures étranges et pourtant on sait que vous vous inspiriez beaucoup du réel ? Comment travailliez-vous ?

Odilon : Mes dessins inspirent et ne se définissent pas. Ils ne déterminent rien. Ils nous placent, ainsi que la musique, dans le monde ambigu de l’indéterminé.

Mon régime le plus fécond a été de copier directement le réel en reproduisant attentivement des objets de la nature extérieure en ce qu’elle a de plus menu, de plus particulier et accidentel. Après un effort pour copier minutieusement un caillou, un brin d’herbe, une main, un profil ou tout autre chose de vivante ou inorganique je sentais une ébullition mentale venir : j’avais alors besoin de créer, de me laisser aller à la représentation de l’imaginaire.

Paulette : Vous avez illustré Les fleurs du mal, la Tentation de saint Antoine. Vous avez aimé Edgar Poe, Dante Montaigne. On vous reconnaît aussi des talents d’écrivain. L’écriture est très importante pour vous n’est-ce pas ?

Odilon : Écrire est le travail le plus noble, le plus délicat que puisse faire un homme… Écrire est le plus grand des arts. J’ai aussi beaucoup aimé lire et m’inspirer des écrits de mes amis symbolistes comme Mallarmé. Nous sommes des symbolistes car notre art est « l’expression de l’idée qui doit être synthétique pour être comprise de tous ». Mallarmé disait de moi : « Vous agitez dans nos silences, le plumage du Rêve et de la Nuit ».

Odilon Redon, prince du rêve
Paulette : À partir de 1890 la lumière et la couleur surgissent dans votre oeuvre. Que s’est-il passé ?

Odilon : J’ai effectivement délaissé le noir qui m’épuisa beaucoup. J’abordais une période de ma vie, apaisée, heureuse. Nous avions dû vendre le domaine de Peyrelade mais cette séparation, quoique douloureuse, était aussi une libération.

Et puis peindre, c’est créer du diamant, de l’or, du saphir, de l’agate, du métal précieux, de la soie, de la chair. J’ai épousé les couleurs.

Mais que ce soit en noir et blanc ou en couleur, j’ai toujours mis ma peinture et mes dessins au service de mes idées, au service de l’invisible…

L’art est la Portée Suprême, haute, salutaire et sacrée : il fait éclore. Il a fait éclore mes rêves.

Odilon Redon, prince du rêve

* Odilon Redon est né en 1840 à Bordeaux et est mort en 1916 à Paris. Le domaine de Peyrelade est situé près de Listrac où Redon passa tous ses étés et composa ses noirs.

NdA : Pour écrire cette interview, je me suis inspirée du journal d’Odilon Redon : A soi-même, journal, 1867-1915 : notes sur la vie et les artistes.

L’exposition Odilon Redon, prince du rêve a lieu du 23 mars au 20 juin 2011. Galeries nationales du Grand-Palais.


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