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Le 29 juin, à 20h 45, sur National Geographic Channel : « LE MYSTERE AZTEQUE ».

Par Ananda

« Connus pour leurs sacrifices humains particulièrement sanglants », mais aussi pour leur civilisation brillante, les AZTEQUES, peuple amérindien du Mexique furent, il y a cinq siècles, victimes d’une « maladie mystérieuse et inconnue » qui les décima, et dont l’Histoire rendit - un peu vite semble-t-il – responsables leurs envahisseurs ESPAGNOLS.

Aujourd’hui toutefois, une NOUVELLE THEORIE est en train de battre en brèche ce scénario classique.

Une théorie révolutionnaire et surprenante, dont ce documentaire se fait l’écho.

Si la capitale mexicaine, MEXICO, compte actuellement une respectable population de plus de vingt millions d’habitants, la cité autochtone sur laquelle elle a été bâtie, l’aztèque TENOCHTITLAN, en dénombrait déjà plus de 200 000 il y a 500 ans.

En 1519, le peuple aztèque disposait d’ « une médecine très sophistiquée » et maîtrisait les principes de l’astronomie comme ceux des mathématiques. Si l’on ajoute à tout ceci leur « réseau complexe d’aqueducs », on peut sans craindre de se tromper dire que ces gens étaient « aussi avancés que les Romains ». Il le fallait bien pour qu’ils réalisent l’exploit de fonder leur capitale « sur un lac marécageux » qu’ils aménagèrent de façon remarquablement  ingénieuse.

Leur royaume, qui s’étendait de l’Atlantique jusqu’au Pacifique, fut sans conteste l’un des plus grands empires du Nouveau Monde.

Mais en 1519 justement, la fin de Tenochtitlan est proche ; les Espagnols d’Hernan CORTEZ viennent d’accoster à VERA CRUZ. Grâce à une combinaison de « ruse », de « force militaire » et de « chance », ils vont renverser rapidement MOCTEZUMA et, avec lui, l’Empire autochtone.

Et, fait remarquable autant qu’étrange, en l’espace de seulement un demi siècle, la population mexicaine de souche qui se montait à presque 15 millions d’âmes va se trouver, après ce bouleversement, éliminée à 80%.

Jusqu’à maintenant, pour expliquer un tel fait, l’on disposait d’une thèse bien connue qui attribuait à l’envahisseur et à la tragique vulnérabilité immunitaire des autochtones devant les germes importés du vieux continent, la pleine et entière responsabilité des ravageuses épidémies.

Interprétation trop facile et trop hâtive si l’on en croit les toutes nouvelles recherches et l’approche inédite qu’elles ont induite.

Tout commence en 2004 (donc très récemment), à OAXACA. Là, sur un site archéologique, sont déterrés les ossements de quelques 2 000 aztèques morts à l’époque charnière qui nous intéresse. On les confie aux bons soins d’une ostéo-archéologue américaine qui se livre à une investigation approfondie.

Constats troublants : « il n’y a pas de marques sur les squelettes », qui semblaient par ailleurs appartenir à des personnes « bien nourries ».

Alors, peut-être est-on en droit de se poser la question de savoir comment il se fait que des victimes aussi jeunes, aussi « en forme » et aussi bien alimentées ont été cependant « inhumées à la hâte dans une fosse commune ». « On peut supposer qu’ils sont morts de maladie », hasarde l’ostéo-archéologue.

Si l’on en croit la thèse officielle, les CONQUISTADORES ont importé allègrement rougeole, typhus et variole, totalement inconnus alors en Amérique.

Mais quelles preuves avons-nous de cela ?

Pour identifier (à coup sûr) une ou plusieurs maladies, il faut pouvoir disposer de descriptions de symptômes caractéristiques. Or, jusqu’ici, les historiens ont totalement négligé un document d’archives espagnol que l’on vient à peine de  « redécouvrir ». « Inexploité pendant quatre siècles », le RAPPORT d’un médecin nommé HERNANDEZ date de 1576. Il décrit des symptômes qui ont l’avantage d’être assez précis : « gangrène » qui envahissait les lèvres de ces malheureux Indiens, des « corps putréfiés » vivants, du sang qui s’échappait de leurs oreilles.

Et ce n’est pas tout : homme de l’Art, Hernandez exclut formellement le typhus, la peste ou la variole, qu’il connaissait par cœur. Il écrit : « ça ne ressemblait à rien de ce qu’on connaissait  sur le vieux continent ».

Un autre document d’archives, celui-là d’origine aztèque, nous fournit des dessins datant du milieu du XVIe siècle. Ceux-ci, fort explicites, figurent des gens victimes d’ »hémorragies internes et externes » cependant que les mêmes documents illustrés nomment une maladie bien précise, la MALADIE COCOLITZLI (ou encore « le cocolitzli »).

Tout porte maintenant à croire que cette affection était locale et qu’elle n’existait pas dans l’ Espagne du XVIe siècle. Pour la bonne raison qu’elle a toutes les allures d’une « fièvre hémorragique », sœur ou cousine de la redoutable FIEVRE D’EBOLA.

« Ce tueur du XVIe siècle était un VIRUS ENDEMIQUE particulièrement meurtrier ».

L’historien mexicain Rodolfo ACONA SOTO s’est mis à passer au peigne fin les documents. Si l’on en juge d’après les « recensements réguliers » qu’effectuaient dès cette époque les autorités espagnoles dans les villes et les villages mexicains, la tragédie sanitaire aztèque fut d’une ampleur impressionnante .

Le mal faucha 8 Aztèques sur 10 et, dans certaines régions du Mexique, on est passé « de 11 millions de personnes à seulement 11 000 ».

En 1519, comme nous l’avons vu, les Aztèques étaient très nombreux.

En 1545 et dans les années suivantes, 15 millions de gens avaient été rayés de la carte et, quinze ans plus tard (soit en 1570), une « nouvelle flambée » se produisit !

L’étude minutieuse d’un des CODEX AZTEQUES par Soto va nous permettre de mieux comprendre.

Le Codex mentionne que l’année 1543 a été une année particulièrement marquée par la SECHERESSE. « Plusieurs période de mauvaises récoltes et de grave sécheresse » sont clairement attestées par les dessins. De même « un sacrifice destiné à stopper la famine » est-il signalé. Les dates parlent : la sécheresse apparaît comme « étroitement liée aux flambées de cocolitzli »(Soto).

Là-dessus, c’est au tour de David STAHL, dendrochronologiste américain, d’intervenir.

La DENDROCHRONOLOGIE, c’est la science qui lit l’histoire passée de la Terre dans les anneaux de croissance des troncs d’arbres.

Stahl nous explique : « en grandissant, un tronc d’arbre s’élargit, et un anneau nouveau s’ajoute par an ; en cas de pluie abondante, il est plus large ; en cas de sécheresse, il est plus mince ».

Stahl  prend la direction du  Mexique dans le but de mener une enquête dendrochronologique sur la météorologie de la période comprise entre 1545 et 1576 (les deux années qui ont été celles des « pics épidémiques » ayant touché la population aztèque). Pour ce faire, il se rend à Mexico, dans le PARC DE CHAPULTEPEC. Là se trouve une forêt de cyprès vieille de 800 ans qui a été plantée par les anciens maîtres. L’étude de Stahl révèle de façon incontestable que l’année 1545 a été le point culminant d’une période de « sécheresse prolongée », elle-même suivie par des « précipitations exceptionnelles ».

Et, comme par hasard, 1576 a vu se répéter « le même scénario climatique » !

Manifestement, « les épidémies ont été précédées par plusieurs années particulièrement sèches ».

Les « CHASSEURS DE VIRUS » actuels veulent d’autant plus « comprendre ces liens » qu’en mai 1993, « une météo comparable » a sévi dans le sud-ouest des Etats-Unis et qu’elle s’est assortie de plusieurs décès par « troubles respiratoires ». Ainsi, dans l’état du NOUVEAU-MEXIQUE, un jeune homme a-t-il perdu la vie à l’hôpital des suites de cette étrange maladie qui, dans le même état, causa en sus « cinq décès similaires ». D’où la crainte d’une épidémie, et la mise à contribution du DEPARTEMENT AGENTS PATHOGENES DU CDC D’ATLANTA.

Le responsable de ce Département, John KREBS, solutionna l’énigme. Après avoir constaté que « l’ennemi », « dangereux et rapide », encombrait les poumons de liquide, il pointa du doigt le coupable : « une souche mortelle et inconnue d’HANTAVIRUS propagé par les rongeurs » ! Mais quels rongeurs précisément ? Pour le savoir, J. Krebs et son équipe se déplacèrent sur le terrain, où ils capturèrent « 17 000 rongeurs ». Les tests de dépistage qu’ils menèrent ensuite sur ces animaux désignèrent nommément comme vecteur du virus « LA SOURIS SYLVESTRE ». cela permit, par le biais d’une campagne d’élimination de ces rongeurs, d’ »étouffer dans l’œuf » une épidémie qui promettait de devenir très préoccupante.

On voulut savoir ensuite pourquoi l’année 1993 avait vu la « prolifération exceptionnelle » de ces souris sylvestres dans la région américaine des « FOUR CORNERS » et c’est alors qu’on s’aperçut que « de fortes précipitations » y avaient entraîné, pour ces rongeurs, une surabondance de nourriture.

« Il semble, dit-on, qu’un enchaînement similaire se soit produit à l’époque des Aztèques. Mais le bilan a été bien plus lourd » : 80% de la population mexicaine autochtone fut tuée rien que lors de la première flambée de cocolitzli !

« Ces virus ont une manière subtile et spectaculaire de muter », ajoute-t-on.

Il faut savoir que les virus sont extrêmement nombreux sur terre.

Ce sont des parasites cellulaires de taille infime qui, sans hôtes, sont dans l’impossibilité absolue de se reproduire. Mais lorsqu’il a un hôte et que, donc, il se reproduit, le virus peut muter ; seule cette mutation lui permettra de passer d’une espèce-hôte à une autre espèce-hôte.

Dans le cas – terrifiant – des aztèques, « le virus a dû muter deux fois ». Il a fallu qu’il « puisse passer d’un rongeur à un être humain ». On le sait à présent, cela a occasionné une « véritable apocalypse sanitaire ». 17 millions de morts en tout dans le Mexique du XVIe siècle !

Mais une question demeure : pourquoi les Espagnols ne furent-ils pas touchés ?

Certainement pas parce qu’ils se soignaient mieux : détenteurs d’un « grand savoir médicinal », les Aztèques non seulement disposaient d’instruments médicaux et chirurgicaux en obsidienne, mais encore possédaient une « pharmacopée très élaborée » dont les « remèdes à base de plantes » soignèrent même les envahisseurs, qu’ils parvinrent à guérir.

Alors ? Peut-être y-a-t-il lieu de se tourner vers la génétique.

Il y a 100 000 ans environ, le continent africain abritait un petit groupe d’HOMO SAPIENS qui fut « la source de tous les ADN humains d’aujourd’hui ». Quand cette population-souche s’est dispersée hors de son berceau africain, sur les autres continents que l’Homme a colonisés, chaque sous-groupe a emporté avec lui une poignée de la diversité génétique originelle. Il y a 15 000 ans environ, une fois l’Australie, l’Europe et l’Asie colonisées, un sous-groupe d’asiatiques franchit le DETROIT DE BEHRING pour se répandre sur les deux Amériques ; ils y devinrent les Amérindiens et ils n’emportaient avec eux qu’un sous-ensemble réduit de la diversité génétique de l’Asie.

Or, « plus la diversité génétique est grande, plus on a de chances de résister aux virus ».

Contrairement aux Espagnols, les malheureux aztèques souffraient, sans le savoir, du handicap d’être génétiquement trop peu diversifiés.

Toutefois, Soto, toujours grâce à l’étude de ses recensements, constate que les hommes d’église espagnols sont tombés eux aussi comme des mouches. Le fait qu’ils « travaillaient très étroitement avec la population indienne » pourrait fournir une explication satisfaisante à ce phénomène.

Elizabeth BACUEDANO formule, ici, une hypothèse explicative intéressante : juste après la conquête du Mexique, les Espagnols avaient mis en place un système presque industriel de production de farine et d’autres denrées agricoles. Conséquence : ils imposaient à leur main d’œuvre indienne des journées de travail harassantes « de plus de douze heures, dans des exploitations très grandes » qui étaient « infestées par les rongeurs ». En sus de ce régime inhumain, les infortunés autochtones étaient logés (ou, dirait-on mieux, confinés) dans des « baraquements surpeuplés » où on les forçait à endurer des « conditions de vie sordides et très pénibles » (malheur aux vaincus !).

De semblables conditions expliqueraient la « deuxième mutation cruciale » du virus, celle qui aurait permis cette fois la transmission de l’Homme à l’Homme.

Reste à savoir…une catastrophe sanitaire de cette ampleur pourrait-elle se reproduire ?

La question mérite d’autant plus d’être posée que les chercheurs sont désormais au fait de réalités qu’on ignorait totalement jusqu’à une période récente : « les tendances météorologiques du passé sont influencées par des cycles atmosphériques ; elles ne sont pas aléatoires ».

Ces grands cycles atmosphériques ?

-EL NINO, qui se manifeste le plus rudement, le plus directement au PEROU, est « un changement cyclique de la pression atmosphérique au-dessus du Pacifique ». Il induit des « sécheresses et des tempêtes dévastatrices », de même que « des élévations du niveau de la mer jusqu’à trois centimètres ». Selon les spécialistes, il a déclenché, en partie, la catastrophe aztèque.

-Le P.D.O et l’A.M.O qui sont des cycles de « variations thermiques sur les deux fronts de mer américains », de sorte que « de la chaleur dans l’Atlantique couplée à de la fraîcheur dans le Pacifique » a pour résultat la sécheresse et que le contraire a, lui, pour conséquence l’humidité.

Nous savons à l’heure qu’il est qu’ « une ou deux fois par millénaire, El Nino, le P.D.O et l’A.M.O conjuguent leurs efforts » !

Pire même : « nous sommes actuellement au début de trois décennies de sécheresse », prédisent les météorologues du continent américain. Attention !

Ne pas oublier, avec cela, que « le réchauffement climatique pourrait de plus créer de fortes précipitations ». Qui dit monde plus chaud dit automatiquement plus de pluie (« plus d’inondations ») et plus d’évaporation ( par conséquent plus de sécheresse).

On nous avertit : « les conditions sont réunies pour que la prolifération des rongeurs se produise ».

En outre, du fait des voyages en avion, « le monde moderne est beaucoup plus vulnérable que le XVIe siècle » et d’autres vecteurs d’agents pathogènes tels « les insectes contaminants » ont, grâce au réchauffement désormais « la capacité de s’installer plus au nord ».

« La croissance démographique sans précédent » et l’entassement croissant  des populations dans les villes, eux non plus, n’arrangent pas les choses.

Perspectives sombres, mais, comme on nous l’assène en conclusion, « la vraie menace, ce n’est pas Al-Qaïda et le bioterrorisme, ce sont les maladies infectieuses mondiales », les pandémies.

P.Laranco


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