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Au moins, on a encore le droit de critiquer l'archevêque de Cantorbéry

Publié le 15 février 2008 par Roman Bernard
Gief Dessinateur, que j'avais machinalement ajouté à ma liste à la suite de son adhésion à l'un des groupes que j'administre. Comme nombre de mes contacts, je ne le connaissais pas.
Il m'a invité à découvrir son blog, Chez Gief, qui consiste en une série quotidienne de caricatures portant sur des faits marquants de l'actualité. Outre celles sur le « docteur Attali » et Al Gore, j'ai particulièrement apprécié celle, que je reproduis ci-dessous avec l'autorisation expresse de son auteur, sur l'archevêque de Cantorbéry, ce haut-lieu de la Chrétienté médiévale, évangélisé par saint Augustin au VIe siècle.
Rowan Williams, le primat d'Angleterre, a déclaré le 7 février dernier que l'adoption pour partie de la charia était « inévitable » au Royaume-Uni. Déclaration terrifiante, à rapprocher de celle, non moins terifiante du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a estimé trois jours plus tard à Cologne que « l'assimilation [des Turcs d'Allemagne] est un crime contre l'humanité ».
Sur la première déclaration, qui n'est ni plus ni moins qu'une résignation au séparatisme ethnico-religieux, et qui interdit toute réelle intégration -mais les Britanniques s'en moquent-, notons qu'elle intervient dans un pays où règne le plein-emploi, et où n'existent pas de phénomènes de ségrégation spatiale comme dans les banlieues françaises. Voilà qui remet en cause l'idée selon laquelle les problèmes d'intégration seraient uniquement liés aux conditions économiques et urbanistiques.
Quant à la seconde, elle remet évidemment en cause l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Un pays qui pénalise la mention du génocide arménien, qui occupe militairement une partie d'un État européen, qui réprime régulièrement dans le sang les séparatistes kurdes, et où n'existe, en dépit du caractère laïc -pour combien de temps encore ?- de l'État, aucune liberté religieuse, n'a rien à faire en Europe. On se demande pourquoi les milieux européens ont soutenu, lors des élections législatives de l'été dernier, les islamistes « modérés » de l'AKP, certes libéraux et européens (mais pourquoi le sont-ils ?), au détriment des kémalistes, certes nationalistes, protectionnistes et anti-européens, mais avant tout et surtout laïcs et républicains.
Dans ce contexte inquiétant, le large soutien, en France, à la demande de naturalisation d'Ayaan Hirsi Ali est plutôt rassurant, même si, avec Ivan Rioufol, on peut se demander si la gauche française est sérieuse, apportant son soutien à l'ancien député néerlandais tout en condamnant implicitement les critiques envers l'islam qu'Ayaan Hirsi Ali a faites à plusieurs reprises, au péril de sa vie.
Comme Lomig le dit bien, et n'en déplaise à Pierre Catalan, soutenir la Néerlandaise est une exigence démocratique, moins pour les propos qu'elle a tenus sur l'islam que pour son droit de critiquer librement une religion. Ceux qui estiment en substance, comme lors de l'affaire des caricatures de Mahomet, de l'affaire Redeker ou du discours de Ratisbonne de Benoît XVI (qu'ils n'ont pas lu et qui ne faisait qu'évoquer une citation d'un empereur byzantin), que les personnes menacées l'ont bien cherché, sont les complices objectifs des islamistes.
Ils tombent ainsi dans le piège sémantique de l'« islamophobie », tendu par les islamistes à l'Occident : de peur d'être taxé de racisme, on n'ose critiquer l'islam et la menace qu'il représente pour la liberté. Ce faisant, on cantonne les musulmans dans leur identité religieuse, puisque toute critique de l'islam est considérée comme un appel à la haine à leur égard. Alors que, des victimes de l'idéologie islamiste, les musulmans modérés sont justement les plus touchés.
Je crois plutôt qu'il serait sage, en soutenant officiellement ces musulmans modérés, de renouer avec le modèle assimilationniste d'intégration, en rejetant clairement le « multiculturalisme » et le « cosmopolitisme », qui sont, je le répète, les noms politiquement corrects donnés au communautarisme et au tribalisme.
Regrettons à cet égard que Nicolas Sarkozy, en faisant « parrainer » par chaque élève de CM2 un enfant juif déporté pendant la Seconde guerre mondiale, relance la concurrence victimaire des communautés, qui n'en avaient pas besoin. Plus on imposera ces exercices de mémoire sur le génocide des Juifs, plus les autres communautés seront revendicatives, sans pour autant que la connaissance historique ne progresse. Je crains que cela soit une preuve supplémentaire de ce que Nicolas Sarkozy n'est pas le président de la rupture, mais bien du politiquement correct. N'avait-il pas affirmé, lors de sa dernière visite en Algérie, que l'islamophobie, qui vise un dogme religieux, était aussi grave que l'antisémtisme, qui vise un peuple ?
Si on n'a plus le droit de critiquer l'islam, on pourra au moins rire -et s'inquiéter- de la caricature de Gief sur cet archevêque inconscient - ou simplement réaliste.
moins, encore droit critiquer l'archevêque Cantorbéry
Roman Bernard

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