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Nage en eaux troubles

Publié le 11 juillet 2011 par Alteroueb

On va dire que c’est l’un des grands marronniers de l’été. Je pouvais évidemment évoquer le Tour de France ou naguère le dopage faussait systématiquement les résultats. Aujourd’hui, ce sont les motos et voitures de la grande boucle qui s’en chargent, jouant les boules de billard parmi une centaine d’équilibristes, qui tentent vainement de se mettre à l’abri le plus vite possible sur de dérisoires engins à 2 fois 2 centimètres carrés de contact au sol… Mais j’ai choisi de parler de ce qui impacte durablement nos vies quotidiennes, qui commence à faire vraiment mal comme une chute dans une clôture barbelée.

Nage en eaux troubles
Le constat est simple : le 16 juillet 2008, le baril de pétrole cotait au plus haut à 145 $ le baril, propulsant le prix du litre de sans-plomb à 1,53 €, et le gazole à 1,45 €. Ce jour, avec un environnement de change quasi identique (un dollar aux alentour de 1,40 euros), alors que le baril cote 95 $, le litre de sans-plomb se vend 1,50 € et le gazole 1,23 €… Cherchez l’erreur. Mais ou va la différence ?

Ainsi, au gré des aléas de la géopolitique et du bon vouloir de la grande finances, le prix de l’or noir fluctue. Mais seules les hausses, succédant pourtant aux baisses, sont répercutées sur le consommateur final plus captif que jamais, lui imposant de consacrer une part toujours plus importante dans des budgets qui suivent une courbe sensiblement inverse. Même Xavier Bertrand fait mine de s’en offusquer. Après des dizaines années de consensus et de cadeaux aux multinationales pétrolières, son couplet «quand le pétrole augmente, les prix augmentent aussitôt. Quand le pétrole baisse, ça met toujours plus de temps» ressemble à une récupération éléctoraliste, une prise de conscience qui sonne aussi faux, décalé et démagogique que le fameux «je serai le président du pouvoir d’achat». Pas de doute, la campagne électorale est lancée.

Outre l’Etat au travers de la TIPP, le grand responsable de cette prise d’otage, c’est le patron de Total. A chaque lever de soleil, Christophe de Margerie doit se friser les moustaches avec une consciencieuse assiduité à l’idée de ce qu’il va encore engranger, à moins qu’elles ne résultent des restes d’une malencontreuse collision avec un balayette de chiottes. Car c’est bien l’image qui me vient quand il explique d’un ton grave que cette hausse limitée est absolument nécessaire, parce que «si on ne répercute pas la hausse du baril, la boîte coule». Total, c’est 14 milliards de bénéfice en 2008, 7,8 en 2009, 10 en 2010, et déjà 3 pour le premier trimestre 2011, et une participation aux finances de l’Etat, dû par toute personne physique ou morale à concurrence de ses capacités contributives, proche du zéro absolu… Belle leçon de natation.

De Margerie, directeur général de Total, proche de la noyade
De Margerie est le 11ème grand patron le mieux payé de France avec 2.800.000 € par an. L’UMP rabâche à tue-tête que ces rémunérations hors-normes sont justifiées par la prise de risque inhérent à l’esprit d’entreprise de ces hommes extraordinaires. Sauf que cet oiseau, entré chez Total à 23 ans «uniquement parce que c’était l’entreprise la plus proche de chez lui» sans jamais la quitter, n’a jamais pris le moindre risque, menant une carrière parfaitement linéaire, comme un fonctionnaire, mais pas au même tarif. Pour bien nager, il ne faut pas faire de vagues.

Pour en revenir aux préoccupations quotidiennes, le prix de l’essence va bien augmenter alors que le marché est plutôt baissier. Et au-delà des procédés d’extorsions malhonnêtes qui ont cours, il faudra bien un jour réduire notre dépendance maladive à la voiture parce qu’elle conduit dans une impasse autant proche qu’incontestable. Il est indispensable d’envisager autre chose car, contrairement au fatalisme et la résignation affichée par l’automobiliste désabusé, des alternatives existent, mais elles imposent une vision totalement différente de la société, supposant notamment un nouveau mode de partage des ressources et des moyens, impliquant surtout un nouveau mode de gouvernance, une reprise en main du pouvoir par le peuple, ce qu’on appelait jadis la démocratie.

Et qu’on le veuille ou non, comme la mort, c’est inéluctable.

Source du graphique : http://prixdubaril.com

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