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Son nom est Temple Sacré de l’Aube Radieuse (3)

Publié le 11 juillet 2011 par Zebrain

Son nom est Temple Sacré de l’Aube Radieuse (3)Il faut dire que Wagner ne fait rien comme les autres : de même qu'il situe ses " Futurs mystères de Paris " essentiellement... en banlieue ! (on voit finalement peu Paris, tandis qu'on court les banlieues, à l'image des " passages ayant subsistés après la Terreur [...] Il y en avait un à Garches, un autre à Châtillon, un troisième à Ivry et sans dote un quatrième quelque part dans la banlieue nord-est ", sans parler du vortex situé au Plessis-Robison ou du lien avec un univers parallèle soviétique, à Ivry-sur-Seine) De même qu'il fait de la science-fiction métaphysique tout en affirmant que la transcendance ne se situe pas au niveau où on la situait dans le passé (sous-entendu : Dieu n'existe pas, l'au-delà non plus, puisque la transcendance se place au niveau des échanges énergétiques alimentant la psychosphère et la cybersphère). De même qu'alors que l'on pourrait aisément le taxer de New Age, il se moque de cette dérive baba-cool (l'ouvrage où serait née la théorie selon laquelle les millénaristes formerait la " troisième tribu " de l'humanité se trouve qualifié de " navet mystico-philosophique ") et ne manque jamais de railler les travers mystico-sectaires. Eh bien, de même Wagner fait-il de la science-fiction fort sérieuse et fort subtile... tout en s'amusant. Chez lui, les choses sérieuses sont traitées de manière légère : il ne confond pas sérieux et se prendre au sérieux, et n'oublie jamais qu'il se situe dans le prolongement des littératures populaires - la science-fiction, bien sûr, mais aussi le roman policier, comme le prouve la filiation établie en 4e de couverture avec Féval, Malet et Dard.
Son nom est Temple Sacré de l’Aube Radieuse (3)Cette légèreté coûte peut-être d'ailleurs à Wagner certains lecteurs - ils sont bien sots - et lui vaut certainement quelques incompréhensions. Récemment, un autre roman français, qui semble fortement marqué par l'influence de Wagner, à savoir Nuigrave de Lorris Murail, a pareillement subit des troubles de la réception critique. Il est tellement aisé de croire que parce que l'auteur est léger il ne peut pas être, en même temps, grave. Pourtant, l'avenir proche brossé par Murail ne manque pas de noirceur, non plus que certains épisodes des " Futurs mystères de Paris ". Pour autant, le cycle de Wagner s'est imposé en dix ans comme une référence désormais incontournable, ce que je n'hésiterai pas à qualifier de chef-d'œuvre au sein de la fiction spéculative contemporaine. Outre ses rééditions, j'en veux pour preuve périphérique l'influence qu'il commence à exercer sur ses petits camarades : depuis le majordome robot de ma propre nouvelle " L'affaire des crimes météorologiques " (c'est au début du chapitre II de L'Aube incertaine que je m'en suis souvenu) jusqu'à la jeune tueuse sans visage dans Transparences d'Ayerdhal (fascinante réinvention du concept wagnérien de transparence dans un contexte ultra-réaliste d'espionnage), en passant donc par la banlieue autonomisée de Nuigrave de Lorris Murail, tout le monde ne mésestime pas l'importance du corpus établi par Roland C. Wagner.
Son nom est Temple Sacré de l’Aube Radieuse (3)Allez, je pourrai encore évoquer le plaisir des rapports de cette œuvre avec celle de Léo Malet ; celui des liens tissés entre les différents tomes (rien n'est jamais gratuit, tout trouve toujours son explication au bout d'un moment) ; celui du sens du suspense de l'auteur qui pourtant semble en permanence prendre son temps ; mais bref : alors monsieur Wagner ? La suite ! La suite !

André-François Ruaud

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