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L’imbroglio Fidjien

Publié le 12 juillet 2011 par Sudrugby
L’imbroglio Fidjien

Fidji Rugby

Le 16 juin 2011, le monde du rugby a soufflé, les magiciens fidjiens seront bien présents en Nouvelle Zélande pour participer à leur sixième Coupe du Monde. Dès le mois de janvier, des premiers symptômes de tensions étaient apparus mais uniquement en interne, le ministère des sports ayant fait preuve d’ingérence dans la fédération Fidjienne de rugby. En effet, la FRU ayant été accusée d’avoir détourné l’argent de la loterie nationale (principal bailleur de fonds des Flying Fijians), ses membres ont été démissionnés par les représentants de l’état, eux même soupçonnés de vouloir diriger l’institution. Un beau bordel ayant finalement abouti à la nomination d’un pantin du gouvernement, le Colonel Mosese Tikoitoga, à la tête de la fédération. Puis est arrivé rapidement l’imbroglio du mois de mai, à savoir que les joueurs ayant des liens avec l’armée n’auraient pas de visas pour entrer sur le territoire Néo Zélandais, un info vite transformée en “aucun fidjien” n’aura de visa par des journalistes en quête de buzz. Retour sur les évènements ayant entraîné cette situation.

Les Fidji, une dictature militaire

L’imbroglio Fidjien

Frank Bainimarama

Les Fidji ont obtenu leur indépendance du Royaume Uni en 1987, suite à un premier coup d’état orchestré par Sitiveni Rabuka, soucieux de reprendre aux “Indo-Fidjiens” le contrôle de l’île et entrainant le début d’une vague d’émigration de ces derniers. Des lois visant à discriminer cette partie de la population ont été éditées entraînant une exclusion de l’île du Commonwealth et un embargo maritime des exportations vers l’Australie et la Nouvelle Zélande. Ces lois n’ont fort heureusement jamais été appliquées et les Fidji ont été réintégrées à l’alliance Britannique en 1997. Suite à la baisse des tensions entre les deux communautés peuplant l’île, un gouvernement dominé par Mahendra Chaudhry, d’origine indienne, est élu en 1999, évènement inacceptable pour les nationalistes dirigés par George Speight qui tentent un coup d’état en juin 2000. Les militaires dirigés par Frank Bainimarama reprennent le pouvoir et des élections seront organisées en 2001. Cette fois ci l’île est suspendue plutôt qu’exclue du Commonwealth. Et enfin en 2006, on retrouve Bainimarama à la tête d’une coalition pour reprendre le pouvoir et destituer le président Josefa Iloilo qu’il avait pourtant lui-même contribué à installer 6 ans plus tôt, mais qu’il renommera début 2007!! Depuis le 5 décembre 2006, bien que les deux présidents successifs ne soient pas issus de l’armée, tout le gouvernement est composé de militaires avec à leur tête Bainimarama comme Premier ministre (il a également occupé diverses fonctions ministérielles entre temps). Le titre de président est en effet un titre très honorifique, comme en Allemagne ou en Italie. Depuis le 10 avril 2009, la situation a même empiré. En effet, suite à l’invalidation du gouvernement militaire par la cour d’appel du pays, le président Iloilo a révoqué cette cour, pris le contrôle de toutes les chambres constitutionnelles du pays, réinstallé son Premier ministre à son poste et surtout instauré l’état d’urgence (plus de pouvoir policier et censure des médias). On comprend donc pourquoi Australiens et Néo Zélandais ne souhaitent pas céder sur leur décision de ne pas délivrer de visas aux personnes ayant participé au coup d’état. Ils sont appuyés dans leur décision par le Commonwealth, qui a une nouvelle fois suspendu les Fidji de son organisation, par les Etats Unis, le Royaume Uni et les Nations Unies. Plus étonnant, cet épisode a entraîné également leur suspension du Pacific Islands Forum, pourtant peu disert lors des précédentes crises Fidjiennes, ainsi que des railleries sévères en provenance des Samoa. Un résumé de 25 ans d’histoire moderne Fidjienne en quatre dates mais de nombreux autres conflits communautaires ou inter militaires ont été recensés entre ces évènements.

Et les sportifs dans tout ça?

L’imbroglio Fidjien

Alefoso Yalayalatabua, la star mondiale qui manquera aux Fidjiens

Vous vous demandez peut être ce que vient faire le rugby dans tout cela maintenant? Comme l’a stipulé Bernard Lapasset, l’IRB essayait de faire appliquer la charte olympique, selon laquelle l’indépendance sportive prévaut. Mais il faut se souvenir que le gouvernement Néo Zélandais n’a jamais interdit à tous les ressortissants Fidjiens d’entrer sur son territoire (contrairement aux Serbes en 1992 pour l’Euro de foot ou les Jeux olympiques), mais seulement à ceux ayant été impliqués dans le coup d’état de 2006, dans la crise constitutionnelle de 2009 ainsi que ceux ayant des liens avec la junte militaire en place. Les clubs participant à la Digicel Cup ou à l’ancienne Colonial Cup étant principalement des franchises, les joueurs, tous amateurs, sont licenciés à des clubs locaux ou à des entreprises. Parmi elles, la Navy ou l’Army voire la Police, l’actuel club de Napolioni Nalaga. Les joueurs affiliés aux deux premiers clubs cités et donc membre de l’armée à l’époque des faits sont donc interdits de visa. Ce n’est pas la première fois qu’une telle décision des deux géants de la zone sud pacifique impacte la vie sportive fidjienne. L’an passé, au moment d’aller défier les Wallabies à Canberra au mois de juin, deux joueurs s’étaient ainsi vus refuser le droit d’entrer en Australie, le pilier Alefoso Yalayalatabua (10 sélections en 4 ans) et le demi de mêlée Nikola Matawalu (3 sélections en 2009). Les années inter Coupe du Monde, les fidjiens doivent souvent composer sans leurs meilleurs joueurs restés en Europe. Bien que Bernard Lapasset parle de cinq à six joueurs impactés par ces sanctions, cette estimation peut paraitre exagérée en comparaison aux deux interdictions de l’an passée, alors que Sam Domoni avait du composer son groupe avec de nombreux joueurs locaux. A l’heure actuelle, je suis incapable de citer un joueur Fidjien concerné, la majorité du groupe étant libre de circuler. La fédération Fidjienne a effectué ces dernières années un gros travail de recensement pour ouvrir son groupe a des expatriés basés en Australie ou Nouvelle Zélande, augmentant considérablement le niveau de l’équipe nationale. De plus les interventions de consultants comme les Australiens Greg Mumm (entraîneur de Sydney University) et Shannon Fraser (entraîneur de NTT au Japon) ont permis à Sam Domoni de travailler qualitativement sur le long terme avec le même noyau de joueur, un luxe peu fréquent avec les îles du Pacifique. Donc j’ai de forts doutes à propos de l’émergence de 5 ou 6 pépites issues de la Navy ou de l’Army.

L’intox Fidjienne

L’imbroglio Fidjien

John Key, le PM Néo Zélandais reste inflexible

Alors pourquoi tout ce foin si aucun joueur d’importance de l’équipe nationale n’est concerné? Pourquoi alors que la fédération a parlé de perte de compétitivité, aucun joueur d’importance n’a été cité ou n’a fait de déclaration de soutien à son pays? Tout simplement parce que comme je l’expliquais plus haut, la fédération est désormais aux mains du Colonel Mosese Tikoitoga, un homme du gouvernement militaire de Frank Bainimarama, et que cette Coupe du Monde sur l’île du long nuage blanc était l’occasion pour le gouvernement militaire de médiatiser sa cause. La perspective de ne pas voir les Fidjiens au Mondial, après leur exploit face aux Gallois en 2007, a tout d’abord suscité un tollé auprès des fans de ce sport, relayé par une presse peu informée, ayant vite taxé les kiwis voire les Australiens d’interventionnisme et de néo-colonialisme. Fort heureusement le gouvernement Néo Zélandais n’a pas cédé et l’intox fidjienne a donc pris fin en juin. Nous avions moins entendu le gouvernement ou le comité olympique fidjien lors des précédents évènements similaires. En 2007 le gardien de but de l’équipe nationale de football, Simione Tamanisau, s’était vu barrer l’entrée en Nouvelle Zélande. Seuls ses coéquipiers sont intervenus en refusant de jouer ce qui a entraîné le report du match. Il faut aussi relever que les athlètes et autres sportifs Fidjiens ont été exclus de Jeux du Commonwealth 2010 basés à Delhi sans que l’affaire prenne une ampleur démesurée. Certes Bainimarama n’est pas Kadhafi, mais il faut se satisfaire que, aussi petit soit le pays, de tels agissements ne restent pas sans sanctions.

Article à retrouver sur le Blog Rugby Rencontres à XV


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