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Shoah memories

Publié le 16 février 2008 par Antoine Dubuquoy

Monsieur le Président de la République,

L'autre soir, regardant d'un oeil distrait la narration quotidienne de vos exploits et interventions, je vous vis annoncer ce devoir de mémoire imposé à nos têtes, blondes, brunes, crépues, mal coiffées, à la raie sur le côté... Je me sentis bizarre. Je ne comprenais pas trop. Ma fille est au CE2. Hier, j'entendais la réaction de Simone Veil. Qui est peut-être la seule de votre entourage politique à pouvoir s'exprimer sur le sujet de la Shoah, pour avoir été au coeur de la machine Nacht und Nebel, de lui avoir survécue, de vivre avec cette expérience de vie dans un univers de mort, une vie d'engagement, d'intégrité. Une vraie autorité morale. Et j'abonde dans le sens de Simone Veil. Si le devoir de mémoire est indispensable, doit-on faire porter à nos enfants le poids incommensurable de ces enfants anihilés? Adopter la mémoire d'un enfant mort... Les petites victimes de la Shoah ne se collectionnent pas comme des images Panini. C'est obscène. 

D'autant plus, qu'au delà de la compassion, de l'émotion, dont vous êtes friand dans votre recherche d'exposition permanente, se posent de questions bien plus complexes. On dit communément, "plus jamais ça". Plus jamais ça. Trois simples mots, comme un mantra. Mais au delà des mots, la mémoire de la Shoah pose des questions très profondes sur la nature humaine. Et tout un chacun devrait se poser au moins une fois la question de savoir ce qu'il aurait fait, dans un contexte similaire. Si on se réfère aux livres de Christopher Browning, les Einsatzgruppen étaient constitués d'hommes ordinaires. Des hommes ordinaires, pas des psychopathes assoiffés de crime. Qui ont appliqué les ordres. Ont fait du zèle. Ont massacré. Et une des questions de fond que soulève la mémoire de cette période noire, est: qu'est-ce que j'aurai fait? Quel est le déclic qui transforme un homme éduqué ou non, un être sociable, un être moral qui connait le distingo entre le bien et le mal en une machine à tuer. Trop complexe pour des enfants. Bouleversant pour un adulte. Car la réponse, j'en ai peur, si l'on est honnête avec soi-même, est qu'on ne doit jamais être certain de ne pas receler dans sa nature profonde, un bourreau en puissance.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, etc, etc...

Dubuc, blogueur. 


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