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2006, 2011 : même combat pour la jeunesse chilienne

Publié le 17 juillet 2011 par Anthony Quindroit @chilietcarnets
Mouvement étudiant à Santiago du Chili en 2006

Déjà en 2006, les lycéens chiliens étaient dans la rue. Les revendications aujourd'hui n'ont pas ou peu changé (photos avec l'autorisation de Rodrigo Torres)

Ils ont beau se surnommer les Pingouins, les étudiants chiliens sont loin d’être manchots. Pourquoi les Pingouins ? A cause des uniformes que doivent porter collégiens et lycéens au Chili.
Depuis plus d’un mois, les Pinguinos, comme on les appelle là-bas, tiennent tête au gouvernement et réclament un changement en profondeur du système scolaire chilien. Chili et carnets l’évoquait il y a quelques semaines ici. Le mouvement ne semble pas vouloir s’essouffler. Au contraire. Les lycéens ont été rejoints par les étudiants et par des professeurs portant les mêmes revendications. Pratiquement identiques à celles scandées durant les grandes manifestations de 2006, du temps de Michelle Bachelet, qui avaient mis la jeunesse dans la rue.
Ce mouvement de 2006, Rodrigo Torres l’a en partie vécu. Il l’a surtout suivi de près dans le cadre de ses études : doctorant en sciences politiques à l’université Paris I, Panthéon-Sorbonne, sa thèse intitulée « Jeunesse, résistance et changement social : le mouvement social comme un « acteur politique » dans la société chilienne post-Pinochet (1986-2006) » revient sur les événements de 2006. Et l’histoire se répète comme le décrypte Rodrigo Torres.

Rodrigo Torres

Rodrigo Torres

Que faisiez-vous en 2006 au Chili ?
Rodrigo Torres : « J’étais à Santiago, étudiants. J’ai participé à des manifestations et à des occupations. Puis, plus tard, la même année, je suis venu poursuivre mes études en France où j’ai continué de travailler sur la question. »
Quel est le fond du problème ?
« Le problème du système éducatif au Chili n’est pas nouveau. Mais en 2006, c’était la première fois qu’un mouvement d’une telle ampleur durait dans le temps. Le souci est d’abord parti d’un problème de transport : les étudiants n’avaient plus le droit à un tarif spécial que pour aller et revenir de leur établissement. Il y avait aussi le prix des tarifs scolaires. Et celui de l’examen final pour entrer à l’université : qu’ils veulent continuer leurs études ou pas, les lycéens chiliens doivent payer environ 25 € pour passer cet examen. Comme si en France, il fallait payer pour passer son bac… »

2006, 2011 : même combat pour la jeunesse chilienne

L'occupation des établissements, une technique très utilisée par les étudiants chiliens pour éviter les affrontements avec la police. Ici, au liceo d'aplicación de Santiago en 2006

Comment se sont organisés les jeunes ?
« Ce sont les lycéens qui ont initié cela. A la base, il y a eu des manifestations. Mais, les manifestations au Chili sont systématiquement réprimées par la police. Il ne s’agit pas d’encadrer les manifestants mais de faire en sorte que l’ordre public ne soit pas troublé. Donc, les lycéens ont décidé ensuite d’occuper les établissements. »
Avec quels résultats ?
« Au départ, Michelle Bachelet, la présidente, ne voulait pas les écouter. Puis, ils ont obtenu gain de cause. Et des promesses. Notamment concernant la Municipalización, une loi héritée de Pinochet qui n’a jamais été changée. »
Quel est le principe ?
« La gestion des établissements est directement dépendantes des communes où ils se trouvent. Les villes riches ont donc de bons établissements. Les pauvres non. L’esprit de la loi privilégie donc le système privé qui s’est développé. Et qui, au Chili, bénéficie aussi de subventions d’Etat ! A la fin du mouvement de 2006, la municipalización devait être revue, à long terme. »
Et aujourd’hui ?
« Les lycéens voulaient la nationalisation des études. C’est ce qu’ils veulent toujours. Ils veulent que l’Etat reprenne la main, pour que le système soit plus égalitaire. Ils veulent la gratuité. Et la reconstruction des établissements détruits pendant le tremblement de terre de février 2010. Sans oublier un changement dans la constitution qui ne garantit pas, aujourd’hui, le droit à l’éducation et offre la liberté d’enseigner à pratiquement tout le monde… »
Qu’est-ce qui différencie le mouvement de 2006 de celui d’aujourd’hui ?
« Les lycéens d’hier, donc les étudiants d’aujourd’hui, apportent leur expérience aux lycéens. C’est ce qui fait qu’ils se sont tout de suite orientés vers des occupations d’établissements pour éviter de passer pour des casseurs auprès du public et des médias. Ils ont aussi le soutien du corps enseignant. Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est que les jeunes ont les moyens de s’organiser, même politiquement, sans passer par les médias. Les réseaux sociaux jouent un rôle important. »

2006, 2011 : même combat pour la jeunesse chilienne

Les relations avec la police étaient tendues en 2006. Aujourd'hui encore, les manifestations restent très durement sanctionnées. Gaz lacrymogène et canons à eau sont souvent de sortie


Quelles sont leurs chances de se faire entendre ?

« Le mouvement entre dans un moment difficile. Cela va faire bientôt deux mois. Il risque de s’essouffler. Les conditions météorologiques sont aussi difficiles en ce moment. Et le gouvernement joue sur le fait qu’une année complète risque d’être perdue pour tous les jeunes s’ils ne se remettent pas au travail. Le président Piñera a proposé un grand accord national sur l’éducation mais il n’a pas satisfait les manifestants. En tout cas, la mobilisation autour de ce thème est sans précédent. »

Merci à l’association La Bizikleta pour la mise en contact avec Rodrigo Torres.


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