S’il y a bien un dossier qui devrait préoccuper, bien plus que le défilé « militaire » ou « citoyen » du 14 juillet, c’est celui de l’évolution de la dette dans la zone euro, celui de la crise grecque, voir italienne et portugaise, sans négliger notre propre situation nationale d'endettement; celui pour parler clair, d'une construction européenne moribonde. Vous avez tout loisir de consulter articles de fond et analyses sur ces sujets qui préoccupent banquiers, agences de notation et exécutifs. L’objet de cette note n’est donc pas de revenir sur ces descriptions ici catastrophiques et là rassurantes. Chacun choisira en fonction de son moral du moment, de ses propres convictions.
Ce qui en revanche me rend très perplexe réside dans l’analyse des argumentaires distillés par les européistes de tout poil, de gauche, de droite, du centre et d’ailleurs en passant par les Verts européistes convaincus : nous en serions à ce qui ressemble de plus en plus à une grave impasse parce que il n’y a pas assez d’Europe.


Cette ambition de forcer le destin fut crédible un moment, mais la crise rend l'exercice de plus en plus délicat. C’était croire que l’on transforme d’un coup de baguette magique, les cigales en fourmis, que l’on modèle les cultures, que l’on fait fi des peuples, des coutumes, des histoires. De tels bouleversements demandent du temps beaucoup de temps, bien au delà d'une vie humaine.
En élargissant inconsidérément, trop rapidement, le « cercle marchand » après la chute du mur, il s’agissait là encore d’une fuite en avant relevant d'un coupable infantilisme ou d'une condamnable machination supplémentaire. Ne parlons pas, ce serait trop cruel, du choix également inconsidéré d’une monnaie « unique » en lieu et place d’une monnaie commune permettant les réajustements : puisque de monnaie il fallait absolument s’occuper.

Ayant commencé la note par une allusion au débat débile sur la suppression du défilé militaire du 14 juillet, terminons la sur plus sérieux pour illustrer notre propos. S'il y a un domaine qui peut éventuellement étalonner la volonté d'union des peuples à se lier étroitement et politiquement, c'est bien celui de la défense commune d'un territoire reconnu "commun". Le Royaume-Uni vient pourtant d'opposer un refus définitif à l'idée chère à la France de créer un quartier général militaire permanent pour l'Union européenne. C'est un revers supplémentaire pour une Europe de la défense. Il est tout à fait symptomatique de la virtualité irréelle de cette Europe mythique.
