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Le manque de fiabilité des chiffres de la délinquance

Publié le 18 juillet 2011 par Letombe

 Des centaines de milliers d'infractions et d'incivilités n'apparaissent pas sur les écrans des officiers de la PJ. photo L. T. La Cour des comptes confirme ce que disent depuis longtemps les spécialistes. Les chiffres de la délinquance ne sont pas d’une grande fiabilité.

En préambule de ses observations sur l’organisation des forces de sécurité publique, la Cour des comptes aurait presque pu faire figurer cette citation de l’humoriste Pierre Desproges : « La statistique, ce superlatif du mensonge ». L’enquête approfondie menée par les magistrats financiers confirme ce que la plupart des experts et nombre de policiers ou de gendarmes de terrain n’ignorent plus. Les chiffres officiels sur la délinquance ne sont pas d’une grande fiabilité. Rien ne permet ainsi d’affirmer que celle-ci a reculé de près de 8 % entre 2004 et 2009, comme le soutenait l’ancien ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux.

Simplification grossière

Depuis plus de trente ans, la base de données à la disposition du gouvernement s’appelle l’Etat 401. Cette somme indigeste recense 107 catégories de crimes et délits constatés sur le territoire. Mais elle ne comptabilise que les faits à la connaissance des services de police ou de gendarmerie. Les saisines directes des procureurs, les délits routiers, les contraventions de 5e classe relatives à des violences ou à des dégradations légères échappent à ce fichier. Elles ne sont pas les seules.

Le système d’information « est très sensible aux conditions d’accueil des personnes désireuses de déposer une plainte », soulignent les magistrats de la Cour des comptes passés maîtres dans l’art de la litote. Des centaines de milliers d’infractions, de troubles divers et d’incivilités n’apparaissent pas sur les écrans des officiers de police judiciaire. Soit parce que les victimes s’abstiennent de les dénoncer, persuadées que cela ne servira à rien. Soit parce que les forces de l’ordre les dissuadent de le faire pour ne pas affoler les indicateurs officiels dont dépendent leurs primes et leurs notations.

Présidé par un proche de Nicolas Sarkozy, Alain Bauer, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales critique d’ailleurs sans ménagement le mode de fonctionnement de l’appareil statistique : « Le projet même de mesurer en un seul chiffre magique la délinquance est illusoire. Son utilisation est une simplification grossière qui induit en erreur. » Les enquêtes dites de « victimisation » menées par l’Insee ne disent pas autre chose. Un Français sur cinq ressent aujourd’hui un sentiment d’insécurité. La proportion n’a jamais été aussi importante alors que, officiellement, la délinquance régresse.

Effets pervers

Certaines données reflètent des phénomènes incontestables : le recul des vols d’automobiles imputable à l’amélioration des dispositifs de protection, la croissance régulière des violences contre les personnes. En revanche, la stabilisation en 2009 du nombre des escroqueries et des infractions économiques et financières s’explique par un artifice. Les plaintes des personnes lésées par l’utilisation frauduleuse de cartes bancaires ne sont plus enregistrées. Au motif que les banques qui prennent en charge le préjudice financier sont désormais considérées comme les seules victimes.

« Les statistiques départementales présentent parfois une grande instabilité qui peut faire douter de leur fiabilité », souligne la Cour des comptes. La juridiction n’emploie pas le terme de manipulation. Mais quelque part, cela y ressemble. D’une année à l’autre, en Gironde, en Ille-et-Vilaine, en Haute-Savoie, dans la Manche et ailleurs, on a ainsi observé de spectaculaires inversions de tendance « sans qu’elles puissent être reliées aux actions engagées par les forces de l’ordre ».

Il faut peut-être y voir l’influence de l’Indicateur des infractions relevées par l’action des services (Iras), qui répertorie les actes délinquants dont la découverte est directement liée à l’initiative des policiers ou des gendarmes. C’est manifestement l’un des outils qui permet de peser sur les chiffres. Selon qu’il veuille gonfler son taux d’élucidation ou abaisser le niveau de délinquance dans son secteur, un service enquêteur l’alimentera plus ou moins. La culture du résultat instillée depuis 2002 dans les commissariats et les compagnies n’a pas été avare d’effets pervers. Au point que les statistiques de la sécurité relèvent aujourd’hui par certains côtés du « mentir vrai ». Leurs biais sont révélateurs d’une autre vérité le plus souvent soigneusement cachée.

Par DOMINIQUE RICHARD pour « SudOuest »

Merci à Section du Parti socialiste de l'île de ré

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