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Le 16 juillet à 20h 40 sur ARTE : « DES CANNIBALES EN EUROPE ».

Par Ananda

Grand émoi dans la communauté archéologique européenne !

Un site allemand remontant à l’époque néolithique (-7 000 ans) révèle « un cas de cannibalisme avéré ».

« Ici, nous dit le commentateur, s’est achevé une civilisation », et ce par une page « terrifiante » : « des milliers d’ossements » ont été en effet exhumés de ce site situé « à 25 km de la frontière française », dans le PALATINAT. Autant dire que c’est « du jamais vu pour les archéologues ».

Or, plus ces derniers fouillent, cherchent, « plus l’énigme s’épaissit ».

« Les premiers agriculteurs [de l’Europe] abattus comme du bétail ? »

Et, une question en amenant une autre, « nos ancêtres étaient-ils des cannibales ?» 

Si cela se confirmait, « il faudrait réécrire la préhistoire européenne ».

Les fouilles des archéologues au hameau de HERXHEIM durent depuis sept ans.

Le terrain, « recouvert de lœss », donc très fertile, a très tôt attiré les implantations d’agriculteurs néolithiques. Installés voici 7 000 ans, ceux-ci furent « des inventeurs et des artisans, organisés en communautés villageoises ».

A Herxheim, les premières découvertes furent «  10 maisons rectangulaires en bois » et « 9 squelettes ». Elles permirent aux archéologues d’attribuer à l’antique village une population d’environ une centaine d’habitants.

Mais là où ça se corsa, c’est quand, « à la périphérie du site », ils tombèrent par la suite sur « un fossé au contenu macabre » : les restes de « 500 personnes portant des marques de coupure et de brûlure » y voisinaient avec des poteries, des outils et des « os d’animaux, tous brisés ». S’il ne fait pas de doute qu’il s’agit de « sépultures du rubanné », c’est tout de même « la première fois que l’on découvre ça à cette période ».

Un peu plus tard, un archéologue français, Bruno BOULESTIN, découvre de nouveaux restes : des côtes, des fémurs, des os de la main et une mâchoire d’enfant ; « une fracture de la mâchoire » a été effectuée sur le crâne d’un mort de très fraîche date.

Ce qui est certain, c’est que « le sol a très bien conservé les ossements ». Aux dires de la Française Rose-Marie ARBOGAST, les os de chien plaident pour des « sacrifices de chiens ».

A ce jour, « la science croyait tout savoir du RUBANNE ». Elle disait en tout cas les Hommes de cette époque « très bien organisés ». A titre d’illustration, Fabienne HACKE nous présente une « collection unique d’aiguilles en os », tous objets qui frappent par « une extrême finesse ».

Assurément, ces gens pouvaient produire « des objets d’une grande qualité », fruits et témoignage du très grand développement de leurs techniques.

La civilisation néolithique européenne dite « rubannée » (car productrice de poteries décorées de motifs en « rubans ») a eu « 600 ans d’existence » ; déjà, elle ne se privait pas de commercer avec des « contrées lointaines ». Cependant, « en 4950 avant Jésus-Christ, elle disparut brusquement » : les villages de même que toutes autres traces de sa présence ne se signalent plus guère. Selon les spécialistes, « le changement a dû être très brutal ». Or « les ossements d’Herxheim ont dû appartenir aux derniers rubannés ».

Ils comportent des centaines de calottes crâniennes sur lesquelles on retrouve d’évidentes traces d’outils en pierre. Selon Bruno Boulestin et sa collaboratrice, ce sont de véritables crânes taillés, des « calottes préparées » qui furent « découpées délibérément ».

Pleine de dégoût, une spécialiste allemande commente : « c’est une coutume sordide ». Mais le cannibalisme n’est-il pas « le secret honteux de l’humanité » ?

Surmontant sa répugnance – évidente -, elle se lance dans les explications qui s’imposent : « il y a plusieurs formes de cannibalisme, l’endo-cannibalisme dans lequel on mange les morts de son groupe ; l’exo-cannibalisme où, là, on mange les ennemis pour se venger ; l’autophagie, le cannibalisme religieux, le cannibalisme médicinal, même »… Et l’on est, à ce stade, bien contraint de convenir d’une chose : sous l’une ou l’autre de ses formes, « le cannibalisme a joué dans l’Histoire de l’Europe un rôle plus important qu’on ne le supposait jusqu’alors ».

Et en ce qui concerne plus précisément le hameau de Herxheim ?

On pense que, dans ce cas, on a affaire à « un lieu de culte très ritualisé » et qu’en réaction à « une période de crise » qui s’abattait sur leur communauté, les gens, se pensant sans doute victimes de quelque abandon des dieux, « ont voulu conjurer le sort » en pratiquant des sacrifices, tant animaux qu’humains.

On connait des cultures bien plus récentes qui réagirent de la sorte : les Aztèques, par exemple, étaient persuadés que le sacrifice humain assorti de l’arrachage du cœur soutenait l’équilibre du monde.

Mais en Europe néolithique, était-ce le cas ? S’agissait-il bien de sacrifices aux dieux ? Et qui sacrifiait-on ? « S’agissait-il de prisonniers ennemis » comme dans le cas de la « Guerre Fleurie » des Aztèques ?

En 1996, année qui vit le début des fouilles allemandes, il se trouva qu’ « un grand nombre d’ossements » fut retrouvé. En premier lieu, on a pensé qu’il s’agissait d’EXHUMATION.

En effet, l’exhumation était, dans les premières sociétés d’agriculteurs, pratique courante. Comme aujourd’hui encore à Madagascar, on extrayait les morts de leur première sépulture pour nettoyer les squelettes en raclant les restes de chair ; après quoi on les ré-enterrait, souvent dans une fosse commune. Pourtant, dans le cas qui nous occupe, on fut vite forcé de s’apercevoir, en examinant les restes sous toutes les coutures, que l’ « usage de la violence » sur ces défunts avait été « systématique ». Voilà qui cadrait mal avec la thèse classique de l’exhumation.

Non, si sinistre cela puisse-t-il nous paraître, il est nettement plus probable que « des villages lointains ont été attaqués, et des prisonniers ramenés pour être consommés selon un rituel précis ». Après tout, ce n’est pas, dans l’Histoire, un phénomène qu’on peut qualifier de rare ; « pour contrôler quelqu’un, on le tue, on le mange ; c’est de l’annihilation » explicite notre théoricienne de l’anthropophagie.

A preuve : ne nous apprend-elle pas qu’au CONGO et au LIBERIA , « de terribles cas de cannibalisme ont été rapportés ces dernières années », et que cette pratique fut utilisée par les dictateurs locaux pour effrayer la population et la soumettre ?

Pour en revenir au Néolithique, la guerre existait bel et bien ; « deux site présentent des traces de conflit » datant de la période rubannée, l’un est situé en Allemagne (mais ce n’est pas Herxheim), l’autre en Autriche.

Il n’en demeure pas moins qu’à Herxheim, un fait nous apparait typique : les os ont été, de façon évidente, sélectionnés en fonction de leur richesse en MOELLE, et l’on soupçonne même que ladite moelle était consommée dans des bouillons. De nombreux indices laissent penser que les tissus osseux ont été « cuits à feux doux ».

Pour s’en assurer, on fait appel à une chercheuse de l’UNIVERSITE DE YORK en Grande-Bretagne.

La chercheuse va pratiquer une extraction du collagène osseux. Une fois isolé, le collagène prélevé sera dissous et placé dans une solution liquide d’acide acétique. Après cela, ce sera au tour du microscope électronique de jouer.

Et que dit-il, le microscope, dans le cas qui nous occupe ?

Il dit que « les fibres de collagène du fémur intact apparaissent », et qu’il se trouve que « le collagène a été bien conservé ».

Bruno Boulestin, lui, se fie aux crânes, où les « traces de brûlures sont plus particulièrement marquées sur les mandibules et les maxillaires », pour avancer que nos braves paysans du hameau d’Herxheim « faisaient cuire les différentes parties du corps de leurs prisonniers ».

Autre preuve : « les dents du devant [d’un crâne] sont brûlées », nous fait-il remarquer. Cela vient du fait que les lèvres, une fois carbonisées par le feu, les ont directement exposées ; et, froidement, le savant laisse tomber son insoutenable verdict : « c’est lié au passage à la broche » !

Il poursuit : « on récupérait leur chair, leur graisse et leur moelle », et, à titre de comparaison, il n’hésite pas à nous inviter à le suivre…dans une boucherie où, avec sa collègue Arbogast, il observe les gestes propres à la découpe de la viande.

Reste, toutefois, un petit problème : nos actuels bouchers ont le bonheur de se servir de tranchoirs d’acier redoutablement tranchants, cependant que les Néolithiques ne disposaient, pour les mêmes opérations, que « de simples lames de silex ». Qu’à cela ne tienne…avec la permission du boucher, Boulestin teste sur la viande de bœuf étalée devant lui un de ces outils de pierre. Et il s’avère que « les couteaux de silex sont très coupants » !

Mais l’Homme est-il un gibier aussi riche en viande que les herbivores ?

Une estimation faite par des spécialistes répond à cette question en nous révélant qu’un être humain de taille moyenne est susceptible de fournir quelques quarante bons kilos de viande.

Mais (encore mais !) objecteront vite les âmes rétives, le goût ? Autrement dit, « est-ce mangeable ? ». Figurez-vous qu’on a interrogé, sur cette question, d’authentiques cannibales ; leur appréciation est que « ça a plutôt le goût du bœuf, on évoque rarement le poulet » ; par ailleurs les muscles sont déclarés très bons, tandis que les abats ne diffèreraient guère de ceux des autres mammifères…

Donc, ça se confirme : ces charmantes gens d’Herxheim consommaient de l’Humain…

On spécule (pour ne pas dire qu’on leur cherche des excuses) : « de mauvaises récoltes ont pu pousser les populations à des actes désespérés » comme, par exemple, la chasse à l’Homme.

Fort bien. Reste à vérifier s’il y a eu ou non des « variations de température » à l’époque qui nous intéresse…

Un chercheur allemand, KRONENBURG, éclaire notre lanterne : on sait, de source sûre qu’ « en 5100 avant Jésus-Christ, les pluies se sont raréfiées en Europe Centrale » ; une « crise climatique » a eu lieu, « 150 ans avant l’hécatombe de Herxheim ».

On pourrait, d’après les scientifiques, la comparer à la « grave crise » du même ordre qui a frappé les sites ANASAZI du sud-ouest des Etats-Unis, notamment celui de CHACO CANYON ; ils portent les témoignages de RAIDS sur des populations humaines, eux-mêmes directement causés par une famine résultant d’une « sécheresse catastrophique ».

De même, plus près de nous encore, au XXème siècle, dans les années 1932 et 1933, l’UKRAINE, victime d’une « terrible famine », connut-il des cas de cannibalisme indiscutables, et la PAPOUASIE-NOUVELLE GUINEE brusquement confrontée à la perte des immenses troupeaux de porcs que possédaient les femmes, vit-elle ces dernières se mettre à manger leurs parentes défuntes , ce qui, d’ailleurs, leur valut d’attraper une affection neurologique, le KURU. Par la suite, cette maladie ayant occasionné 2 200 décès, les autorités du territoire furent amenées, en 1956, à interdirent nommément le cannibalisme.

Cependant, dans le cas d’Herxheim, la faim en tant que déclencheur des pratiques anthropophagiques laisse les préhistoriens « sceptiques ».

Leurs discussions, leurs débats ne font l’unanimité que « sur un point » : ce qu’ils ont en face d’eux « dépasse le cadre d’un simple banquet ». Ils y voient davantage l’effet d’une guerre, ou d’un « effondrement des structures sociales ».

Ce qui motive une telle hypothèse ?

Dans « la partie orientale du site » fouillé, à 1m, 50 de profondeur, se trouve une couche qui a livré de nombreux « tessons de poteries » et fragments d’outils divers. S’ajoutant aux 50 000 autres vestiges de cette sorte exhumés sur l’ensemble du site, ils pointent « un fait unique dans l’histoire du rubanné » : « les gens d’Herxheim ont cassé leurs plus belles céramiques et les ont dispersées au milieu des os ». Encore plus étrange…des tessons d’argile appartenant à un même objet ont été trouvés sur des sites à ossements différents.

De tout ceci, il ressort que la tuerie « a dû être un phénomène extrêmement bref », s’étendant « sur une période de deux à dix ans, avec une redoutable efficacité ». De quoi parier plus sur un « rituel violent » que sur un « long conflit ». Ces villageois, selon toute probabilité, « organisaient fréquemment des raids », et faisaient des  prisonniers «par petits groupes ».

Qui étaient ces captifs, « d’où venaient ces gens qu’on a trouvés dans les fosses ? »

Pour le déterminer, on fait appel à l’étude de leurs dents.

La technique mise en œuvre par l’UNIVERSITE DE HEIDELBERG est connue : c’est l’analyse isotopique des taux de strontium dentaire. Sont ici, tout d’abord, mises à contribution les molaires « en parfait état » d’un jeune homme. L’extraction de morceaux d’émail donne la possibilité de savoir où cet individu a pris « ses premiers repas »…magique !

Au terme de cette analyse, on parvient à la conclusion qu’ « aucun individu [trouvé dans les fosses] n’est originaire de Herxheim  »  et que tous ces malheureux sacrifiés viennent, en fait, de montagnes situées à 450 km de distance du hameau fouillé et dans lesquelles, à notre connaissance, aucun rubanné n’a jamais vécu.

Ainsi, toutes les victimes de cette hécatombe viennent d’ailleurs ; elles sont étrangères à la petite communauté villageoise.

Comment peut-on interpréter de pareilles données – si troublantes ?

Pour Boulestin, « c’est la guerre qui a dû être à l’origine des sacrifices ».

Pour quelqu’un d’autre, les villageois « ont dû vivre une crise très grave ».

Peut-être est-on, aussi, en train de débusquer une vérité non moins sinistre : « ce sont peut-être les derniers CHASSEURS-CUEILLEURS du Néolithique qui ont été mis à mort par les agriculteurs sédentaires », tend à supposer Boulestin.

Mais revenons vers l’Angleterre, vers York où nous attend enfin le résultat des analyses du collagène osseux évoquées plus haut. Avec lui, au rendez-vous, une fois de plus, une « macabre vérité » : « de toute évidence, cet os a été cuit », s’exclame la jeune chercheuse.

Tous les doutes que nous pouvions avoir encore sont balayés.

« Je n’ai pas connaissance d’un site cannibalique d’une telle ampleur » déclare une autre scientifique.

Herxheim, c’est « 300 000 fragments » exhumés, « une civilisation qui est en train de s’achever ».

C’est aussi - ne l’oublions pas – « une époque pas très éloignée de la nôtre ».

On ressort de la vision de ce documentaire allemand immensément pensif…

P.Laranco


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